Bruxelles, 05/06/2014 (Agence Europe) - La réunion tant attendue du Conseil des gouverneurs de la BCE a accouché, jeudi 5 juin, d'une décision unanime sur « un paquet significatif » de mesures destinées à assouplir la politique monétaire et à soutenir le crédit à l'économie réelle.
Le paquet ficelé à Francfort s'articule en trois parties, a expliqué Mario Draghi, président de la BCE. La première est d'assouplir la politique monétaire, la seconde d'en améliorer la transmission vers l'économie réelle et en dernier de réaffirmer la volonté sans faille d'utiliser des mesures non conventionnelles si besoin.
Les gouverneurs des banques centrales de l'eurosystème ont décidé de réduire les principaux taux directeurs de la BCE, cette décision prendra effet le 11 juin. Le taux d'intérêt de ses opérations principales de refinancement a ainsi été rogné de 0,25% à 0,15%, celui de la facilité de prêt marginal de 0,75% à 0,4%. Du jamais vu, le taux d'intérêt de la facilité de dépôt passe sous la barre du zéro, à -0,1%.
La BCE a aussi réaffirmé sa 'forward guidance'. « Les taux d'intérêts resteront bas longtemps, peut-être même plus longtemps que ce qui avait été précédemment prévu », a indiqué M. Draghi.
Pour soutenir le crédit aux ménages (à l'exception des prêts hypothécaires) et aux entreprises non financières du secteur privé, la BCE entend mener des injections ciblées de liquidités d'une maturité inédite de 4 ans, ou 'TLTROs' pour 'targeted long-term refinancing operations'.
Deux TLTROs seront menées en septembre et en décembre et ces opérations arriveront à maturité en septembre 2018. Les banques seront en mesure d'emprunter auprès de la BCE à hauteur de 7% de l'ensemble des prêts aux entreprises non financières, hors prêts hypothécaires. La capacité totale de l'opération s'élève à 400 milliards d'euros.
D'autres injections de liquidités trimestrielles auront ensuite lieu de mars 2015 à juin 2016, pendant lesquelles les banques pourront emprunter jusqu'à trois fois leurs prêts nets (hors prêts immobiliers). Le taux applicable sera le taux directeur, plus un spread fixe de 10 points de base.
Des mesures seront en outre prises pour s'assurer que les opérations 'TLTROs' profitent bien à l'économie réelle. Les fonds alloués ne pourront être utilisés pour financer les États ni les situations propices à la création de bulles spéculatives, a indiqué M. Draghi.
La BCE a en outre décidé d'intensifier son travail préparatoire sur le rachat illimité ('outright purchase') de titres adossés à des prêts (ABS). « Nous n'en avons pas discuté le champ », a précisé M. Draghi, pour qui cette opération de rachat devra être « simple, réelle (basée sur des vrais prêts et pas sur les dérivés) et transparente ». Enfin, la BCE a décidé de prolonger l'allocation de liquidités de 2007 (MROs) et de cesser la stérilisation du programme SMP de rachat d'obligations, une décision prise dans « un contexte de basse inflation ».
La BCE prête à aller plus loin... « En avons-nous fini ? Non », a tranché M. Draghi, précisant qu'au besoin, dans le cadre de son mandat, l'institution était prête à utiliser des instruments non conventionnels pour atteindre son objectif de stabilité des prix, comme un rachat massif d'actifs. Elle ne voit toujours pas de risque de déflation, mais celui d'une trop longue période de basse inflation. Elle garde donc une position vigilante.
…mais ne se substituera pas à l'action des gouvernements. Le paquet dévoilé jeudi ne doit toutefois pas être un incitant à cesser les réformes structurelles. Sur ce front, il y a eu des progrès mais pas encore la satisfaction, estime l'Italien.
Le chômage reste élevé et la reprise sera plus faible cette année que ce que mentionnaient les prévisions de mars. La croissance sera de 1% en 2014, 1,7% en 2015 et 1,8% en 2016, selon l'institution européenne. Les risques, orientés à la baisse, qui entourent les perspectives économiques sont géopolitiques, tout comme les développements sur les marchés émergents. D'autres risques concernent précisément une mise en oeuvre insuffisante des réformes structurelles et une demande intérieure plus faible que prévu.
Réactions à foison. Côté français, on salue la décision. Le ministre des Finances, Michel Sapin, y a vu un « signal fort » et « un soutien bienvenu à la croissance (…) dans un contexte de consolidation budgétaire ». À Bruxelles pour le G7, le président français, François Hollande, s'est félicité du fait que la décision attendue était « venue » et il a rappelé le rôle moteur des institutions financières dans l'économie réelle. De son côté, la chancelière allemande, Angela Merkel, a rappelé que la BCE prenait ses décisions en toute indépendance et s'est contentée de « prendre acte » des annonces faites plus tôt à Francfort. Sans faire directement référence aux décisions de la BCE, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a rappelé qu'une faible inflation était un handicap pour les économies enregistrant de hauts niveaux de dettes publique et privée. L'UEAPME qui représente des PME a, quant à elle, salué « les mesures extraordinaires prises par la BCE pour soutenir le crédit aux PME ».
Jeudi, l'euro était en légère baisse face au dollar après ces annonces. (EL avec AN, CG et EH)