Bruxelles, 15/01/2014 (Agence Europe) - À court terme, le FMI devrait rester au sein de la 'troïka', avec la BCE et la Commission européenne, dans le cadre de l'assistance financière apportée aux États qui le sollicitent mais, dans les décennies à venir, la Commission pourrait endosser seule ce rôle, avec le soutien financier du Mécanisme européen de Stabilité (MES), a estimé Klaus Regling, le directeur général du MES, mercredi 15 janvier, lors d'une audition publique devant les députés de la commission économique du Parlement européen. Ceux-ci livreront leurs premières conclusions ce jeudi 16 janvier.
« Il faut conserver le FMI à nos côtés » pour le moment, a-t-il préconisé, soulignant l'apport du FMI sur le plan de l'expertise et du financement. Un financement qui décroît, par ailleurs, a-t-il rappelé. En effet, l'institution de Washington n'a participé qu'à 10% du financement du plan de sauvetage chypriote, contre un tiers dans le passé. Mais dans les décennies à venir, la Commission pourrait jouer ce rôle, selon lui, appuyée par le MES pour l'aide financière. Ce dernier a en effet assis son financement et sa crédibilité. La veille, l'ancien président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a pour sa part déclaré espérer voir la 'troïka' s'évaporer et que les nouveaux instruments de surveillance financière puissent permettre de prévenir plutôt que guérir. M. Regling a par ailleurs expliqué qu'un changement des Traités était possible pour communautariser le MES, mais que cela devrait se faire une fois que la crise serait terminée. Il a également estimé que le médicament prescrit par la 'troïka' fonctionnait, utilisant les récents développements positifs des pays sous programme, avec notamment l'autonomie financière retrouvée de l'Irlande, pour étayer son propos. Sur la question de la légitimité démocratique, il a insisté sur le fait que la 'troïka' conseillait plutôt que d'imposer. Quant au contrôle démocratique, il s'exerce via les gouvernements et parlements nationaux, et non le PE, reflétant « le fait que notre financement des programmes sur les marchés financiers est garanti par les budgets nationaux des États membres de l'eurozone et non de l'UE ».
À noter par ailleurs que le président du Parlement européen, Martin Schulz, s'est dit renversé par la description faite lundi par le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, sur le contrôle démocratique du processus. Quand on lui demande à qui rend des comptes la 'troïka', il répond que « la Commission rend des comptes aux États membres », la BCE et le FMI à leur conseil respectif. Pour M. Schulz, cela apporte de l'eau au moulin du PE, qui s'inquiète du déficit démocratique du processus.
Dijsselbloem remet les pendules à l'heure. Dans une lettre envoyée en réponse au questionnaire du PE, rendue publique mardi 14 janvier, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a tenu a éclaircir certains points, notamment sur la légitimité et le contrôle démocratiques du processus, au centre des interrogations des députés européens. Il y évoque « un niveau extrêmement élevé de contrôle gouvernemental et parlementaire des termes de programmes d'ajustement macroéconomique au niveau national (…) ». Il y souligne également la « flexibilité » qui a été montrée en cas de « défis non prévus » ainsi que le fait que les exigences en matière d'ajustement budgétaire ont été « modifiées quand nécessaire ». Les États sous assistance financière ont pour leur part, de manière générale, décrit une ambiance de travail constructive avec la 'troïka' dans leurs réponses transmises aux députés. Les ministres portugais et chypriotes des Finances ont également fait état de rencontres entre les représentants de la 'troïka' et certains députés du parlement national. La banque centrale irlandaise affirme par ailleurs que la plupart des aspects convenus pour le secteur financier reflétaient la politique nationale existante, mais précise que certains autres points étaient « non négociables » pour la troïka. Chez les Chypriotes, on note que le 'renflouement interne' ('bail in') des banques a été imposé au gouvernement « sous la contrainte ». La banque centrale de l'île évoque des difficultés à convaincre le trio « contre certaines mesures que nous ne considérions pas si utiles que la 'troïka' le supposait pour contrer certains problèmes économiques ».
Le ministre grec des Finances et son homologue portugais ont, quant à eux, souligné le retentissement négatif que les plans d'aide avaient pu avoir. Athènes a mis en avant « le coût socio-économique extrêmement élevé» de l'ajustement et Lisbonne son « impact social considérable ». Profitant du recul que l'on peut désormais avoir, la Grèce estime que l'eurozone n'a pas « diagnostiqué à temps les causes de la crise » chez elle et dans le sud en général, en particulier l'élargissement des déficits dans les soldes des comptes courants. (EL)