Chômage des jeunes: bureaucratie supplémentaire à éviter. Après le cadre financier 2014/2020 et la réforme de la politique agricole commune (voir cette rubrique d'hier), d'autres aspects des évolutions constatées la semaine dernière et des résultats du Conseil européen méritent quelques remarques. L'effort visant à combattre le chômage des jeunes, par une approche globale financée par l'UE en 2014 et 2015, a retenu particulièrement l'attention ; il est ambitieux et le budget est considérable. Il implique au moins 32 régions de l'UE où le chômage des jeunes dépasse les limites acceptables.
Pourtant, un risque existe. Le mécanisme retenu ouvre quatre possibilités aux jeunes de moins de 25 ans qui cherchent un travail: a) un emploi disponible, s'il existe ; b) une formation ; c) un apprentissage ; d) un stage. Très bien. Mais le danger c'est que les financements prévus soient surtout absorbés par la création du mécanisme et par son fonctionnement. Combien de nouveaux emplois seront effectivement créés ?
Ce point d'interrogation est la raison pour laquelle j'avais exprimé le mois dernier ma préférence pour le modèle de l'accord entre Berlin et Madrid, fondé sur l'apprentissage préliminaire de la langue allemande en Allemagne et sur la préparation à un emploi disponible sur place, avec la coopération directe des entreprises qui sont à la recherche de main-d'œuvre. Les chances d'un résultat positif sont ainsi réelles, grâce à une bureaucratie minime et à une préparation spécifique.
Le projet de l'UE met l'accent sur l'ampleur de l'engagement budgétaire et sur sa disponibilité rapide: les deux premières années sur les sept des Perspectives financières. La dotation du système doit servir essentiellement à financer la formation, l'apprentissage et les stages. Or, ces instruments ne s'improvisent pas. Existent-ils dans les 32 régions qui bénéficieront du financement ? Comment la formation et l'apprentissage pourront-ils correspondre à la demande réelle, qui est en général située dans un État membre éloigné des jeunes postulants ? Ils ne peuvent pas apprendre toutes les langues communautaires… Le danger c'est la création d'une nouvelle et lourde bureaucratie, éloignée des zones où l'emploi est disponible.
Contrôle et discipline des banques. La responsabilité du monde bancaire dans les difficultés de l'UE n'avait par besoin de preuves supplémentaires. Celui qui n'en est pas encore convaincu peut jeter un coup d'œil au comportement de l'irlandaise Anglo Irish Bank, qui en 2008 réclamait le soutien public pour éviter la faillite Elle avait d'abord demandé 7 milliards d'euros. Le journal Irish Independent a publié la semaine dernière le dialogue entre les dirigeants de la banque qui définissaient la stratégie: ils cherchaient en fait beaucoup plus que les 7 milliards prévus ; la tactique consistait à attirer les autorités dans le piège, en demandant un premier chèque, significatif mais raisonnable ; « Ils devront ensuite continuer à nous financer pour ne pas perdre le premier versement », ont-ils manigancé. Et les 7 milliards sont progressivement devenus une trentaine ! L'Irlande s'est ainsi retrouvée avec une dette colossale, qui l'a obligée à demander l'aide de l'UE que Dublin n'a pas encore fini de rembourser, avec des sacrifices immenses pour toute la population.
Il est évident que les banques correctes existent ; mais il est encore plus évident que des disciplines, avec leur surveillance, s'imposent. Les banques sont indispensables pour recueillir l'épargne et financer l'activité économique. La formule consistant à les nationaliser toutes ne fonctionne pas, car chaque choix et chaque décision bancaire dépendrait alors du monde politique, des alliances entre partis, des échanges de faveurs, des aléas d'une élection. Il faut donc restructurer ce qui existe, travail long et compliqué. Il est en cours, a affirmé le Sommet de la semaine dernière. Il faut casser le lien entre crise bancaire et endettement public, a souligné le Premier ministre irlandais, Enda Kenny (et on le comprend). Un calendrier existe, avec plusieurs échéances, mais il ne sera achevé qu'au printemps de l'année prochaine. On avance. Même au Royaume-Uni, malgré l'importance de la City, des abus sont sévèrement punis. Les tribunaux sont très lents mais font leur métier. D'ailleurs, les nouvelles disciplines bancaires ne sont pas une exclusivité de l'UE ; elles doivent souvent être mondiales pour être efficaces, surtout lorsque les paradis fiscaux éparpillés partout sont en jeu et quand quelques échecs législatifs (le dernier la semaine dernière en Suisse) subsistent.
Mais la révision du monde bancaire et la bataille contre la fraude fiscale progressent. En même temps, des procédures nouvelles sont ouvertes contre les abus du passé (voir notre bulletin d'hier). Il ne faut pas s'attendre à un jour J où l'on constatera que tout est résolu. Mais déjà le nombre des banques qui basent leur publicité sur la transparence augmente. On avance. (FR)