Bruxelles, 11/04/2014 (Agence Europe) - L'Union européenne refuse l'instrumentalisation de l'énergie à des fins politiques et attend de ses fournisseurs le « respect de leurs engagements », a averti vendredi 11 avril la Commission européenne.
La guerre du gaz aura-t-elle (encore) lieu ? Dans une lettre transmise la veille à 18 leaders européens, Vladimir Poutine avait menacé de cesser de livrer du gaz à l'Ukraine si ce pays ne réglait pas sa dette, mettant ainsi en danger l'approvisionnement des Européens, comme en 2009.
La Commission ne souhaite pas se laisser impressionner. « L'Union européenne est un bon client. Elle achète 70% des exportations russes d'énergie qui contribuent pour à peu près 50% des recettes du budget fédéral russe », a déclaré Pia Ahrenkilde Hansen, porte-parole de la Commission. « Nous attendons de nos fournisseurs qu'ils tiennent leurs engagements et il est dans l'intérêt de tous de ne pas utiliser l'énergie comme un outil politique », a-t-elle insisté, rappelant la position exprimée par la Haute représentante de l'UE, Catherine Ashton, lors d'une réunion avec le secrétaire d'État américain, John Kerry (EUROPE 11052).
« Nous garantissons le respect en totalité de nos obligations envers les consommateurs européens. La question, c'est la garantie du transit à travers l'Ukraine », a assuré dans la foulée M. Poutine, cité par les agences de presse, lors d'une réunion du Conseil de sécurité russe.
Le Conseil Affaires étrangères de l'UE évoquera cet enjeu dans le cadre de ses discussions sur la crise ukrainienne, lundi 14 avril à Luxembourg (voir autre nouvelle).
Les réserves de gaz sont à des niveaux adéquats, selon la Commission
Les achats de gaz à la Russie couvrent 25% des besoins des pays de l'UE pour une facture totale de 35 milliards d'euros en 2013, soit 3 milliards par mois, précise la Commission. « L'approvisionnement en gaz en provenance de Russie se fait tout à fait normalement pour l'instant», a précisé Sabine Berger, la porte-parole du commissaire à l'Énergie, Günther Oettinger. Selon elle, la Russie devrait respecter ses engagements gaziers, de même que l'Ukraine en tant que pays de transit.
« Les réserves de gaz stocké dans l'UE sont à des niveaux adéquats: 37 milliards de m3, soit la moitié des capacités de stockage dont nous disposons. Les États membres ont commencé à se réapprovisionner. En outre, nous avons des mécanismes qui pourraient être activés en cas de perturbation dans l'approvisionnement », a précisé la porte-parole du commissaire à l'Énergie.
Tirant les conséquences de la crise du gaz de 2009, l'UE a pris des mesures pour améliorer la sécurité de l'approvisionnement (inter-connectivité renforcée entre États membres, possibilités accrues de flux inversés dans le réseau). On entend par flux inversé le fait que le gaz peut aller dans les deux sens et pas seulement dans une direction, ce qui permet aux États membres de s'entraider si besoin. L'UE s'est également dotée de règles visant à s'assurer que les entreprises gazières puissent garantir l'approvisionnement des ménages pendant 30 jours, y compris au plus fort de l'hiver. Les pays de l'UE ont l'obligation d'élaborer des plans d'urgence pour se préparer à d'éventuelles perturbations graves de l'approvisionnement. Un groupe européen de coordination gazier se réunit régulièrement pour faire le point sur la sécurité de l'approvisionnement (EUROPE 11057).
La Commission admet que des efforts restent à faire pour améliorer l'inter-connectivité et les options de flux de retour. Dans des pays comme la Bulgarie, des efforts sont en cours pour améliorer les flux de retour, explique-t-on dans l'entourage de M. Oettinger. C'est la raison pour laquelle la Commission a créé en 2013 une liste de 248 projets d'infrastructures d'intérêt commun, dont un nombre important de projets liés au gaz.
Les treize pays de l'UE concernés par les menaces russes sont: Allemagne, Autriche, Bulgarie, Croatie, Italie, France, Hongrie, Grèce, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie. Cinq autres pays non membres de l'UE sont concernés: Bosnie-Herzégovine, ancienne République yougoslave de Macédoine, Moldavie, Serbie et Turquie.
L'Ukraine consomme 50 milliards de m3 de gaz par an. Elle en produit 20 milliards de m3et achète les 30 milliards restants à la Russie. Son réseau de gazoducs assure le transit de 65 des 133 milliards de m3 de gaz achetés par les pays de l'UE, selon les données de la Commission européenne pour l'année 2013.
Dans sa lettre aux 18 leaders européens, le président russe préconisait de « mener sans délai des consultations au niveau des ministres de l'Économie, des Finances et de l'Énergie pour mettre sur pied des mesures conjointes de stabilisation de l'économie de l'Ukraine et pour assurer les livraisons et le transit du gaz russe dans le strict respect des conditions contractuelles ». Il rappelait que la Russie avait « subventionné l'économie de l'Ukraine » à hauteur de plus de 35 milliards de dollars depuis quatre ans, exigeant que ce soutien se fasse désormais « sur un pied d'égalité ». Kiev a en particulier accumulé 2,2 milliards de dollars en factures de gaz russe impayées et refuse l'augmentation de 80% du tarif décidée par Moscou.
Concernant le projet de gazoduc South Stream devant relier en 2015 la Russie à l'Europe occidentale en contournant l'Ukraine, la Commission a estimé qu'il n'était « pas un projet prioritaire ». « Nous souhaitons atteindre de nouveaux pays qui assurent l'approvisionnement pour assurer la diversité. On pense notamment au 'couloir sud' pour le gaz. Tout nouveau gazoduc est une bonne chose s'il est pleinement conforme au droit européen ». Sur South Stream, il faut tenir compte des relations entre la Russie et l'UE, a ajouté la Commission. Un groupe de travail a été mis en place en janvier pour définir le cadre juridique nécessaire pour la partie européenne de South Stream, « mais il n'y a pas de négociations en tant que telles sur South Stream », a souligné la porte-parole du commissaire à l'Énergie.
Flux inversés pour aider l'Ukraine. La Commission a rappelé qu'elle travaillait avec les entreprises ukrainienne et slovaque pour faire en sorte que le mémorandum d'accord sur les flux inversés soit signé le plus tôt possible après Pâques. Une finalisation de ces négociations permettrait à l'Ukraine de recevoir jusqu'à 8 millions de m3 de gaz chaque année, en plus de ce qu'elle reçoit déjà de la Hongrie et de la Pologne. « Cette option est tout à fait en accord avec le droit européen », a estimé la Commission. (LC)