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Bulletin Quotidien Europe N° 11050
Sommaire Publication complète Par article 37 / 37
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1042

*** NADEGE CHAMBON, STEPHANIE BAZ-HATEM: Jacques Delors hier et aujourd'hui. S'affranchir d'un monde désenchanté. Desclée de Brouwer (10 rue Mercœur, F-75011 Paris. Tél.: (33-1) 40465400 - fax: 58511048 - Internet: http://www.ddbeditions.fr ). Collection « Essais ». 2014, 219 p.., 18 €. ISBN 978-2-220-06588-5.

En décembre prochain, il y aura vingt ans que Jacques Delors quittait la Commission européenne. S'il en reste aujourd'hui, aux yeux des plus ou moins « anciens », le plus emblématique des présidents, ayant incarné l'Europe comme peu d'autres auparavant, qui le connaît encore parmi la jeune génération européenne, elle qui entre aujourd'hui - ou, du moins, qui essaie d'entrer… - dans la vie active ? Parce qu'elles sont jeunes et qu'elles ont le privilège d'avoir été proches de cet homme politique atypique au sein de Notre Europe ces quinze dernières années, Stéphanie Baz-Hatem - qui reste la responsable de ce groupe de réflexion et d'étude créé par Delors en 1996 et appelé Institut Jacques Delors depuis 2012 - et la chercheuse Nadège Chambon ont eu l'excellente idée de concevoir ce petit ouvrage très personnel pour à la fois rappeler l'homme et le parcours qui a été le sien, mettre en lumière sa réflexion et son action ininterrompues depuis 1995, enfin et surtout pour « partager ses clés de compréhension du monde contemporain » qui, « fidèles à des références intellectuelles, spirituelles et politiques qui transcendent - le plus souvent - les clivages partisans », sont de nature à donner « de la cohérence et du sens au fracas assourdissant des changements auxquels nos générations assistent ». Pour un peu, on dirait presque que ce livre tombe à pic, surtout pour remettre à leur place certaines décisions et actions qui ont conduit l'Union européenne et la zone euro où elles en sont…

D'abord, il y a l'homme, et son parcours. Né dans les milieux populaires de Ménilmontant, le petit Delors forgera - sous la houlette de « vicaires un peu rouges », dixit le père Henri Madelin qui signe la préface - une foi chrétienne qui ne le quittera plus. Il trouve ses premiers maîtres intellectuels en Emmanuel Mounier et Jean Lacroix, et il est marqué du personnalisme au fer rouge, ce qui le rendra allergique à l'individualisme, surtout à l'individualisme exacerbé qui a fleuri au tournant du millénaire. Tout est en place pour conduire cet héritier de Marc Sangnier, apôtre de la réconciliation entre les ouvriers et le catholicisme de gauche, à vivre sa vie de militant associatif, syndical et politique, à devenir enfin « cet architecte des temps futurs » que le père Madelin voit en lui. Pas ceux qui lui reprochent toujours de n'avoir pas brigué l'Elysée en 1995 alors que la présidence de la République lui semblait promise. « Je règle ça avec ma conscience », a-t-il rétorqué, assurant que Dieu seul pourrait un jour lui reprocher d'avoir fait ce choix « par lâcheté »… A partir de là, Stéphanie Baz-Hatem et Nadège Chambon décryptent « la méthode Delors » qui consiste à « faire de sa propre utilité une priorité » tout en témoignant d'un « pessimisme actif », la manière dont Delors n'a jamais cessé d'essayer de « comprendre les tensions des sociétés contemporaines pour vivre ensemble », l'attention qu'il a toujours portée à l'égalité des chances et à l'éducation, le combat qu'il continue à mener au service de la démocratie sociale et afin d'ancrer celle-ci dans le cadre de l'Europe communautaire, le « pragmatisme delorien » qui l'a amené à se saisir de « l'économie au-delà des théories » depuis fort longtemps, enfin l'action des « architectes au service de l'Europe ».

