Bruxelles, 18/02/2014 (Agence Europe) - Le référendum suisse du 9 février, qui a abouti à une demande de limitation de l'immigration en provenance de l'UE, a fait une nouvelle victime mardi 18 février, la Commission européenne indiquant qu'elle ne poursuivrait pas ses négociations avec la Suisse sur le programme 'Europe créative'.
La culture européenne, le cinéma, la télévision, la musique, la littérature, les arts du spectacle, le patrimoine et les domaines connexes bénéficient d'un soutien du nouveau programme Europe créative de la Commission européenne. Ce programme est doté de 1,46 milliard d'euros pour les sept prochaines années 2014/2020 (9% de plus qu'actuellement).
Le porte-parole d'Androulla Vassiliou, commissaire européenne à l'Éducation et à la Culture, a confirmé lundi que le sort de ce programme suivait celui des programmes Erasmus et Horizon 2020, eux aussi suspendus dans l'attente que la Suisse « signe le protocole avec la Croatie » étendant la libre circulation des Européens en Suisse aux citoyens croates. Une signature que le gouvernement ne peut actuellement pas poser du fait de la votation du 9 février.
Lundi, un observateur jugeait d'ailleurs cette réaction de la Commission quelque peu « disproportionnée » et même un peu risquée. En revendiquant une attitude de fermeté vis-à-vis de la Suisse, la Commission fait surtout de la « politique intérieure », notamment en direction des pays aspirant à l'indépendance ou même de David Cameron, le Premier ministre britannique, qui a émis l'idée de quotas pour les migrants européens. Mais cette attitude est contestable, faisait encore valoir cette source, car elle envoie aussi le message selon lequel la Commission « ne veut pas écouter ce que disent les citoyens ».
Le président de la confédération helvétique, Didier Burkhalter, doit se rendre cette semaine à Paris et à Berlin pour évoquer les conséquences du vote suisse. Jeudi 20 février, une rencontre est prévue entre le secrétaire d'État suisse aux Affaires étrangères, Yves Rossier, et le directeur général du SEAE (Service européen pour l'action extérieure), David O'Sullivan. Un COREPER (Comité des représentants permanents des États membres auprès de l'UE) pourrait se tenir jeudi après-midi et s'emparer à nouveau de la question du mandat sur l'accord institutionnel, question qui avait été reportée de l'agenda du 13 février.
Merkel veut prendre le temps de discuter
La chancelière Angela Merkel a déclaré, mardi 18 février, lors d'un point presse à Berlin avec le président suisse: « Il est très important d'observer qu'il y a une phase de transition de trois ans (avant la mise en oeuvre des nouvelles dispositions constitutionnelles sur l'immigration en Suisse: NDLR), nous avons donc le temps de conduire les discussions nécessaires, je suis en faveur d'une solution raisonnable, et l'Allemagne s'engagera dans ce sens ». « À la fin de ces trois années, nous devons décider quelles conséquences cela implique mais il ne faut pas dès à présent, c'est-à-dire au début du processus, tirer toutes les conséquences », a-t-elle mis en garde. Didier Burkhalter a insisté sur le fait qu'une décision a été prise « démocratiquement en Suisse et cette décision est un mandat constitutionnel, ce n'est pas encore une loi applicable, tout n'a pas changé depuis le 9 février ». Il croit « qu'il est possible de discuter en Europe d'un éventuel ajustement des accords sur la liberté de circulation, parallèlement au travail que nous faisons sur le terrain législatif », a-t-il dit. (SP/LC)