Bruxelles, 28/06/2013 (Agence Europe) - De par leur répartition géographique, les quelque 5,6 millions de jeunes Européens qui sont actuellement au chômage posent certes un défi à la majorité des États membres, mais la solution qui doit y être apportée est avant tout du ressort des autorités nationales. C'est un principe qu'ont réaffirmé les chefs d'État et de gouvernement, qui se sont réunis à Bruxelles, jeudi 27 et vendredi 28 juin. Les conclusions du Conseil européen parlent bien d'« une approche globale pour lutter contre le chômage des jeunes » de l'UE, mais celle-ci se traduit par une armada d'initiatives, dont le point commun est de réallouer et de concentrer une part restreinte de plusieurs fonds européens déjà prévue pour la période 2014-2020. Cette part est évaluée à 8 milliards d'euros par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Une solution qui n'a pas satisfait tout le monde, comme l'a signalé le Premier ministre belge, Elio Di Rupo: « c'est bien, mais ce n'est pas la 7ème merveille du monde, ça non », a-t-il dit à l'issue du Conseil.
La pièce maîtresse de cette « approche globale » est la décision de concentrer « six milliards d'euros » de l'initiative pour l'emploi des jeunes sur les deux premières années du prochain cadre financier pluriannuel (CFP), en lieu et place d'une répartition sur l'ensemble de la période 2014-2020. Environ 17 États membres, y compris la Croatie, devraient pouvoir bénéficier de ce financement pour mettre en place essentiellement une 'garantie jeunesse', dans des régions qui se démarquent par des taux de chômage des jeunes au-dessus de la barre des 25%. Cela correspondra en priorité à une tentative de transposer, dans au moins 32 régions éligibles, les systèmes finlandais et autrichien, qui garantissent aux jeunes de moins de 25 ans, une offre de qualité d'emploi, une formation, un apprentissage ou un stage dans les quatre mois suivant leur arrivée sur le marché du travail.
L'idée « d'une accélération de l'initiative pour l'emploi des jeunes, avec une concentration des efforts en début de période », telle qu'elle est formulée dans les conclusions du Conseil, s'est déjà matérialisée dans le prochain CFP au moment même où les dirigeants européens étaient en chemin pour venir à Bruxelles. À l'issue des négociations interinstitutionnelles, un accord politique a été trouvé, jeudi 27 juin, pour dédier 2,543 milliards en 2014 et 2015, afin d'atteindre les objectifs de lutte contre le chômage des jeunes, surtout à travers la 'garantie jeunesse'. Toutefois, ce sont en réalité 2,143 milliards qui y seront spécifiquement destinés, le reste étant prévu pour la recherche, le programme Erasmus et les PME. Ce montant viendra ensuite s'ajouter aux trois milliards prévus dans le Fonds social européen (FSE), ce qui devrait donner au final 5,1 milliards environ pour cette initiative en 2014 et 2015. Ces trois derniers milliards doivent toutefois encore se faire une place au sein du FSE, les négociations avec le Parlement étant bloquées jusqu'à septembre, notamment sur ce point.
Mais si presque l'entièreté des fonds de l'initiative pour l'emploi des jeunes sera ainsi utilisée en l'espace de deux ans, l'accord sur le CFP prévoit en même temps la possibilité de recourir aux marges de crédits d'engagement disponibles année par année. C'est un point qu'a souligné M. Van Rompuy: Cette « flexibilité signifie qu'au-delà des six milliards d'euros que nous avons réservés en février, il y aura beaucoup plus qui seront disponibles pour l'initiative en matière d'emploi des jeunes. Selon les projections, au moins 8 milliards d'euros au total », a-t-il affirmé, à l'issue de la première journée du Conseil. « Il a été décidé, compte tenu de l'accord qui a été passé avec le Parlement européen, que toutes les marges de manœuvre supplémentaires qui pourront être dégagées à partir de 2015/2016, seront affectées prioritairement à la lutte contre le chômage des jeunes », a déclaré de son côté le président français, François Hollande.
Le taux de chômage des jeunes s'élève aujourd'hui à 23,5 % dans les Vingt-sept et à 24,4 % dans la zone euro. Comme pour la plupart des indicateurs socio-économiques pour l'UE, ces taux moyens cachent des écarts très amples entre les États membres et même au sein des frontières propres des pays, entre les différentes régions. Ainsi, comme l'atteste une comparaison récente publiée par Eurostat, l'écart peut aller jusqu'à 68,3%. Alors que la région autrichienne d'Oberbayern peut fièrement afficher un taux de 4,2%, plus de sept jeunes Grecs sur dix sont inscrits au chômage dans la région de Dytiki Makedonia.
