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Bulletin Quotidien Europe N° 11041
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Certaines coopérations entre Russie et Europe demeurent indispensables, malgré les difficultés actuelles

Entre Europe et Russie, une certaine prudence. Un peu d'attention aux réalités du terrain, au-delà des déclarations, indique que la dramatisation de la crise ukrainienne est parfois excessive. En particulier, il faut éviter une rupture radicale de la coopération entre l'Europe et la Russie: les raisons qui imposent de laisser ouverte la voie à des compromis et à un modus vivendi raisonnable sont nombreuses et les protagonistes en sont conscients. Déjà la semaine dernière, les deux parties laissaient la porte ouverte à des possibilités de collaboration.

On peut citer comme exemple le cas du gazoduc South Stream: les discussions techniques entre les deux parties, en cours depuis quelque temps pour clarifier certains désaccords, se sont poursuivies à Moscou vendredi dernier comme prévu. C'est un petit exemple symptomatique. Le commissaire européen Günther Oettinger avait annoncé que la réunion aurait été reportée et un porte-parole de la Commission avait alors précisé que l'annonce du commissaire avait une portée politique, alors que la réunion en question était technique (voir EUROPE 11038). On se rappellera que le South Stream reliera la Russie à la Bulgarie, pour se diviser ensuite en deux branches, l'une, au nord, traversant Serbie, Hongrie et Slovénie en direction de l'Autriche, l'autre, au sud, traversant la Grèce en direction de l'Italie et évitant ainsi l'Ukraine. La réunion technique s'est déroulée donc normalement à Moscou, ce qui prouve que le dialogue n'était pas suspendu, à deux jours du référendum en Crimée !

La querelle juridique sur la Crimée. Ensuite, les divergences entre l'Europe et la Russie ont pris le caractère d'une querelle juridique sur la légitimité du référendum par lequel le peuple de Crimée a choisi de devenir une province russe. Vladimir Poutine a informé Angela Merkel (elle parle russe et le dialogue entre les deux dirigeants était déjà plutôt fréquent) du résultat du référendum de dimanche, en soulignant qu'il s'inscrivait « dans le respect total du droit international et notamment de la charte de l'ONU, qui affirme le principe d'égalité et le droit des peuples à l'autodétermination ». En même temps, du côté européen (et surtout américain), la légitimité du référendum était contestée par un nombre impressionnant d'arguments juridiques et politiques, chaque partie expliquant amplement les raisons pour lesquelles la consultation en Crimée était valide ou invalide. Les deux thèses opposées s'appuient sur des aspects juridiques très habiles et sur des précédents politiques éloquents. Certes, la position de l'UE n'est pas renforcée par le cas du Kosovo, reconnu en tant que pays autonome par la plupart des Etats membres, mais pas par tous…

Les commentateurs qui ne peuvent pas s'appuyer sur une base juridique solide évitent logiquement d'intervenir dans le débat, en estimant plus utile de fonder leur attitude sur des considérations politiques et économiques. L'histoire nous apprend que chacun utilise les subtilités du droit selon ses intérêts ; des historiens ont évoqué des exemples du passé (l'ancienne Tchécoslovaquie, aujourd'hui séparée en deux Etats, heureusement sans passer par un conflit ; le Timor oriental, le Soudan du Sud) et du futur: l'Ecosse ? La Catalogne ? L'ancienne Yougoslavie s'est fragmentée en un grand nombre d'États, mais après des conflits douloureux et cruels, en partie pas encore vraiment terminés.

L'UE est-elle vraiment compacte ? Il ne faut pas négliger les divergences entre les pays de l'UE. Elles sont surmontées par les efforts visant à définir des positions européennes communes ; mais elles subsistent, on le constate tous les jours. Comment oublier que 30% du gaz et du pétrole que l'UE consomme vient de Russie ? Moscou, de son côté, ne peut pas oublier que l'UE, et encore plus l'OTAN, ont absorbé progressivement une vaste partie de l'ancienne URSS. Si, progressivement, l'Ukraine, telle qu'elle était encore géographiquement la semaine dernière, devient membre de l'UE et ensuite de l'OTAN, aussi bien l'UE que l'OTAN seraient installées presque sur le territoire russe.

L'UE doit comprendre les motivations de Moscou, à condition bien entendu que la Russie, de son côté, comprenne les intérêts et les exigences de l'Europe. Cette rubrique reviendra sur la position spécifique des USA.

(FR)

 

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