Bruxelles, 13/03/2013 (Agence Europe) - C'est désormais officiel: les Dix-sept se pencheront à nouveau et exclusivement sur le cas de Chypre lors d'un Eurogroupe extraordinaire convoqué vendredi 15 mars à 17h, juste après le Sommet des chefs d'État et de gouvernement.
« Je ne m'attends pas à un accord final ce vendredi », a toutefois estimé une source, pour qui l'objectif sera plutôt « d'envoyer un message fort » et de « souligner la volonté d'aboutir à un accord » sur le plan d'aide chypriote. Une seconde source a également exclu que la réunion des ministres des Finances de la zone euro soit conclusive, rappelant le calendrier fixé par l'Eurozone qui prévoit un accord d'ici à fin mars. Néanmoins, de nettes « avancées » sont attendues à cette occasion. La réunion de l'Eurogroupe pourrait tirer en longueur, peut-être même jusqu'au petit matin, selon trois sources différentes.
Une source chypriote a démenti l'information rapportée par certains médias selon laquelle la mission de la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) à Nicosie touchait à sa fin. La Commission a également confirmé que sa délégation et celles des deux autres institutions poursuivaient le travail sur place avec les autorités chypriotes, notamment sur les modalités de l'audit sur la lutte anti-blanchiment d'argent. « Cet audit pourrait débuter la semaine prochaine, lundi ou mardi », a indiqué la même source chypriote. Cette évaluation constitue une condition préalable à l'octroi d'une aide financière.
Outre les détails de cet audit - qui devrait en principe être mené par Moneyval, le comité d'experts du Conseil de l'Europe, et des experts privés, le tout sous la houlette de la Banque centrale chypriote, la question de la viabilité de la dette chypriote est également posée. L'issue pourrait bien être en vue, sur ce point. Le montant total qu'emprunterait Nicosie à la zone euro devrait en effet être « beaucoup plus faible », selon cette source chypriote, qui n'a toutefois pu chiffrer le nouveau montant. S'appuyant sur ses propres sources, Reuters a fait état d'une fourchette située entre 10 et 13 milliards d'euros, contre les 17 milliards initialement annoncés et équivalents au PIB de l'île. Or, le FMI conditionne toute participation à une aide financière à la viabilité de la dette du pays concerné. Et cette participation est cruciale, aux yeux de Berlin, comme l'a rappelé mardi un allié de la chancelière allemande, Angela Merkel, l'élu CDU Michael Meister. Les rumeurs d'un retrait du FMI du plan d'aide ont par ailleurs été démenties par la même source chypriote. Le quotidien Politis aurait en effet rapporté que le FMI n'agirait pas en tant que créancier mais uniquement en tant que conseiller.
La solution discutée à Nicosie pour contenir l'endettement chypriote serait de générer de nouveaux revenus, notamment via le processus de privatisations et l'instauration de nouvelles taxes. Une taxe sur les dépôts, acquise selon certains médias, ne serait pour l'heure pas acceptée. Les autorités chypriotes se montreraient toutefois plus enclines à abandonner leur politique fiscale accommodante, en fixant le taux d'imposition aux sociétés à 12,5% au lieu de 10% actuellement. Enfin, « la 'troïka' insiste fortement pour que nous adoptions la taxe sur les transactions financières », a ajouté la même source chypriote. Selon elle, Nicosie serait contre le principe d'une coopération renforcée pour la mise en œuvre de cette taxe et n'accepterait de l'adopter que si celle-ci était commune au moins à tous les pays de la zone euro.
Une fois les modalités du sauvetage financier arrêté, le plan d'aide devra recevoir l'aval de certains parlements nationaux, comme le Bundestag. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, a en effet déclaré que le Bundestag devrait donner son feu vert avant toute décision européenne. D'après l'élu CDU Norbert Barthle, ce vote devrait avoir lieu en avril, rapporte le Wall Street Journal. Ne s'inquiétant nullement d'un nouveau retard, une source européenne a envisagé qu'intervienne un accord politique de principe sur le plan d'aide en mars, avec une adoption juridique plus tard, laissant le temps aux parlements nationaux de se prononcer. Le ministre chypriote des Finances, Michalis Sarris, ira par ailleurs prendre la température à Moscou, lundi prochain, en vue d'évaluer avec les autorités russes les chances d'un assouplissement des termes du prêt bilatéral russe accordé à Chypre en 2011. (EL)