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Bulletin Quotidien Europe N° 10792
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) Économie

La Commission espère que l'Europe ne tombera pas plus bas

Bruxelles, 22/02/2013 (Agence Europe) - Après 2012, une nouvelle année de récession, ou au mieux de stagnation, s'amorce en Europe. En cause: une croissance mondiale modérée qui limite la croissance des exportations européennes ainsi que l'effet conjugué de l'assainissement budgétaire, des réformes structurelles et du désendettement des banques et des ménages qui plombent la consommation presque partout en Europe.

La Commission européenne demande aux États membres de maintenir - coûte que coûte - le cap de l'austérité, tout en entrouvrant la porte d'un délai supplémentaire en matière de réduction des déficits pour les pays, comme la France ou l'Espagne, ayant atteint leurs objectifs budgétaires en termes structurels, c'est-à-dire débarrassés des effets de la conjoncture. Des décisions spécifiques seront prises au printemps, une fois connus les chiffres définitifs. Même chose pour la clôture des procédures pour déficit excessif visant six pays.

« Le rééquilibrage en cours de l'économie européenne continue de peser sur la croissance à court terme. La situation actuelle peut être résumée de la façon suivante: nous avons des données arrêtées décevantes sur la fin de l'année dernière, d'autres données à confirmer plus encourageantes pour le passé récent et une confiance croissante des investisseurs pour l'avenir. (…) Nous devons maintenir la trajectoire des réformes et éviter que cet élan se brise au risque de saper le retour de la confiance et de retarder le retour de la croissance et de la création d'emploi », a déclaré le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, vendredi 22 février en présentant les prévisions économiques d'hiver de la Commission.

Par rapport à l'automne 2012, l'institution européenne noircit à nouveau le tableau. La richesse produite a diminué de 0,3% dans l'UE et de 0,6% dans la zone euro en 2012. En 2013, le PIB de l'UE stagnera (0,1%) et repartira à la hausse en 2014 (1,6%), tandis que l'Eurozone sera toujours en récession (-0,3%) cette année avant de renouer avec la croissance (1,4%) l'année suivante. L'inflation devrait repasser sous la barre des 2% au 2ème trimestre 2013 dans la zone euro (1,8% sur 2013 et 1,5% en 2014). La consolidation budgétaire permettra de réduire encore le déficit public moyen (3,5% en 2012 et 2,8% en 2014 dans l'Eurozone ; 3,8% en 2013 et 3,4% en 2014). La dette des Dix-sept devrait continuer à croître jusqu'à une moyenne de 95,1% en 2013 avant de se stabiliser (89,9% dans l'UE). Quant au chômage, atteindra-t-il vraiment son pic en 2013 (11,1% dans l'UE et 12,2% dans la zone euro) ?

Disparités nationales. M. Rehn a de nouveau décliné les principes sur lesquels se base la Commission pour interpréter, dans un contexte de récession, les efforts budgétaires nationaux au regard du Pacte de stabilité et de croissance amendé. Depuis un an et la modification du Pacte de stabilité et de croissance, nous avons souligné de façon répétée l'importance de l'effort budgétaire en termes structurels, a-t-il indiqué. Et d'ajouter: « Si les États membres ont mis en place une stratégie crédible à moyen terme pour leurs finances publiques, adossée à des mesures structurelles concrètes, alors prendre en compte l'effet de la récession et leur accorder un délai supplémentaire a un sens. »

Cette question se pose crûment pour la France et l'Espagne, respectivement les 2ème et 4ème économies de la zone euro. La France risque de ne pas être en mesure de ramener son déficit public sous la barre des 3% en 2013 (3,6% selon la Commission). Estimant que cet échec est « principalement » dû à des perspectives de croissance plus faibles (0,1% en 2013 selon la Commission), M. Rehn a loué les efforts budgétaires annuels en France qui, en termes structurels, équivaudraient à 1% du PIB depuis 2009. Il a explicitement ouvert la voie à l'octroi d'une année supplémentaire pour réduire son déficit à condition que Paris poursuive les efforts budgétaires et structurels, tels qu'une réforme du « système des retraites », afin de relever « le défi de la compétitivité ». Les « conditions sont réunies » pour un assouplissement de la trajectoire de réduction du déficit, s'est félicité le ministre français de l'Économie, Pierre Moscovici, saluant le message « extrêmement intelligent » et « équilibré » de la Commission.

