Bruxelles, 08/04/2013 (Agence Europe) - La stratégie adoptée au sein de l'UE pour tacler la crise économique « a failli », a estimé l'Organisation internationale du travail (OIT), lundi 8 avril. Avec un taux de chômage qui progresse constamment et un taux d'emploi qui est loin d'avoir retrouvé son niveau d'avant-crise, l'OIT juge que l'UE doit aujourd'hui passer d'une stratégie d'austérité marquée par les redressements budgétaires et les « dévaluations internes » à une approche « favorable à l'emploi ». Cela ne signifie pas qu'il soit nécessaire de renoncer à la réduction des dettes publiques, mais l'OIT soutient qu'il faut le faire d'une manière « plus réaliste » et « plus douce ».
Dans la partie consacrée à l'Europe, le dernier rapport « Emploi, croissance et justice sociale » est fondé sur un principe simple de cause à effet. Si tous les indicateurs économiques sont aujourd'hui dans le rouge, cela signifie que les mesures d'austérité et les réformes structurelles réalisées par les États membres de l'UE ont été « mal conçues ». Ce rapport, présenté en marge de la réunion régionale européenne de l'OIT qui rassemble, du 8 au 11 avril à Oslo (Norvège), les représentants tripartites de 51 pays de la région, avec la présence des commissaires européens Olli Rehn (Économie) et Laszlo Andor (Emploi), incite ainsi l'UE à changer son fusil d'épaule face à la récession qui sévit.
L'opinion de l'OIT arrive à point nommé, puisque plusieurs États membres tentent d'obtenir un sursis pour atteindre leurs objectifs budgétaires. Un sursis que l'OIT semble encourager, en estimant « qu'il y a de la place pour une trajectoire budgétaire plus lisse, ce qui permettrait d'atteindre les deux objectifs que sont l'emploi » et des budgets plus sains. Le raisonnement sous-jacent est que l'austérité menée jusqu'à aujourd'hui a tué la demande intérieure, et que ceci ne peut pas être compensé par des exportations car celle-ci se sont érodées au sein de l'UE.
Les propositions de l'OIT sont au nombre de quatre. Il faut: (1) s'attaquer aux « vulnérabilités structurelles » qui se situent dans le secteur financier et qui ne permettent toujours pas d'assurer un financement adéquat aux PME ; (2) arrêter de limiter la stratégie de l'UE à l'austérité budgétaire et aux « dévaluations internes » qui visent à améliorer la compétitivité à travers des baisses de salaires ; (3) adopter des mesures d'urgence, comme des mécanismes de garantie pour les jeunes ou une meilleure coordination des services d'emplois de la zone euro ; (4) renforcer le dialogue social pour adopter de nouvelles réformes d'emploi. De nouvelles mesures doivent être « mises en place dès maintenant afin d'éviter une crise sociale majeure et des contrecoups politiques », a déclaré le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg, lundi 8 avril à Oslo. « C'est le principal défi politique auquel nous sommes confrontés en Europe aujourd'hui », a-t-il ajouté. L'UE est confrontée à une crise économique et d'emploi « sans solution évidente à l'horizon », a estimé pour sa part Guy Ryder, le directeur général de l'OIT. (JK)