Ces presque six milliards d'euros ne couvriront toutefois pas entièrement la mise en place d'une 'garantie jeunesse' dans chaque région concernée. L'Organisation internationale du travail (OIT) avait en effet prévenu, dès le mois de juillet 2012, qu'un tel mécanisme nécessitera, pour la seule zone euro, 21 milliards d'euros. Le budget de l'initiative pour l'emploi des jeunes sera réparti sur deux ans entre 17 États membres, dont sept partagent la monnaie unique. Parmi eux, trois se démarquent, car l'entièreté de leur territoire sera éligible à ce financement, toutes leurs régions ayant des taux de chômage des moins de 25 ans au-dessus du seuil fixé. Il s'agit de la Grèce, où 62,5 % des jeunes sont au chômage, de l'Espagne (56,4 %) et du Portugal (42,5 %). L'Italie se place en quatrième position, avec un taux de 40,5 % et trois régions sur quatre qui sont éligibles. Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a évalué la part qui sera accordée à l'Espagne à deux milliards d'euros.
Mais c'est l'Italie qui a offert dernièrement un aperçu de la manière dont les États membres souhaitent concrétiser cette initiative pour l'emploi des jeunes. Le Conseil des ministres italien a approuvé, à la veille du Conseil européen, un paquet de mesures de 1,5 milliard d'euros, dont une partie proviendra du budget européen, jusqu'à un milliard d'euros en 2014 et 2015, selon le Premier ministre italien, Enrico Letta. Cela sera destiné à des subventions pour l'emploi des jeunes (allégement fiscaux pour embaucher 100 000 jeunes), le financement d'apprentissages, des mesures en faveur de l'entrepreneuriat (de 8 000 à 10 000 jeunes) et de stages qualifiés (3 000 jeunes) dans l'administration publique, surtout dans le sud du pays, où le chômage est le plus élevé.
D'autres États se placent déjà dans la file du guichet européen. En France, l'initiative européenne pour l'emploi des jeunes se traduira « pour les deux prochaines années par 600 millions d'euros et 300 000 jeunes concernés dans la procédure dite de 'garantie jeune' », selon M. Hollande. Le Premier ministre polonais Donald Tusk, en marge du Conseil, a également fait savoir qu'il prévoit un plan pour l'emploi des jeunes de presque 500 millions d'euros en 2014 et 2015, même s'il n'a su encore dire quelle sera la contribution européenne. Dans ce contexte, la conférence européenne sur l'emploi des jeunes, qui aura lieu à Berlin dans quelques jours, « a pour but d'identifier exactement ce qu'il faut présenter à la Commission européenne, après accord avec les parlements, pour qu'au 1er janvier nous soyons en mesure de dépenser les six milliards », a précisé la chancelière allemande, Angela Merkel.
Afin de justifier l'emploi de la notion d'« approche globale » dans les conclusions du Conseil et pouvoir prétendre avoir débloqué deux milliards d'euros supplémentaires, les chefs d'État et de gouvernement réunis à Bruxelles ont inclu une série d'autres mesures et initiatives en faveur de l'emploi des jeunes. Celles-ci viennent ainsi compléter l'initiative pour les jeunes et assurer que d'autres instruments européens puissent être utilisés à cette fin sur la période 2016-2020. Un premier pas en ce sens avait déjà été franchi lors de la réunion des ministres européens du Travail au Luxembourg, jeudi 20 juin, lorsqu'un accord avait été trouvé sur le Fonds européen d'ajustement à la mondialisation (FEM). Il prévoit que le FEM ne sera plus uniquement destiné aux travailleurs licenciés, mais pourra également inclure un volet d'aide à l'emploi des jeunes.
Dans le même esprit, les conclusions du Conseil européen donnent maintenant la possibilité d'exploiter à l'avenir des enveloppes budgétaires non utilisées des fonds structurels, pour les reprogrammer en faveur des jeunes. Ici, c'est le Fonds social européen (FSE) qui sera en première ligne, même si son budget pour les années 2014-2020 devrait finalement comprendre bien moins de pièces sonnantes et trébuchantes que ce qui se trouvait dans la tirelire du cadre financier pluriannuel précédent (67 milliards contre 75 milliards).
Parmi les autres mesures, le Conseil a décidé de « promouvoir la mobilité des jeunes chercheurs d'emploi », notamment au travers des programmes « Ton premier emploi EURES » et « Erasmus + ». Ces mesures « aideront à faire tomber les obstacles, en donnant une perspective à des centaines de milliers de jeunes », s'est félicité M. Van Rompuy. La Banque européenne d'investissement (BEI) est également conviée à participer à cet effort pour conjurer le spectre d'une « génération perdue ». « La BEI contribuera à la lutte contre le chômage des jeunes par le biais de l'initiative 'Emplois pour les jeunes' et son programme 'Investissement dans les compétences', qui devrait être mis en œuvre sans délai », indiquent les conclusions du Conseil. (JK avec CG/MD/AN/FG/LC)