Bruxelles, 11/03/2014 (Agence Europe) - À neuf voix d'écart, une résolution législative sur l'égalité entre les hommes et les femmes de 2012 a été rejetée par le Parlement européen, mardi 11 mars. Le visage de l'auteur, Ines Zuber (GUE, portugaise), à la lecture du résultat des votes (298 contre, 289 pour et 87 abstentions) s'est décomposé à l'instar de celui d'Edit Estrella (S&D, portugaise), quelques mois plus tôt. Le rapport de cette dernière sur les droits sexuels et reproductifs avait été rejeté par le Parlement européen.
Austérité. Les conservateurs (PPE, CRE, EFD) ont, cette fois encore, eu le dernier mot dans l'hémicycle en matière d'égalité des genres, quelques jours après la Journée internationale de la femme. Leur opposition serait principalement due au fait que le projet de résolution critiquait l'impact des mesures d'austérité sur l'égalité entre les hommes et les femmes au cours de la crise. Ce qui fait dire au rapporteur que le résultat du vote pèse politiquement car il signifie que « le Parlement européen veut détourner l'attention des conséquences des effets des politiques d'austérité imposées aux femmes par différents gouvernements européens ».
Avortement. Le projet de résolution évoquait aussi les droits à la santé reproductive et sexuelle, en appelant notamment les États membres à assurer que les femmes soient libres de mettre fin volontairement à une grossesse. Or, l'avortement est un sujet qui divise terriblement le Parlement européen. Les eurodéputés avaient déjà fait tomber cet automne le rapport d'Edit Estrela sur les droits génésiques et sexuels et demandant la légalisation de l'avortement en Europe. Par ailleurs, de nombreux députés s'étaient aussi mobilisés en début d'année pour critiquer le projet de loi en Espagne supprimant le droit à l'avortement.
Réactions à couteaux tirés. Le résultat du vote a créé la stupeur de nombreux députés et des remous dans l'hémicycle. Izaskun Bilbao (ADLE, espagnole) a pris la parole après le vote pour faire part de son indignation face au recul de l'égalité des genres. La députée Sylvie Guillaume (S&D, française) a également communiqué par la suite que le vote du Parlement européen était « honteux » et « désinvolte », rappelant que « le droit pour toute femme à disposer de son corps ne devrait plus faire l'objet de débats ». Véronique De Keyser (S&D, belge) a également critiqué la « marche arrière incroyable au lendemain de la Journée des femmes ». Ces deux dernières s'interrogent sur le rejet du rapport d'initiative par deux députés verts, MM. Demesmaeker et Ruhle (NDLR: quatre socialistes maltais ont également voté contre: MM. Baldacchino, Attard-Montalto, Cuschieri, Mizzi).
Réagissant après le vote, le président du groupe des démocrates chrétiens, Joseph Daul (PPE, français) a mis en avant qu'un rapport d'initiative amendé plus de 50 fois ne devrait pas arriver en plénière. Au nom des conservateurs, Marina Yanakoudis (CRE, britannique) s'est réjouie du rejet, justifiant que le projet de rapport allait trop loin dans une tentative de créer un cadre supranational, supprimant la voix des États membres sur les questions d'égalité. (MD)