Bruxelles, 25/09/2013 (Agence Europe) - L'Europe se livre à un jeu contradictoire en négociant séparément des accords de libre-échange avec les États du Maghreb car elle n'y favorise pas ainsi une intégration régionale qu'elle appelle par ailleurs de ses vœux, a déclaré, en substance, le Professeur Abderrahmane Mebtoul invité, mardi 24 septembre, au Parlement européen. L'intérêt à long terme de l'Europe serait plutôt de favoriser la création d'un vaste espace avec une Afrique intégrée et le Maghreb en sera la zone charnière, a-t-il dit.
Son intervention avait lieu dans le cadre de la séance inaugurale du groupe d'amitié UE-Maghreb lancée par des parlementaires européens (Verts, socialistes et libéraux). Ce groupe d'amitié sort officiellement de l'état de projet et vise, selon l'une de ses initiatrices, Malika Benarab-Attou (Verts/ALE, France), à promouvoir la réflexion et le débat sur le thème de l'intégration maghrébine en partenariat avec l'UE. Parmi les promoteurs, Carmen Romero Lopez, Vicente Miguel Garcés Ramón, tous deux socialistes espagnols et Sonia Alfano (ALDE, Italie). Mme Benarab-Attou lance un appel à d'autres collègues désireux de s'inscrire dans cette démarche dont le but est aussi d'initier une coopération parlementaire euromaghrébine et d'y impliquer la société civile.
Le Professeur Mebtoul, agrégé d'économie algérien, invité à la séance, a dressé un tableau négatif de la situation au Maghreb tout en se disant convaincu de l'importance du potentiel économique et humain de cette zone. « En l'état, a-t-il affirmé, l'UMA (Union du Maghreb Arabe) n'arrive toujours pas à se concrétiser », « chaque pays procède à la gestion de ses relations extérieures avec les divers pays et blocs, en l'absence d'une coordination avec les autres pays de la région » et parfois « au détriment des autres pays ». Entre un Maghreb mal coordonné et une Europe qui négocie en bloc, les rapports sont « déséquilibrés ». L'Europe est appelée à abandonner sa vision « eurocentriste » et à prendre en compte son intérêt à long terme qui se situerait aussi en Afrique. Le Maghreb servant de pont entre les deux continents.
Globalement, a-t-il affirmé, « les peuples de la région paient l'incapacité des élites à concevoir un projet commun ». « Alors que le monde connaît des bouleversements sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945), le Maghreb reste aux abonnés absents » et demeure, a-t-il dit, marginalisé sur l'échiquier international. Son PIB ne représente que 0,5% du PIB mondial et 2,40% du PIB de l'UE, un taux « légèrement supérieur au PIB de la Grèce » seule. Son PIB global est « artificiellement gonflé par la Libye et l'Algérie, du fait du poids des hydrocarbures, et des phosphates pour le Maroc ». Son commerce reste insignifiant dans les flux mondiaux et le Maghreb a perdu de son poids dans le monde. « Les échanges commerciaux inter-maghrébins ne dépassent pas 2 à 3%, les chances d'émerger sont réelles », estime le Professeur qui cite un exemple: en alliant le gaz algérien et le phosphate marocain, le Maghreb peut devenir un des plus gros producteurs mondiaux d'engrais. Des synergies et des complémentarités peuvent être mises à profit pour faire du Maghreb un des pivots de l'économie mondiale. L'énergie constitue à elle seule pour le Maghreb ce que fut « le charbon et l'acier » pour l'Europe, même s'il préfère une construction maghrébine commençant par la culture plutôt que par l'économie ou, comme actuellement, la politique. Le plus urgent serait de casser le mur de la défiance et la question du Sahara sera dépassée par une approche d'intégration. Le reste suivra alors, naturellement.
Ce qui manque surtout au Maghreb c'est une saine gouvernance, a affirmé le Pr. Mebtoul. Il souligne « l'urgence de nouvelles structures pour placer le Maghreb comme vecteur actif au sein de l'économie mondiale dont l'espace euro-méditerranéen et euro-africain constituent son espace naturel, pour s'adapter aux futurs enjeux géostratégiques mondiaux horizon 2015/2020 qui seront déterminants pour son avenir s'il veut éviter des remous sociaux et politiques ».
Carmen Romero Lopez pointe du doigt le « coût du non-Maghreb qui n'est pas seulement économique ». Il faut aussi, a dit l'eurodéputée, « mettre en avant les spécificités de la Méditerranée occidentale, nord et sud ». M. Garcès a cité l'exemple de l'Amérique latine et sa démarche mieux aboutie d'intégration. (FB)