Ces retrouvailles avec un politique « pas comme les autres » et un « orfèvre en humanité », ainsi que le qualifie joliment le père Madelin, deviennent carrément vivifiantes lorsque Nadège Chambon et Stéphanie Baz-Hatem repèrent les jugements corrosifs que l'ancien président de la Commission a été amenés à distiller au gré des errements de la gouvernance européenne. Le concepteur de la monnaie unique a ainsi osé constater que l'Eurogroupe était « moralement et politiquement responsable de la crise » dont pâtit la zone euro depuis 2008, mais aussi que les « services de la Commission » n'avaient pas été insensibles au « poison de l'idéologie financière », ce qui a fait le lit de la crise que l'Union subit encore. Et ce n'est rien par rapport à la double faute qu'il impute au Conseil européen, coupable d'avoir fait de l'Union économique et monétaire une infirme faute de l'avoir écouté dans les années 90 et d'avoir, plus récemment, continué à nourrir le « hiatus existant entre la tendance des dirigeants à penser l'échelon national et la réalité de leur monnaie et de leur économie, ancrée à l'échelon européen ». D'où, en conclusion, l'appel de ce « pessimiste » toujours « actif » à « ouvrir le chantier du renouveau institutionnel et démocratique » qui puisse conduire à la Fédération d'Etats-nations qu'il prône depuis longtemps, mais aussi à l'avènement d'une « Europe de chair et d'âme »... N'est-ce point une manière plus motivante de parler de l'Europe et de sa nécessaire construction que bien des discours électoraux qui nous attendent ?

Michel Theys

*** Il Politico. Rivista italiana di scienze politiche. Rubbettino Editore (10 viale Rosario Rubbettino, I-88049 Soveria Mannelli. Tél.: (39-968) 6664201 - fax: 662055 - Courriel: rubbettinoeditore@pec.it - Internet: http://www.rubbettinoeditore.it ). Septembre/décembre 2012, n° 231, 236 p., 20 €. Abonnement: 52 € (Union européenne) ou 78 €. ISBN 978-88-498-3884-8.

Publié au milieu de l'année dernière même s'il est censé être celui couvrant le dernier trimestre de l'année 2012, ce numéro de la revue italienne portée par le Département des sciences sociales et politiques de l'Université de Pavie est consacré dans son intégralité au thème « L'Union européenne, le nationalisme et le cosmopolitisme ». Ainsi que l'explique le Pr. Guido Montani dans son avant-propos, ce choix s'explique par une double raison. Il résulte d'abord d'une volonté de protester contre la manière « bornée » dont les dirigeants européens ont géré le cataclysme économico-financier qui s'est abattu sur l'Union européenne: la crise des dettes souveraines a révélé au grand jour leur incapacité « de combler le fossé entre la soi-disant gouvernance européenne et le gouvernement fédéral européen nécessaire pour éviter l'effondrement de l'Union » , accuse le professeur d'économie politique internationale en y voyant la preuve de leur « pauvre compréhension de la signification historique de l'intégration européenne ». Lors de l'attribution du prix Nobel de la paix attribué à l'Union, le président Barroso avait déclaré que celle-ci, loin d'être une fin en soi, incarnait la recherche d'un ordre cosmopolite, « cette vision fédéraliste et cosmopolite » constituant, selon lui, « l'une des contributions les plus importantes que l'Union européenne peut apporter à un ordre mondial en devenir ». La volonté de rappeler haut et fort ce noble devoir est le fil qui lie tous les essais réunis dans ces pages, leurs auteurs - chercheurs venant de plusieurs continents - visant aussi à « stimuler un débat fructueux sur la notion de nationalisme, qui est une invention européenne, et le cosmopolitisme, qui est toujours considéré plus comme une notion philosophique que comme un projet politique pour l'avenir de l'humanité ». C'est là qu'intervient la deuxième raison à la base de ce numéro, à savoir la volonté de rendre hommage au penseur politique et grand fédéraliste italien Mario Albertini, décédé en 1997. A travers les écrits qu'il a laissés et qui sont revisités, c'est à remonter aux sources du cosmopolitisme et du fédéralisme que les lecteurs sont invités, les auteurs étant notamment enclins à leur faire comprendre que Kant n'aurait sans doute pas désavoué l'Union européenne comme amorce d'une paix universelle… (MT)

