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Bulletin Quotidien Europe N° 10842
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les perspectives de l'UE s'améliorent si on tient compte de la réalité sans démagogie

Équilibre amélioré. L'équilibre s'améliore entre les deux grands objectifs qui dominent actuellement la vie communautaire: la correction des déficits budgétaires excessifs des États membres et la relance de l'activité économique. Je rappelle le symptôme constaté à la fin de la semaine dernière, lorsque la Commission européenne s'est exprimée sur la demande de la France de prolonger le délai pour réduire son déficit budgétaire en dessous de 3% du produit national brut: Paris avait demandé une année de répit (2014 au lieu de 2013), le commissaire européen Olli Rehn a octroyé deux ans, si bien que l'obligation glisse à 2015. En échange, la France doit s'efforcer d'accélérer les réformes, afin que l'objectif 3% soit poursuivi via la réduction des dépenses, davantage que par l'augmentation des impôts. C'est ça, l'équilibre.

En d'autres mots, les États membres ne doivent pas choisir entre la réduction du déficit et la relance économique: les deux objectifs sont à poursuivre parallèlement. Certains ont osé affirmer: c'est la fin de l'Europe stupide, comme si en réalité la double exigence n'était pas en principe évidente et reconnue: il est tout aussi indispensable de redresser les budgets nationaux trop déficitaires, que de relancer l'économie. La question est l'équilibre entre les deux exigences et il progresse.

Les réticents. Certes, cet équilibre n'est pas accepté par tous. Des extrémistes rejettent les efforts vers ce qu'on appelait autrefois l'austérité, mot aujourd'hui éliminé (à juste titre, étant donné la signification qu'il a pour les opinions publiques). Mais ils n'expliquent pas comment faire face aux dettes qui continueraient à gonfler. Contrairement à ce qu'on affirme souvent, ce n'est pas une position réservée à une partie de la gauche. Je me rappelle, à titre d'exemple, que M. Berlusconi, lorsqu'il était Premier ministre en Italie, rejetait l'hypothèse de programmer les remboursements des dettes selon les règles de la zone euro ; il envisageait plutôt la sortie de la monnaie unique, mais sans indiquer comment l'Italie aurait obtenu les financements indispensables pour sa survie.

De son côté, Henri Malosse, nouveau président du Comité économique et social européen, qui appartenait au Groupe des employeurs, comprend les positions extrêmes, même s'il ne les partage pas. Dans l'interview publiée dans notre bulletin 10840, il a estimé que l'effort demandé aux pays de l'euro qui sont en difficulté est excessif: « Pour sauver la zone euro, on a sacrifié 30% de la population grecque, 30% de la population portugaise. » Et il a ajouté: « J'ai fait campagne pour l'euro, mais le prix n'en vaut pas la chandelle. » Les pays en difficulté doivent-il alors sorti de la zone ? Voici la réponse de M. Malosse: « Je pense très sincèrement que la question peut être posée si le prix pour rester dans une zone monétaire est si élevé. Si j'étais responsable dans ces pays, je comprendrais qu'on se pose la question. » Et il doute aussi de l'opportunité de négocier, en ce moment, un accord de libre-échange avec les États-Unis.

Ces positions oublient que les pays impliqués ne veulent pas sortir de l'euro et ont leurs raisons.

Qui paye les sauvetages et les déficits ? Il ne faut pas négliger le coût des sauvetages. Les chiffres sont éloquents: dans le cas de la Grèce, ce coût est déjà pharamineux. Qui doit y faire face ? Pour l'essentiel, les autres États membres, donc leurs citoyens, pas seulement ceux d'Allemagne et d'autres pays en conditions relativement favorables, mais aussi ceux qui doivent faire face à des situations nationales très difficiles. Les adversaires du redressement des déficits budgétaires excessifs négligent trop souvent cet aspect.

La vérité est que le coût réel des désordres budgétaires et des dettes d'un pays pèse surtout sur les catégories les plus faibles de sa population et pas sur les plus riches, ni sur la classe politique. Ceci signifie que le redressement d'un budget trop déséquilibré est surtout nécessaire pour améliorer la situation des catégories les moins favorisées, contrairement aux analyses superficielles. Redresser le bilan d'un État et combattre les gaspillages, les abus et les dépenses inutiles est donc positif en premier lieu pour les classes moins avantagées et contribue à combattre les abus. Ce qui est valable pour les citoyens l'est évidemment aussi pour les États: les pays les plus prospères sont parfois les bénéficiaires des financements en faveur des États membres en difficulté, si l'on tient compte du jeu des taux d'intérêts. Sans oublier quand même que l'aide qui dépasse largement les capacités du pays bénéficiaire ne sera jamais remboursée, ou ruinera ce pays et ses citoyens.

La réalité est donc plus complexe que ce que prétend la démagogie, sans oublier les progrès des législations communautaires dont les effets seront progressifs.

(FR)

 

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