Bruxelles, 13/03/2013 (Agence Europe) - Les chefs d'État et de gouvernement de l'UE se retrouvent, à partir de jeudi, pour fixer des orientations sur la politique économique à mener en Europe. Un thème qu'ils aborderont aussi à l'occasion d'un sommet de l'Eurozone qui, malgré les réfutations officielles, pourrait aussi traiter la question du sauvetage financier de Chypre et l'incertitude politique en Italie. Vendredi, les Vingt-sept auront une discussion stratégique sur leur partenariat avec la Russie.
Après les Sommets de crise qui ont émaillé 2011 et 2012, les leaders européens espèrent que l'heure est désormais à un retour à la normale. De fait, ce Conseil européen est « plus prévisible » que les sessions précédentes, prédit une source européenne. Il focalisera son attention sur la situation économique dans l'UE marquée par une récession en 2012 qui pourrait se prolonger en 2013 (EUROPE n° 10792).
Conscient de la « frustration » qui anime les Européens vis-à-vis de politiques qui, surtout au sud, s'attaquent à leur niveau de vie, le Conseil européen ne veut cependant pas se lancer dans un débat sur l'impact sur la croissance de l'assainissement budgétaire mené dans toute l'Europe. Il préférerait fournir « des solutions pragmatiques » aux difficultés du moment, estime cette source. Pour qui opposer austérité et croissance est « trop simpliste » car « si un choix existait » aucun leader ne choisirait en faveur de l'austérité.
Reste que la ministre irlandaise des Affaires européennes, Lucinda Creighton, a reconnu qu'en Irlande les effets de la crise étaient « réels et parfois difficiles », mercredi 13 mars au Parlement européen. Mais, selon elle, le retour de la croissance passe nécessairement par l'assainissement des finances publiques. Estimant que l'UE n'en avait « pas assez fait pour relancer l'économie réelle », le président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, a qualifié d'« inacceptables » les chiffres du chômage, évoquant les travaux menés visant à lutter contre le chômage des jeunes (voir autre nouvelle et EUROPE n° 10803). Stephen Hughes (S&D, britannique) a dénoncé l'entêtement en faveur de l'assainissement budgétaire de la Commission dont les prévisions économiques sont continuellement revues à la baisse. Dans la même veine, Guy Verhofstadt (ADLE, belge) a fait ce constat: 7 pays sont en récession, 9 en stagnation, 8 ont un taux chômage supérieur à 10%, les déficits et la dette excessifs touchent tous les pays sauf le Luxembourg et l'Estonie. Résultat: l'extrême droite monte et l'Italie est sans gouvernement. « Avancer à marche forcée dans la consolidation budgétaire, c'est asphyxier l'économie. Plus on avance dans cette direction, plus il y a des pauvres ! », a déploré Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE, allemand), prônant un ralentissement du rythme de l'assainissement.
Les Vingt-sept confirmeront les orientations suggérées par la Commission européenne dans son Examen annuel de la croissance, en tant que coup d'envoi du processus budgétaire du 'Semestre européen'. Il convient de poursuivre une consolidation budgétaire différenciée, de restaurer les flux de financement de l'économie, de promouvoir la croissance et la compétitivité, d'affronter les conséquences sociales de la crise et de moderniser l'administration publique (EUROPE n° 10740).
Il ne sera pas décidé, jeudi, d'accorder plus de temps aux pays en difficulté pour respecter leurs engagements budgétaires même si le Pacte de stabilité amendé doit être appliqué « de manière intelligente », selon cette source. En juin, le Conseil européen adopte des recommandations spécifiques pays par pays, sur la base de l'appréciation, par la Commission, des programmes de stabilité et de réforme nationaux.
Les Vingt-sept réclameront des progrès rapides sur plusieurs fronts européens. « Il ne faut pas relâcher les efforts et mettre en œuvre ce qui a été décidé », a souligné Mme Creighton. Seront listées toutes les mesures qui permettront d'achever le marché intérieur et de lutter plus efficacement contre l'évasion fiscale (EUROPE
n° 10801). L'union bancaire devra se poursuivre avec un accord rapide sur le superviseur européen et une proposition, à l'été, instaurant une autorité européenne de restructuration bancaire.
UEM. Au dîner, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, informera ses homologues des travaux en cours relatifs au renforcement de l'UEM, y compris son volet social, sur la base des conclusions du Sommet de décembre (EUROPE n° 10752). Objectif: adoption en juin d'une feuille de route détaillée. En revanche, le Conseil européen devrait prendre note du rejet exprimé mercredi par le PE de l'accord sur le cadre financier pluriannuel 2014-2020 (voir autre nouvelle). « Plus que jamais, l'Europe a besoin de plus d'Europe », a estimé Joseph Daul (PPE, français), favorable à « plus d'harmonisation fiscale et sociale ».
Chypre. Jeudi soir, un sommet de l'Eurozone se tiendra en présence du président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. Officiellement, les Dix-sept devraient se contenter d'adopter leur règlement intérieur « à traité constant ». « Le but n'est pas du tout d'entamer des discussions sur le programme chypriote. Nous n'avons pas tous les éléments sur des discussions qui sont toujours en cours. C'est un sujet pour les ministres », a estimé cette source, notant la convocation d'une réunion de l'Eurogroupe, vendredi à 17h00.
M. Verhofstadt a demandé que le Sommet évoque la situation en Hongrie (EUROPE n° 10804). (MB)