*** STAVROS ZOUMPOULAKIS: L'Aube dorée et l'Eglise. Editions Polis (33 Eolou Str., GR-10551 Athènes. Tél.: (30-210) 3643382 - fax: 3636501 - Courriel: info@polis-ed.gr - Internet: http://www.polis-ed.gr. 2013, 115 p., 10 €. ISBN 978-960-435-390-3.

Comment un prélat peut-il parler des membres de l'Aube dorée comme « de bons enfants qui peuvent devenir une douce espérance pour le citoyen désespéré » ? Pourquoi la rhétorique nationaliste et d'extrême-droite de l'organisation néo-nazie grecque est-elle considérée comme normale par certains dans l'Église orthodoxe ? Pourquoi les évêques qui dénoncent les activités racistes criminelles sont-ils vus comme des exceptions éclairés ? Pourquoi l'Église officielle ne dénonce-t-elle pas, dans ses déclarations, la violence politique et physique ? Voici quelques questions que Stavros Zoumpoulakis, directeur de la revue "Nea Estia" et président de la Bibliothèque nationale, pose dans cet ouvrage en y apportant certaines réponses possibles. Il démonte d'abord la traditionnelle rhétorique triangulaire d'Aube dorée, à savoir « Pays, Religion, Famille ». Deuxièmement, il estime que seule l'Église officielle a la possibilité - et même le devoir ! - d'isoler sur le plan social et politique l'abcès néo-nazi. Ce qui, au stade actuel, relève à vrai dire plus du vœu que de la réalité. Pourtant, les arguments de l'auteur sont percutants: cette organisation d'extrême-droite est à la fois néo-nazie, païenne, antisémite, anti-islam et anti-chrétienne. L'Église a donc elle-même les meilleures raisons de dénoncer et de vouer aux gémonies Aube dorée. Parallèlement, l'auteur explique aussi pourquoi il lui est difficile d'agir de la sorte en condamnant sans détour ce parti. Il constate enfin que, dans le contexte d'une crise économique et sociale dramatique, nombreux sont ceux qui continuent à sous-estimer le risque représenté par Aube dorée. A tort, avertit-il... (AKa)

*** JOSEF NIZNIK (sous la dir. de): Twentieth Century Wars in European Memory. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection “Studies in Social Sciences, Philosophy and History of Ideas”, n° 1. 2013, 289 p., 45,95 €. ISBN 978-3-631-62785-3.

Dans ce livre collectif que dirige Józef Niznik, professeur et directeur des études de l'unité européenne à l'Institut de philosophie et de sociologie de l'Académie polonaise des sciences, dix-huit spécialistes montrent que les souvenirs des deux guerres mondiales qu'on a dans plusieurs pays européens peuvent fortement différer. Ils parlent du symbolisme des objectivations matérielles de la mémoire de la guerre et examinent celle-ci dans l'espace géographique. Ils relèvent que ces objectivations déterminent non seulement certains modèles de la mémoire et une perception spécifique du passé, mais qu'elles contribuent aussi à l'identité locale et/ou nationale, ainsi qu'à la création d'une base pour les attitudes envers les autres participants de la guerre. En réalité, les instruments de mémoire vivent leur propre vie et travaillent la signification que la mémoire attache à des événements particuliers au gré des processus historiques et politiques. La question qui sert de fil conducteur à ce recueil d'essais est de savoir s'il est possible de « faire » les Européens sans mémoire collective européenne ou sans transgresser les perspectives nationales. Le souvenir de la guerre qui montre inévitablement l'absurdité humaine intrinsèque de cette tragédie est sans doute le principal vecteur de cette européanisation. (AKa)

*** RUTH STEGER: Staatenimmunität und Kriegsverbrechen. Das IGH-Urteil im Verfahren Deutschland gegen Italien vom 03.02.2012. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Völkerrecht Europarecht und internationales Wirtschaftsrecht". 2013, 336 p., 66,95 €. ISBN 978-3-631-64337-2.

