Larissa, 15/05/2014 (Agence Europe) - Le déploiement progressif de l'opération de l'UE en République centrafricaine (EUFOR RCA) s'accompagne de premiers signes d'une stabilisation de la situation à Bangui, selon son commandant, le général Philippe Pontiès, qu'EUROPE a pu rencontrer avec plusieurs autres journalistes, mardi 13 mai, à Larissa (Grèce), où se situe l'état-major d'opération (OHQ).
Malgré les nombreux défis déjà mis en lumière auparavant (EUROPE 11071), dont surtout l'absence de structures d'hébergement, le déploiement d'EUFOR RCA continue à un rythme stable. Dans les deux premières semaines du mois de mai, la force européenne est passée de 140 soldats à 232. Ce sont essentiellement des soldats français, provenant de l'opération Sangaris, qui sont accompagnés de quelques dizaines de soldats estoniens. Dans les prochains jours, ce sont les soldats finlandais, espagnols et géorgiens (une compagnie entière) qui sont attendus sur place. Les contingents tchèques, lettons et italiens devraient arriver dans les prochaines semaines. L'effectif complet devrait ainsi être atteint en juin, avec environ 800 soldats.
Le général Pontiès estime aujourd'hui qu'il ne sera plus nécessaire de faire de nouveaux appels à contributions aux États membres (conférence de génération de forces). Si tous ses besoins en termes d'effectif sont a priori satisfaits, il n'en est pas forcément de même pour les capacités. Cela concerne notamment les drones de surveillance, qui auraient pu servir pour l'observation des deux districts les plus difficiles de Bangui (le troisième et le cinquième), dont la sécurisation reposera sur EUFOR RCA. Selon un officier du renseignement rencontré à Larissa, l'absence de ces drones ne découle pas d'un manque de volonté de la part des États membres de les fournir, mais de contraintes juridiques quant à leur utilisation sur place, qui sont spécifiques à une mission de l'UE et qui touchent au traitement et au stockage de données et d'images enregistrées.
À l'heure actuelle, la force européenne est seule pour prendre en charge la sécurisation de l'aéroport de M'Poko. Elle a aussi mené les premières patrouilles, surtout dans des zones industrielles proches de l'aéroport, où se situeront les structures d'hébergement de l'opération. Aucun coup de feu n'a été tiré depuis leur déploiement sur place, le 30 avril. Pour le général Pontiès, « on voit des signes encourageants de stabilisation, les conditions de vie se sont améliorées à Bangui ». Cela transparait du fait que les marchés semblent mieux approvisionnés, car « de nombreux camions apportent des denrées depuis le Cameroun », que « les écoles ont rouvert et que la Justice s'est remise au travail », a-t-il dit.
La situation n'en reste pas moins en même temps « volatile », car de nombreuses « lignes de confrontation » existent encore entre des musulmans de la rébellion Séléka et des chrétiens qui ont rejoint les rangs des milices anti-Balaka, dont certaines veulent assurer le rôle de force de sécurité légitime. Selon ses estimations, environ 6 000 musulmans sont toujours dans la capitale, dont 3 000 dans le troisième arrondissement. Le risque pour EUFOR RCA est qu'ils sont en train de se radicaliser, de s'armer et de s'organiser en milices, a dit le général. (JK)