Strasbourg/Bruxelles, 02/07/2013 (Agence Europe) - Les appels à suspendre les négociations commerciales transatlantiques se sont à nouveau multipliés mardi 2 juillet au Parlement européen, quelques jours après les révélations sur l'espionnage géant des Européens qu'aurait opéré l'agence de renseignement américaine, la NSA (EUROPE n° 10878).
Plusieurs groupes politiques ont notamment exprimé leur « colère » lors d'un débat à Strasbourg, comme l'a résumé le Belge Guy Verhofstadt, leader du groupe ADLE au PE, et demandé avec insistance la mise sur pied d'une commission d'enquête spéciale du PE.
Lundi soir, les coordinateurs de la commission libertés civiles du PE se sont réunis pour évoquer cette piste, l'autre alternative étant de produire un rapport spécifique sur ces allégations d'espionnage, explique une source de la commission. La conférence des présidents des groupes politiques du PE, prévue jeudi 4 juillet, devrait décider du sort de cette commission, la commission des libertés civiles du PE ayant demandé à Martin Schulz de mettre ce point à l'agenda. En attendant, le Parlement européen votera déjà une résolution sur le sujet jeudi, qui devrait entre autres rappeler l'importance pour l'UE de mener à bien sa réforme des règles de protection des données personnelles, une réforme qui patine actuellement. Ce débat sur les divers programmes de surveillance américains, tel le programme PRISM révélé début juin et qui a permis, via les géants du net américain comme Google ou Facebook, aux autorités américaines d'avoir accès aux communications privées d'Européens, était déjà prévu avant les nouvelles révélations du week-end. Mais ces dernières allégations devraient évidemment donner une nouvelle dimension à cette discussion. Le Conseil et la Commission devront dire notamment où en sont leurs contacts avec les autorités américaines et formuler la réponse de l'UE.
À ce stade, aucun leader politique n'a en tout cas clairement demandé le report du premier round de négociations sur l'accord de libre-échange prévu le 8 juillet, certains pays comme l'Allemagne ou la France ayant toutefois rappelé l'importance de maintenir la « confiance » en préalable à toute négociation.
Mardi matin, lors d'une rencontre avec la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité, le président français, François Hollande, a également demandé une « position coordonnée, commune » de l'Europe face à ces soupçons d'espionnage. « Il est nécessaire que l'Europe ait une position coordonnée, commune, par rapport aux exigences que nous avons à formuler et aux explications que nous avons à demander », a dit le président. Son homologue a elle aussi rappelé l'importance que les États Unis fournissent de vraies réponses aux questions adressées par l'UE. Mais pour Dalia Grybauskaité, ces accusations ne devraient pas impacter les négociations commerciales en cours. « Ce sont deux sujets séparés », a-t-elle dit, la présidente rappelant aussi qu'il est un peu tard pour faire marche arrière, le mandat de négociation ayant déjà été donné à la Commission. « La décision de lancer les discussions a déjà été prise », a-t-elle indiqué.
Lundi, Catherine Ashton s'est longuement entretenue avec Susan Rice , ambassadrice américaine à l'ONU, et Pierre Vimont, secrétaire générale du SEAE, a lui reçu lundi William E. Kennard, ambassadeur des États-Unis auprès de l'UE. Le président Barack Obama a quant à lui promis lundi à ses alliés européens « toutes les informations » qu'ils réclament sur les activités d'espionnage de leurs institutions par une agence américaine, a-t-il déclaré. (SP avec CG et EH)