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Bulletin Quotidien Europe N° 11095
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

Neuf ministres prêts à aller plus loin contre les combattants étrangers

Bruxelles, 05/06/2014 (Agence Europe) - Les ministres européens de l'Intérieur ont tenté d'identifier, jeudi 5 juin, à Luxembourg, de nouvelles réponses à la menace posée par le retour des combattants partis s'entraîner au Djihad en Syrie. Neuf ministres davantage concernés par le phénomène ont plus précisément prévu de se revoir le 9 juillet, à Milan, pour adopter des mesures concrètes.

Ces pays emmenés par la France et la Belgique, directement atteints le 24 mai lors de la tuerie du Musée juif de Bruxelles perpétrée par Mehdi Nemmouche, et regroupant le Danemark, l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Autriche, la Suède, se sont réunis de manière informelle tôt dans la matinée et se sont accordés sur une série d'initiatives qu'ils devraient concrétiser à Milan lors d'une nouvelle réunion informelle.

Parmi ces mesures: l'amélioration des échanges d'informations entre les États membres et une meilleure utilisation des données dites PNR (Passengers name records). À défaut d'un système PNR européen, toujours en suspens au Parlement européen, 14 projets de ce type sont en cours de réalisation dans les États membres et financés par l'UE, a expliqué jeudi matin le coordinateur de l'UE pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, et « il faut maintenant les connecter ». Ces programmes PNR, qui donnent le droit aux compagnies aériennes de conserver un certain temps les données personnelles de leurs passagers et de les transférer aux autorités répressives pour analyse, s'appliqueraient aux vols à risques.

Les pistes évoquées ont aussi porté sur le renforcement des contrôles aux frontières externes de l'UE, y compris sur les ressortissants européens. Toute la difficulté réside à éviter les contrôles systématiques des citoyens européens, interdits par le Code Schengen, tout en effectuant des contrôles ciblés.

Autre mesure: renforcer l'information réciproque et le suivi lorsque le retour d'une personne de Syrie est détecté, cela via « les signalements Schengen ou les données PNR ». Mehdi Nemmouche avait été bel et bien signalé par les autorités allemandes le 18 mars à l'aéroport de Francfort alors qu'il revenait de Bangkok. Mais l'homme a tout de même pu, deux mois plus tard, commettre ses meurtres à Bruxelles. En arrivant à Luxembourg, le ministre allemand de l'Intérieur a estimé qu'il fallait en tirer tous les enseignements. Les contrôles avaient été parfaitement effectués en Allemagne, a-t-il rappelé, l'individu était 'fiché' par les autorités françaises comme représentant une menace. Mais « n'est-il pas mieux de les arrêter ? », s'est interrogé Thomas de Maizière.

C'est toute la problématique des ministres de l'Intérieur. À ce jour, tous les pays ne criminalisent pas les départs au combat à l'étranger. Mais tous ont au moins « une loi qui peut prévenir » de tels actes, a poursuivi M. De Kerchove. Ainsi le Danemark pénalise-t-il l'entraînement au combat à l'étranger. La Belgique dispose aussi d'une loi sur les mercenaires étrangers. Quant au Royaume-Uni, il prépare une nouvelle législation définissant les comportements suspects. Tous ces instruments pourraient être davantage exploités.

Autres pistes possibles: les retraits de passeports aux individus suspects pour les empêcher de quitter le territoire, comme c'est déjà le cas en Allemagne ou encore les retraits de nationalité, évoqués notamment au Royaume-Uni. Le Royaume-Uni souhaite d'ailleurs être davantage connecté au Système d'information Schengen (SIS et SIS2) qui émet des alertes sur des individus.

Pour Gilles de Kerchove, l'UE doit en tout cas impérativement se doter d'un programme PNR, « l'outil le plus efficace » selon lui pour traquer ces Djihadistes mais aussi de davantage de moyens de prévention. Le coordinateur a notamment plaidé pour que les États membres lancent des campagnes de sensibilisation sur le net aux dangers du combat en Syrie. « Il faut expliquer à ces jeunes tentés de partir l'horreur qui les attend sur place, la cruauté des actes qu'ils seront éventuellement amenés à commettre », a-t-il expliqué.

Une task force européenne devrait d'ailleurs être prochainement mise en oeuvre sur la diffusion « de contre-discours face au radicalisme à portée violente ». Cette proposition, avancée par le Royaume-Uni, a été largement soutenue. Autres voies à creuser: le transfert d'informations à Interpol et Europol mais aussi le renforcement de la coopération avec certains pays tiers et en particulier la Turquie.

Pour Gilles de Kerchove, ce phénomène constitue en tout cas « une menace majeure » et « un phénomène qui va sans doute persister au cours des prochaines années ». « La prise de conscience de ce qui est en train de se produire nous amène à coopérer davantage », a pour sa part expliqué le président français, François Hollande, à Bruxelles le 4 juin lors du G7. Les leaders réunis à Bruxelles ont d'ailleurs adopté une déclaration sur le sujet, demandant entre autres le renforcement de la coopération avec les pays voisins de Damas et le suivi du financement du terrorisme.

Selon des estimations françaises, près de 300 jeunes Français seraient partis en Syrie et auraient participé à des combats. Une centaine serait en transit à destination des régions tenues par la rébellion et une centaine d'autres serait déjà revenue de Syrie. Au total, plus de 2 000 Européens sont sur le point de partir ou ont déjà rejoint le pays. L'Allemagne a, elle, comptabilisé 320 départs pour la Syrie. (SP)

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