Bruxelles, 03/07/2014 (Agence Europe) - La réalité chypriote continue de manière presqu'insolente à déjouer les pronostics de la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI). Cette dernière a une nouvelle fois revu plusieurs de ses indicateurs. Le taux de chômage, par exemple, devrait être légèrement moins élevé cette année que ce que la 'troïka' avait prévu lors de sa troisième mission de suivi. Il devrait s'élever à 18,6% de la population active, au lieu de 19,2% comme précédemment anticipé. L'année prochaine, le taux de chômage devrait retomber à 18% et non à 18,4%.
L'enveloppe prévue pour couvrir les besoins financiers s'est également révélée jusqu'ici trop généreuse. Ces besoins se sont élevés à 4,1 milliards d'euros, alors qu'avaient été prévus 5,1 milliards. La différence, « principalement due à une meilleure performance budgétaire que prévu, a permis à Chypre de maintenir un important coussin de liquidités », écrit la Commission.
Les besoins du troisième trimestre de cette année devraient par ailleurs être plus élevés, en raison d'une échéance de remboursement d'obligations, mi-juillet, de 500 millions d'euros. Le cinquième versement du Mécanisme européen de stabilité couvrira ce remboursement. Au total, les besoins budgétaires pour le troisième trimestre devraient s'établir à 350 millions d'euros et les besoins pour les remboursements de dette à 650 millions.
Le FMI pointe, quant à lui, un niveau significatif de maturités arrivant à terme après la période du programme d'ajustement (2013-2016), soit 37% du PIB entre 2017 et 2020, dont 14% en 2017. Les autorités chypriotes ont fait leur grand retour en mai sur les marchés internationaux, ce qui pourrait permettre de juguler les craintes du FMI.
Enfin, la récession devrait être plus douce que prévu cette année (-4,2% au lieu de -4,8%). La banque centrale de l'île a toutefois estimé récemment que ces projections étaient trop pessimistes et voit pour sa part une contraction de l'activité économique de 4% en 2014. Pour les deux années à venir, par contre, la 'troïka' a assombri ses prévisions. Elle estime désormais que la croissance sera de 0,4% en 2015 (alors qu'elle anticipait précédemment un chiffre de 0,9%) et de 1,6% en 2016, contre des projections précédentes de 1,9%. Les risques entourant les perspectives économiques restent orientés à la baisse.
Le niveau élevé des prêts toxiques dans les banques (EUROPE 11111) et une période prolongée de conditions de crédit serrées pourraient présenter des risques considérables pour l'économie réelle. Les relations commerciales avec la Russie pourraient mener à des exportations en souffrance, si des retombées négatives des tensions géopolitiques devaient se faire sentir.
La 'troïka' a également revu ses projections pour la dette publique à la baisse (124% du PIB en 2015), mais celle-ci reste élevée et vulnérable aux chocs macroéconomiques et budgétaires. Le FMI souligne également les larges engagements conditionnels du gouvernement, liés implicitement au secteur bancaire, dont une exposition aux liquidités d'urgence fournies par la BCE proche de 60% du PIB. Si ses craintes devaient se matérialiser, le FMI précise que seraient probablement nécessaires des nouvelles mesures de financement et des engagements des partenaires européens à protéger la soutenabilité de la dette chypriote.
Le FMI se félicite en outre que les récentes élections européennes, qui ont conforté le parti au pouvoir comme premier parti, aient, par le même biais, réaffirmé le soutien au programme. (EL)