Strasbourg/Bruxelles, 15/01/2014 (Agence Europe) - Le Premier ministre grec, Antonis Samaras, a présenté, mercredi 15 janvier à Strasbourg, devant le Parlement européen, les priorités de la présidence grecque du Conseil de l'Union européenne, en tenant un discours très pro-européen, avant les élections européennes en mai.
« La présidence grecque sera au plus près des citoyens et s'attaquera aux grands problèmes. Nous avons besoin d'une meilleure Europe et de davantage d'Europe. La question n'est pas l'Europe ou non, mais quelle Europe, cela mérite un débat de fond », a déclaré celui qui fut eurodéputé de 2004 à 2007. « Lors des élections, il ne faudra pas que les citoyens votent avec un goût amer de crise dans la bouche, mais avec le sentiment que la crise est surmontée, que l'Europe en est sortie grandie et meilleure ». Il a ajouté que l'Union n'est pas un luxe mais une nécessité vitale en raison des défis à relever en Europe et dans le monde. « Nous pouvons mieux répondre à ces défis si nous sommes unis », a-t-il ajouté.
« Comment convaincre nos citoyens qu'ils doivent lutter pour l'Europe ? », s'est interrogé le président du groupe S&D, l'Autrichien Hannes Swoboda, qui a précisé que si la présidence grecque fait une contribution pour l'Europe sociale, « nous vous soutiendrons ».
« La priorité des priorités est la légitimité démocratique, le fait que l'Union rende des comptes », a insisté M. Samaras, soulignant qu'il faut une solidarité entre les États et les peuples.
Une solidarité aussi mise en avant par les députés. « La solidarité européenne doit jouer, cela passe par plus d'harmonisation sociale et fiscale au niveau européen », a dit au nom du PPE Joseph Daul (PPE, français).
Les 'eurosceptiques' ont cité la situation en Grèce pour dénoncer l'UE. Pour Nicole Sinclaire (non inscrite, britannique), « c'est amusant que la Grèce assume la présidence maintenant, c'est un symbole de l'échec de l'Europe ». « Le rêve fédéraliste est devenu un cauchemar. On n'a pas pensé au coût de la monnaie unique, c'est le peuple qui en paie le prix. Il est important de tirer les enseignements des erreurs. Il faut faire marche arrière concernant le projet d'unification, voilà la direction que doit prendre l'UE », a souligné M. Martin Callanan (CRE, britannique). Pour Nagel Farage (EFD, britannique), la « Grèce est contrôlée par des puissances étrangères. Vous avez vendu votre démocratie et ne pouvez pas admettre que c'était une erreur », a-t-il lancé. Dans sa réponse, M. Samaras a souligné qu'il n'était « pas nécessaire de faire des remarques sur les observations venant de ceux qui défendent une vision isolationniste de l'Europe ».
Le cheminement difficile de l'union bancaire
Le Premier ministre a encore rappelé les priorités de sa présidence: l'emploi, la croissance et la cohésion, le renforcement de l'UEM (union économique et monétaire), les questions de mobilité et d'immigration et la politique maritime. Il a aussi mis en avant la politique d'élargissement ou encore le rôle de l'UE dans le monde.
Et la présidence aura fort à faire, alors qu'en raison des élections européennes, la période de travail sera réellement de 3 mois et demi.
Lors du débat, les chefs des principaux groupes politiques ont prévenu qu'ils n'accepteront pas en l'état, loin de là, le compromis du Conseil sur le mécanisme de résolution bancaire. Le président du PE, Martin Schulz, a estimé qu'un accord était impossible pour le moment sur le mécanisme de résolution des banques au sein de la future zone d'union bancaire. Le problème vient de l'approche générale dégagée en décembre par le Conseil, qui prévoit notamment un accord intergouvernemental pour régler certains détails, un des points qui fâchent les députés. « Nous attendons du bon sens du Conseil. Nous allons trouver une solution ensemble, elle sera communautaire ou elle ne sera pas trouvée », a prévenu Joseph Daul. « La proposition sur l'union bancaire n'est pas acceptable à nos yeux. Le PE n'acceptera pas l'union bancaire telle qu'elle est prévue, le processus est trop compliqué », selon Hannes Swoboda. Le président du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt, a rappelé qu'un mécanisme européen n'est pas un mécanisme basé sur des mécanismes nationaux. « Nous ne voulons pas de patchwork national mais une approche communautaire », a-t-il ajouté.
« Les négociations sont difficiles, parfois on assiste à un heurt frontal entre le PE et le Conseil », a concédé M. Samaras, ajoutant qu'il était nécessaire de surmonter les divergences pour que l'Europe se dote vraiment d'une union bancaire. « Ces négociations seront un défi, elles seront très difficiles », a-t-il convenu. Le président de la Commission européenne a rappelé que son institution aurait préféré une approche basée sur le cadre communautaire et qu'elle allait travailler pour que la dimension intergouvernementale soit maintenue à un minimum absolu de ce qui est politiquement nécessaire.
Une présidence à point nommé
La présidence grecque arrive à point nommé et concorde avec le retour à la croissance annoncée du pays. M. Samaras n'a donc pas caché sa fierté devant les progrès accomplis, pouvant appuyer son discours de début de présidence sur celui du tournant économique. « Aujourd'hui nous sommes debout, nous sommes fiers, il y a un retour à la normalité, nous prouvons que l'Europe fonctionne », a-t-il expliqué. « La Grèce sort de sa crise », grandie, même si « beaucoup reste à faire », a-t-il expliqué, évoquant notamment le problème de la cohésion sociale, mise à mal par des années d'austérité. Pour les Verts/ALE, l'Allemande Rebecca Harms a souligné que les chiffres de croissance étaient « ridicules » comparé au taux de chômage, une préoccupation également évoquée par M. Daul. M. Schulz a loué les « sacrifices incommensurables » du peuple grec, « il faut que ceux-ci ne soient pas vains ». M. Swoboda a considéré d'un mauvais oeil le fait que la Grèce doive rembourser sa dette « si rapidement ». Gabi Zimmer (GUE, allemande) a souligné la « crise humanitaire » en Grèce, dénonçant le chômage, la pauvreté ou encore la violation des droits fondamentaux et la baisse des prestations sociales, et appelant à placer l'homme et sa survie avant le remboursement des dettes. (CG/EL)