Bruxelles, 31/03/2014 (Agence Europe) - Conjuguée à un climat de détente sur le chapitre commercial, l'ouverture inhabituelle des discussions entre les dirigeants de l'UE et le président Xi Jinping, lors de la toute première visite d'un chef de l'État chinois auprès des institutions européennes, lundi 31 mars, laisse entrevoir le début d'une ère nouvelle dans les relations sino-européennes.
Médias évités. Comme prévu, la visite du président Xi aux sièges du Conseil et de la Commission s'est achevée sans conférence de presse. Il ne s'agit toutefois pas d'une première, puisque les dernières visites officielles chinoises, dans le cadre des sommets bilatéraux en 2010 et 2012 (la délégation chinoise était alors emmenée par l'ex-Premier ministre, Wen Jiabao) s'étaient aussi achevées sans conférence de presse, les parties ne s'étant pas entendues sur le format des points presse que la partie chinoise voulait limiter à une sélection de journalistes chinois dûment agréés. Cette fois-ci, pas de clash, mais le refus préalable du président Xi de communiquer les résultats de sa visite auprès des présidents Herman Van Rompuy (Conseil européen), José Manuel Barroso (Commission) et Martin Schulz (Parlement européen) laisse interrogateur. Ce d'autant plus que le président chinois a participé la semaine dernière aux points presse donnés par les dirigeants des pays qu'il a visités lors de sa tournée de dix jours en Europe (Pays-Bas, Allemagne, France et Belgique).
Ambiance inhabituelle. Ce refus à moitié surprenant traduit cependant mal l'échange de vues d'un genre nouveau qu'ont eu les trois patrons des institutions européennes et le chef de l'État chinois. Lors des réunions, « les discussions ont été très ouvertes, franches et libres, ce qui est très inhabituel », a expliqué une source diplomatique européenne. « La visite sans précédent du président Xi illustre l'importance qu'il attache à des relations bilatérales en bonne santé (…) Le président Xi et moi avons convenu que dans tout partenariat, comme pour l'UE et la Chine, les différences et les difficultés existent, mais le dialogue est la façon de les aborder. La visite du président Xi est un signal clair de l'engagement de la direction chinoise à un dialogue ouvert et direct, sur toutes ces questions en suspens », s'est de son côté félicité le président Schulz.
Résolution responsable des contentieux commerciaux. Cette ambiance plus apaisée est d'abord le fruit d'une relative détente au plan commercial. Détente palpable ces dernières semaines avec le règlement à l'amiable des deux enquêtes antidumping chinoises - visant le polysilicium et le vin européens - qui a permis d'enterrer la hache de guerre dans l'affaire des panneaux solaires et l'adoucissement de la position de l'UE dans le dossier des subventions aux équipementiers télécoms chinois. Détente confirmée lundi par les deux parties, qui se sont félicitées des « solutions négociées ». « Les deux parties ont reconnu l'importance d'une résolution responsable des contentieux commerciaux », souligne leur déclaration conjointe.
Négociations de libre-échange, l'UE entrouvre la porte. Les dirigeants européens et le président chinois se sont aussi réjouis des négociations engagées, après deux premiers rounds de discussions, pour un accord d'investissement couvrant la protection juridique des investissements et l'accès au marché. Lundi, la partie européenne a en outre entrouvert la porte à la requête chinoise de négocier un pacte commercial de plus large portée. Le futur accord d'investissement « amènera la volonté des deux parties à envisager des ambitions plus larges incluant, une fois que les conditions sont réunies, vers un accord de libre-échange, comme perspective à long terme », précise la déclaration. L'ancienne et épineuse question de l'octroi par l'UE du statut d'économie de marché à la Chine n'a en revanche pas été évoquée lundi.
Partenaires de réforme. Sur les relations économiques dans leur ensemble, les deux parties ont apporté leur soutien aux efforts de réforme économique de chacun, tant ceux de la Chine pour construire une société plus homogène au regard du développement économique, que ceux de l'UE pour le renforcement de l'Union économique et monétaire. « Le président Xi a répété que l'UE et la Chine sont partenaires dans la réforme », a confié une source diplomatique. L'UE et la Chine ont réaffirmé leur engagement à approfondir leur partenariat par la mise en oeuvre de leur agenda stratégique 2020. M. Xi a aussi promu le projet d'une nouvelle « route de la soie », qui vise à reconstruire un corridor logistique entre les deux partenaires. Lundi, les deux parties ont convenu « d'explorer des initiatives communes » en ce sens.
Coopération accrue en politique étrangère. En ce qui concerne les questions internationales, l'Afghanistan, la Syrie, l'Iran, l'Afrique, l'Asie de l'Est et l'Ukraine étaient au centre des discussions. Sur l'Ukraine, la Chine a répété son appui à l'intégrité territoriale du pays et son attachement au principe de non-interférence dans les affaires intérieures d'un pays tiers. De manière générale, l'UE et la Chine ont convenu d'intensifier leur coopération en matière de politique étrangère et de sécurité régionale et internationale. Les deux parties ont aussi réaffirmé leur engagement à renforcer leur coopération sur la gouvernance mondiale, sur les questions de développement et dans le processus visant un accord international post-Kyoto de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les droits de l'homme ont été évoqués à la marge, seul un paragraphe de la déclaration précise que cette question doit être approfondie « sur la base de l'égalité et du respect mutuel ». (EH)