Le 23 décembre 2008, l'Allemagne saisit le Tribunal pénal international (TPI) pour statuer sur la légalité d'un arrêt de la Cour de cassation italienne l'enjoignant par décision exécutoire d'indemniser: 1) des soldats de l'armée italienne déportés en Allemagne de 1943 à 1945 et n'ayant pas bénéficié du statut de prisonniers de guerre ; 2) des civils déportés en Allemagne et soumis au travail forcé ; 3) des civils victimes d'exactions et de massacres perpétués par la Wehrmacht de 1943 à 1945. Dans son arrêt du 3 février 2012 Immunités juridictionnelles des États, le TPI a donné raison à Berlin en invoquant notamment la violation du principe de l'immunité des États par les tribunaux italiens et en indiquant que, ce faisant, l'Italie avait commis une violation du droit international public. De prime abord, l'attitude italienne parait infondée, tant la violation de l'immunité diplomatique de l'Allemagne par les tribunaux italiens est évidente. Le Tribunal a d'ailleurs fait sienne cette position. Mais le mérite du travail de Ruth Steger est justement de mettre en lumière qu'en dépit de l'arrêt de la TPI, les tribunaux italiens avaient des raisons légitimes d'enjoindre l'Allemagne à indemniser des Italiens victimes du nazisme. L'Italie présente effectivement une situation bien spécifique: ayant été considérée vaincue en 1945 et lors de la signature des traités de paix en 1947, sa population n'a pas eu les mêmes droits à réparation que les pays dits « vainqueurs », ce en dépit des nombreuses lois allemandes en la matière. L'auteur souligne aussi que la pratique et la jurisprudence ont apporté certaines restrictions au principe de l'immunité des États (notamment avec l'apparition de la notion d'immunité relative des États). A cet égard, l'analyse à titre comparatif de la jurisprudence de certaines juridictions, notamment la Cour européenne des droits de l'homme, revêt un intérêt certain. En fin d'ouvrage, l'auteur trace la voie de procédures d'indemnisations générales et équitables des personnes lésées par le national-socialisme. (GLe)

*** Dokumente / Documents. Zeitschrift für den deutsch-französischen Dialog / Revue du dialogue franco-allemand. Verlag Dokumente (86 Dottendorfer Strasse, D-53129 Bonn. Tél.: (49-228) 92129365 - fax: 690385 - Courriel: aboservice@dokumente-documents.info - Internet: http://www.dokumente-documents.info ). 2013, n° 4, 112 p., 7 €. Abonnement: 18,90 €.

Ce numéro de la revue du dialogue franco-allemand fondée en 1945 par le père et résistant français Jean du Rivau se révèle critique pour la manière fort « plate » qui a caractérisée la célébration du cinquantième anniversaire du Traité de l'Elysée et, en particulier, pour la germanophobie persistante dans certains milieux français. Son rédacteur en chef, Gérard Foussier, stigmatise tout particulièrement un billet d'humeur se voulant d'humour publié dans Le Figaro, son auteur accusant notamment les Allemands de donner « des leçons de vertu et de courage en oubliant qu'ils ont organisé la shoah et perdu la guerre » et de prétendre « imposer leurs lois par la voie d'une chancelière moins moustachue que le Führer mais tout aussi déterminée ». Il n'y a pas à dire, le « moteur » franco-allemand de la construction européenne n'a pas franchi la ligne Maginot de certains esprits français… En vue d'y remédier, les projecteurs sont braqués sur certains enseignements à tirer des dernières élections législatives en Allemagne, tandis qu'un dossier est consacré aux difficultés rencontrées par les promoteurs d'un bilinguisme franco-allemand dans le contexte de l'affirmation de l'anglais. (MT)

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