Bruxelles, 02/07/2013 (Agence Europe) - Un rapport négatif, injuste, qui sera voté « par les socialistes, les libéraux et les Verts contre la Hongrie ». C'est en ces termes que s'est présenté mardi après-midi aux députés réunis à Strasbourg le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, venu plaider la cause de son gouvernement à la veille du vote du rapport de Rui Tavares (Verts/ALE, Portugal). Un rapport qui dénonce des failles dans le respect de l'état de droit en Hongrie et qui avait déjà été voté en commission des libertés civiles le 19 juin dernier. Sans demander l'activation de l'article 7 ( qui peut aller jusqu'à la suspension des votes au Conseil), le rapport du Portugais évoquait toutefois la possibilité de soumettre cette arme à la conférence des présidents si nécessaire et demandait entre autres la mise sur pied d'un mécanisme de surveillance des critères de Copenhague, chargé de vérifier que les États membres, une fois entrés dans l'UE, respectent bien les critères sur lesquels ils ont été évalués.
Ce rapport va toutefois trop loin, a estimé le Premier ministre Orban, accusant même le Parlement européen de vouloir mettre les pays membres sous tutelle. Rappelant son combat contre la dictature soviétique, Viktor Orban a mis en garde le PE contre des tendances inquisitoriales et même dictatoriales, a-t-il accusé à demi-mot. « Ce rapport, c'est une menace grave pour l'UE et pas seulement pour la Hongrie », a-t-il dit. Fixer « des critères arbitraires, créer des nouvelles procédures qui n'existent pas dans les Traités, c'est une tendance extrêmement dangereuse », a dit le Premier ministre. Et « on ne veut pas d'une UE qui mette les pays sous tutelle ni qui fasse du deux poids, deux mesures », a-t-il poursuivi, M. Orban ajoutant que la Hongrie resterait une « nation libre ».
Intervenant pour le groupe ADLE, Guy Verhofstadt a rappelé au Premier ministre que la commission de Venise, dans son avis rendu le 14 juin, avait observé 19 problèmes avec la dernière révision de la Constitution, adoptée le 11 mars à Budapest, soit bien plus que les 3 problèmes listés par la Commission et cet avis de la commission du Conseil de l'Europe « a été rendu par des constitutionnalistes, pas par des politiques ». Le co-leader des Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit, s'est lui insurgé de la comparaison dressée par M. Orban, assimilant le PE à l'URSS et demandé à ses homologues de s'insurger contre ce type de propos.
Plus mesuré, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, avait tenté un peu plus tôt de concilier toutes les parties, invitant à la fois les députés à soutenir le rapport de M. Tavares et à défendre les droits et valeurs communes des Européens mais élargissant aussi son propos à l'ensemble des États membres, dont un nouveau mécanisme, encore à définir, devrait à l'avenir pouvoir surveiller toutes les potentielles dérives. (SP)