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Bulletin Quotidien Europe N° 10954
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

Le chef de la NSA rejette l'espionnage de masse des citoyens UE

Bruxelles, 30/10/2013 (Agence Europe) - Le patron de la NSA, Keith Alexander, a démenti, mardi 29 octobre, devant la commission du renseignement de la Chambre des représentants que ses services aient récolté eux-mêmes les données téléphoniques de millions de citoyens européens, comme l'ont affirmé plusieurs journaux, dont Le Monde, El Mundo et l'Espresso. Le chef de la NSA a, au contraire, affirmé que ces données avaient été recueillies par les services secrets européens, dont français et espagnols, et transmises ensuite à la NSA, rapporte l'AFP.

Selon le général Alexander, qui parlait sous serment, les documents transmis par Edward Snowden ont tout simplement été mal compris par ces journaux. Leurs révélations sur l'interception de communications de citoyens européens par la NSA sont « complètement fausses », a-t-il assuré. « Pour être parfaitement clair, nous n'avons pas recueilli ces informations sur les citoyens européens ». Le Wall Street Journal avait été le premier à indiquer, mardi, que ces interceptions téléphoniques pratiquées dans ces pays et attribuées à la NSA l'avaient été par les services secrets européens et ensuite « fournies » à l'agence américaine. Elles ne viseraient d'ailleurs pas les citoyens de ces pays mais des pays où l'OTAN intervient, a précisé M. Alexander.

Le Monde, dans un article mis en ligne le 30 octobre, a reconnu que ces informations tendaient à dédouaner la NSA, à l'heure où tous les regards des Européens, notamment ceux de Viviane Reding, se tournent vers Washington. Le Monde reconnaît l'existence d'un accord entre la France et les États-Unis sur le partage des données de renseignement, un programme intitulé « Lustre » que la presse allemande avait déjà évoqué en fin de semaine dernière. D'après Le Monde, il « paraît donc, a priori, en partie exact, qu'une partie des données téléphoniques transitant sur le sol français soit transmise, conformément aux accords de coopération, et sans tri préalable, par la DGSE (le renseignement français) à la NSA. Il s'agit donc de données concernant aussi bien des citoyens français recevant des communications de ces zones géographiques que d'étrangers utilisant ces canaux », écrit Jacques Follorou. La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a elle toutefois jugé, mercredi 30 octobre, « peu vraisemblables » les « dénégations » du patron de l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA).

Ces affaires de données touchant la France et l'Espagne sont spécifiques, a indiqué Elmar Brok (PPE, allemand), en visite aux États-Unis avec la délégation de la commission des libertés civiles du Parlement européen. Mais le numéro de portable d'Angela Merkel est lui en revanche renseigné « dans les fichiers américains », a-t-il assuré. Une délégation du gouvernement allemand devait d'ailleurs arriver mercredi à Washington pour traiter directement de cette question d'autant plus délicate que Barack Obama avait assuré à Angela Merkel la semaine dernière qu'elle n'était pas 'espionnée'.

Interrogée sur ces nouvelles affirmations provenant de la NSA, la Commission européenne n'a en tout cas pas fait de commentaires spécifiques mercredi, rappelant que le renseignement relève des États membres. Mardi, à Washington, la commissaire Viviane Reding avait toutefois affirmé qu'il y « a des choses qui ne peuvent pas se justifier par la lutte contre le terrorisme » et que les États « n'ont pas un droit illimité de surveillance secrète ». Il faut « trouver un bon équilibre » et chaque État « doit le faire de son côté », a dit la commissaire.

La Commission doit, quant à elle, faire face à des soupçons d'espionnage de ses représentants ainsi que du président du Conseil européen, lors du dernier Sommet du G20. Les Russes sont directement soupçonnés d'avoir offert des clefs USB dotées de mouchards aux responsables européens. Un cadeau empoisonné qui relance les questions sur la sécurité des communications au sein des institutions européennes, alors que le compte email d'Herman Van Rompuy avait déjà été 'hacké' par le passé par les Chinois. « Il est recommandé à tous les membres de la Commission de ne pas utiliser les matériels extérieurs lorsqu'ils sont en mission à l'étranger », a précisé mercredi Frédéric Vincent. « La Commission européenne a un système de sécurité extrêmement au point » pour protéger ses téléphones et ses bases de données, a ajouté le porte-parole. « Elle utilise du matériel dernier cri pour protéger les communications du président Barroso et des commissaires », a encore dit Frédéric Vincent.

Autre sujet lié au scandale NSA: l'avenir de l'accord dit « Safe Harbor » sur la base duquel des entreprises américaines signataires, dont Google ou Facebook, peuvent utiliser des données personnelles d'Européens. Cet accord 'soft' signé entre l'UE et le département du Commerce américain repose sur le postulat que les entreprises américaines respectent les standards européens de protection des données. Les pratiques révélées en juin par Edward Snowden mettant ces mêmes entreprises américaines au coeur du système PRISM ont amené les Européens à s'interroger sur la validité de cet accord, plus très « safe », selon Viviane Reding. Mardi, c'est le PPE lui-même qui a demandé la dénonciation de cet accord et l'élaboration de nouvelles règles. Le PE dans son ensemble a déjà demandé la suspension de l'accord SWIFT/TFTP sur le financement du terrorisme. (SP)

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