Bruges, 28/03/2014 (Agence Europe) - Un peu plus d'un an après la chute de son gouvernement, l'ancien Premier ministre italien, Mario Monti, a partagé, jeudi 27 mars, son expérience lors des discussions entre dirigeants pour la gestion de la crise. Il a révélé qu'il avait été mis sous pression par ses partenaires européens pour accepter un plan d'assistance financière, alors qu'il était au pouvoir.
S'exprimant lors d'une conférence du Collège d'Europe, M. Monti a ironisé: en Italie, « je suis considéré au fond comme un Allemand ». Or, a-t-il souligné, la rigueur à laquelle il a soumis son pays a évité à ce dernier un plan d'assistance financière, alors même que lui-même subissait une 'pression amicale' de la part de ses partenaires les « plus grands et les plus influents » de l'UE pour emprunter cette voie. L'Italie doit « zéro euro » à l'eurozone et a récemment quitté la procédure de déficit excessif, s'est-il encore félicité.
S'interroger sur la manière d'éviter « une seconde décennie perdue » ne rend pas justice à la construction européenne, a-t-il estimé, alors que l'institut de Bruges en avait fait le sujet de sa 5ème 'European Business Conference'.
L'Italien a tout de même reconnu les problèmes qui se sont posés au cours de cette construction. Il a pointé l'influence de Paris et de Berlin, en 2003, « avec la complicité de la présidence italienne du Conseil », pour refuser la palette d'outils qui aurait permis, déjà à cette époque, à la Commission européenne de formuler des avertissements ou d'imposer des sanctions à l'égard de gouvernements qui ne respectaient pas les règles budgétaires. Ce n'est qu'avec l'émergence de la crise grecque que la proposition de la Commission concernant la coordination ex ante des politiques économiques a bénéficié d'un nouveau souffle.
M. Monti a ensuite souligné la « lenteur de réaction » intentionnelle de certains États, comme la Finlande, l'Allemagne et les Pays-Bas, face à la crise. Il a par après expliqué à EUROPE que ce temps avait toutefois été mis à contribution pour examiner les politiques de réponses possibles et faire en sorte que l'opinion publique allemande « suive », ce qui était nécessaire. M. Monti a toutefois regretté la montée du populisme observée dans les pays du Sud. La 'troïka' (Commission, BCE, FMI), qui négocie les plans d'aide dans les pays sous programme au nom de l'eurozone et du FMI, était « loin d'être parfaite », étant plutôt une « construction pragmatique au quotidien » qui avançait, de surcroît, dans un « désert ».
De son côté, Bernadette Ségol, directrice générale de la Confédération européenne des syndicats, a reconnu que renflouer les banques était nécessaire, car un effondrement du système financier aurait été « économiquement terrible ». Elle a toutefois précisé qu'aux yeux des organisations qu'elle représente (les syndicats) la 'troïka' n'était pas démocratique et qu'il ne fallait pas s'étonner que beaucoup de personnes voient l'UE comme une machine qui coupe dans leur salaire et dans la protection sociale.
Se tournant vers l'avenir, M. Monti a estimé qu'un changement, dans le cadre de l'UE, sera nécessaire pour apporter de la croissance, particulièrement dans les économies du Sud. « C'est une pure illusion que de penser qu'un État peut retrouver une croissance soutenable en agissant dans l'isolement », selon lui. Du côté de la discipline budgétaire, le processus devrait être « davantage ouvert vis-à-vis des investissements publics ». Et pour trouver le bon équilibre entre cette discipline et la mise en oeuvre de réformes structurelles, les 'arrangements contractuels', désormais appelés 'partenariats économiques', sont un « pas nécessaire ». Ces contrats, qui lieraient un État à l'échelon européen pour accomplir des réformes en échange d'une aide financière, ne trouvent, à ce stade, pas beaucoup de partisans au sein des États membres. (EL)