Lituanie: influence de l'histoire et de la géographie. Cette rubrique a attendu deux semaines avant d'exprimer quelques observations sur la nouvelle présidence du Conseil de l'UE, le temps de connaître et de comprendre les intentions et les orientations du gouvernement lituanien dans ces fonctions. Pour certains aspects, j'ai l'impression d'une vision spécifique de la réalité européenne, largement influencée par le souvenir de l'ancienne Union Soviétique, dont la Lituanie faisait partie avec l'Estonie et la Lettonie. L'histoire et la géographie influencent en partie l'orientation et les priorités de la nouvelle présidence semestrielle.
Je ne me réfère pas aux positions officielles sur les priorités et les objectifs de l'UE pour ce semestre de présidence, telles qu'elles sont exposées à Bruxelles devant le Parlement européen et préparées avec le secrétariat du Conseil ; je renvoie sur ce sujet à nos bulletins 10881 et suivants, Je me réfère plutôt à la rencontre à Vilnius entre la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité, et un groupe de journalistes et autres invités. Le cadre informel de ces entretiens a permis aux présents d'en rendre compte librement ; on a même l'impression que la présidente souhaitait qu'un certain écho fût donné à ses remarques. Elle estime que les pays du Partenariat oriental doivent être aidés à se rapprocher de l'UE ; l'Ukraine et la Biélorussie, mais aussi Moldavie, Géorgie et Arménie, alors que la Russie leur propose une union douanière. Elle désapprouve l'idée que l'UE puisse accorder à la Russie des mesures qu'elle refuse aux pays du Partenariat, par exemple en matière de visas. La Lituanie va accueillir les 28 et 29 novembre le sommet du Partenariat oriental ; à cette occasion devrait être signé l'Accord d'association entre l'UE et l'Ukraine qui traîne depuis presque deux ans. Mme Grybauskaité reconnaît à ce sujet que les Ukrainiens doivent faire quelque chose dans l'affaire Tymochenko, qui est devenue un symbole, et montrer des résultats quant à la réforme électorale et à la justice.
De son côté, le ministre lituanien des Affaires étrangères, Linas Antanas Linkevicius, a plaidé pour une Europe ouverte qui aide l'Ukraine et la Biélorussie à sortir de la zone d'influence russe. Il ne s'agit pas d'adhérer à l'UE (même s'il a affirmé qu'il ne conçoit pas une Europe sans l'Ukraine) et il reconnaît les problèmes actuels avec ces deux pays ; mais il estime qu'ils peuvent être surmontés.
Trois rappels pour conclure: a) la présidente lituanienne connaît bien le fonctionnement de l'UE car elle a été commissaire européenne au budget entre 2004 et 2009 ; b) la Lituanie a redressé sa situation économique après les difficultés de 2009, grâce à un effort d'austérité qui lui a permis de retrouver la croissance (entre 3 et 4% en 2012) ; c) la Lituanie se prépare à demander l'adhésion à la zone euro, après l'Estonie qui en fait déjà partie et la Lettonie qui y entrera le premier janvier prochain.
Russie en crise spatiale. Les autorités russes ont annoncé que tous les lancements de fusées Proton étaient suspendus, après l'explosion récente d'une d'elles, quelques secondes après le départ, au cosmodrome de Baïkonour. Ce sont des accidents qui arrivent, mais qui, dans ce cas, sont particulièrement graves, puisque la fusée transportait trois satellites (dont la valeur est de 200 millions de dollars) destinés au système de navigation Glonass, rival russe des systèmes américain GPS et européen Galileo. Et surtout cette explosion faisait suite à une liste impressionnante d'accidents analogues depuis décembre 2010. En particulier, le lancement d'Astra-2E, satellite de télévision franco-luxembourgeois, était fixé pour ce vendredi 19 juillet ! Les experts affirment que la cause du désastre n'est pas technique (les fusées sont considérées comme fiables), mais réside dans le comportement des équipes: négligence et manque de discipline.
J'écris à ce propos car l'autonomie de l'Europe dans ce domaine avait suscité il y a plusieurs années une bataille politique et budgétaire très vive au sein de l'UE et elle demeure toujours partiellement d'actualité.
Confirmation égyptienne. Les États-Unis ont confirmé qu'ils continuent à respecter leurs engagements militaires à l'égard de l'Égypte: quatre chasseurs-bombardiers F-16 seront livrés le mois prochain et huit d'ici à la fin de décembre, le tout subordonné au respect par l'Égypte de l'accord avec Israël. Cette annonce confirme à mon avis l'exigence que l'Europe ne prenne pas position dans le chaos égyptien, pour les raisons que j'ai développées dans notre bulletin 10886.
L'Égypte est sortie de la politique méditerranéenne de l'UE et l'UE ne doit pas intervenir dans des conflits religieux inter-musulmans, mais se limiter à des aides alimentaires et à quelques phrases génériques de Mme Ashton, sans entrer dans une guerre et des choix politiques qui ne la concernent pas.
(FR)