Bruxelles, 15/05/2014 (Agence Europe) - La Commission européenne espère qu'un accord pourra être atteint d'ici à la fin de l'année, sous présidence italienne, sur la proposition visant à prohiber dès 2015 la pêche au filet dérivant, pratiquée surtout en Méditerranée et en Mer noire (EUROPE 11079).
Maria Damanaki, commissaire européenne à la Pêche, a rappelé que cet engin fonctionnait comme un mur vertical, piégeant, sans sélectivité, toute la faune marine de la zone où il est déployé, mercredi 15 mai à quelques journalistes.
La Commission justifie son approche abolitionniste, adoptée déjà notamment par les États-Unis et l'Australie, par les « lacunes » du régime en vigueur. Les règles actuelles interdisent depuis 1992 tous les filets dérivants de plus de 2,5 km de long. Depuis 2002, l'usage de ces engins est banni pour pêcher une série d'espèces vulnérables, notamment le thon rouge et l'espadon.
Mais les petits filets dérivants étant encore autorisés pour capturer notamment la sardine ou l'anchois, il est facile pour les pêcheurs de contourner la loi et très difficile pour les États d'imposer des contrôles efficaces, explique la Commission. En conséquence, les filets dérivants sont aussi utilisés illégalement pour capturer thonidés et espadon.
Mme Damanaki a expliqué que les filets maillants dérivants étaient utilisés surtout par l'Italie (la procédure devant la Cour de justice de l'UE vient d'être terminée), la Slovénie et les pays pêchant en mer Noire (Roumanie et Bulgarie). La France les utilise encore un peu, de même que le Royaume-Uni, ainsi que le Portugal. La Commission n'a pas connaissance de l'utilisation de ces engins par les navires espagnols.
L'impact économique de l'interdiction jugé limité
Selon Maria Damanaki, de 800 à 3 000 navires de pêche de l'UE pratiquent cette pêche saisonnière, hors mer Baltique où l'interdiction totale est déjà en vigueur depuis 2008. La Commission juge limitées les retombées économiques négatives de l'interdiction et négligeables les retombées sur l'emploi. Ses calculs ne reposent toutefois que sur l'estimation des activités légales et non sur les gains, réels, des pratiques illégales qu'elle veut proscrire. La commissaire a précisé que les pêcheurs visés pourront bénéficier d'un soutien financier pour changer leurs engins de pêche s'élevant jusqu'à 85% des coûts, dans le cadre de la nouvelle politique commune de la pêche.
L'Italie souhaiterait, lors de sa présidence du Conseil de l'UE, mettre la proposition à l'ordre du jour d'une réunion ministérielle. Aussi, la Commission espère-t-elle un accord d'ici fin 2014 sur son texte. « Nous avons des signaux intéressants du Conseil car ce sera un soulagement pour certains de ne plus devoir contrôler » ces pratiques, a expliqué la commissaire. Les pays pêchant en Baltique (Allemagne, pays scandinaves, pays baltes) sont pour l'interdiction, car l'interdiction est déjà en vigueur en Baltique.
Par ailleurs, Mme Damanaki va demander la semaine prochaine aux pays tiers de la rive sud de la Méditerranée (Libye, Turquie notamment) de renoncer également à cette méthode de pêche. Elle a rappelé qu'en Méditerranée, 90% des stocks de poissons sont surexploités, contre 50% en Atlantique et en Baltique.
Accueil prudent des ONG
La proposition a reçu un accueil mitigé parmi les défenseurs de l'environnement. Si la fondation américaine Pew y a vu un moyen de mettre fin au braconnage en mer, notamment du thon rouge, Oceana a jugé l'approche « erronée ». « Le risque est de pénaliser des milliers de pêcheurs artisanaux (...) plutôt que de sanctionner les quelques navires pratiquant une pêche illégale », a jugé l'ONG dans un communiqué.
L'ONG Greenpeace a indiqué à EUROPE que la proposition confirmait « la volonté de l'UE de mettre un terme aux activités de pêche destructrices et/ou illégales ». Greenpeace dénonce l'incapacité des autorités nationales, notamment de l'Italie, à faire appliquer les interdictions existantes. Pour que l'interdiction préconisée soit efficace, l'organisation estime que les gouvernements nationaux et l'UE doivent « renforcer les contrôles et prendre les mesures nécessaires contre les bateaux pêchant illégalement ». (LC)