Selon la Commission, l'Espagne connaîtra encore la récession (-1,4% en 2012 et en 2013). Elle réduira son déficit de 10,2% du PIB en 2012, si l'on prend en compte les coûts du sauvetage du secteur bancaire espagnol (40 milliards d'euros d'aide européenne soit 3,2% du PIB espagnol), à 6,7% en 2013 (objectif fixé: 4,5%). Pour le commissaire, « il est essentiel » que Madrid maintienne « le rythme des réformes structurelles », même si le pays pourrait, une nouvelle fois, bénéficier d'un délai supplémentaire.

M. Rehn a fait savoir que la Commission pourrait proposer au printemps de clôturer les procédures pour déficit excessif ouvertes à l'encontre de six États membres (Belgique, Hongrie, Italie, Lettonie, Lituanie, Pologne). Il a aussi demandé aux pays excédentaires (Allemagne, Finlande) de faire plus en termes d'investissements et d'augmentation salariale en ligne avec la progression de la productivité.

Pays sous programme. La Grèce a vu les incertitudes qui pesaient sur son avenir se dissiper grâce aux accords passés à la fin de l'année 2012, selon M. Rehn. Le pays devrait enfin renouer avec la croissance fin 2013 (chute du PIB de 6,4% en 2012 et de 4,4% en 2013) et afficher une reprise légèrement plus robuste en 2014 (0,6%). Des prévisions d'hiver légèrement plus optimistes par rapport à celles de novembre (0%). L'objectif que doit poursuivre Athènes est de « maintenir le cap » des réformes, le pays détenant, selon M. Rehn, la solution à ses problèmes. Les mesures d'austérité que doivent mettre en œuvre les autorités grecques ces deux prochaines années représentent 7,2% du PIB et font encore l'objet de protestations de la population.

Le commissaire a estimé que l'heure n'était pas à un nouvel assouplissement du programme grec, même si des études récentes ont mis en exergue que l'impact récessif des politiques d'austérité avait été sous-estimé. « La principale raison de la récession en Grèce n'est pas le 'multiplicateur' mais l'instabilité politique qui a régné et le fait que le programme annoncé n'a pas été suivi de faits », a-t-il considéré, convaincu que la BCE et le FMI partagent cet avis. Les termes du programme grec ont déjà été assouplis: Athènes doit corriger, d'ici à 2016, son déficit excessif. Celui-ci devrait atteindre 3,5% du PIB en 2014, selon la Commission.

Le récent accord passé avec la Banque centrale irlandaise sur la restructuration de la dette irlandaise réduira les besoins en refinancement de l'Irlande d'environ 20 milliards d'euros dans la prochaine décennie. Selon la Commission, il devrait permettre « un retour graduel » de la croissance dans le pays. Dublin est encouragé à poursuivre ses efforts car, même si les performances du pays pour 2012 ont été revues à la hausse, les perspectives de croissance restent inchangées (1,1% en 2013 et 2,2 en 2014). Le déficit public atteindra 7,3% du PIB en 2013 (4,2% en 2014), soit plus que l'objectif que s'est fixé le gouvernement, se félicite la Commission. Dublin ambitionne un retour complet sur les marchés dès cette année.

Au Portugal, l'ajustement économique a eu comme conséquence une contraction de l'économie « plus importante que prévu au dernier trimestre 2012 ». Après un recul du PIB de 1,9% en 2013, la croissance devrait repasser dans le vert en 2014 (0,8%). En ce qui concerne le déficit public, M. Rehn a jugé prématuré de se prononcer sur une possible extension de délai pour atteindre les objectifs fixés. Les résultats de la prochaine mission de la 'troïka', la semaine prochaine, devraient permettre d'y voir plus clair.

Les perspectives s'assombrissent sensiblement pour Chypre. En ligne avec le gouvernement chypriote, la Commission prévoit une récession marquée (-3,5% en 2013 et -1,3% en 2014). Plus optimiste sur le respect des objectifs budgétaires, l'île estime être en mesure de ramener son déficit à 3,9% en 2013 et à 2% en 2014, alors la Commission anticipe des chiffres plus élevés (4,5% en 2013, 3,8% en 2014).

Pays hors zone euro. La croissance au Royaume-Uni s'affermit « petit à petit », a noté M. Rehn, même si la dette britannique atteindra 100% du PIB en 2014. Londres risquant de ne pas atteindre ses objectifs de réduction du déficit (6% en 2014 au lieu de 3%), « des mesures supplémentaires devront être prises pour se conformer aux recommandations du Conseil », a-t-il préconisé.

La Pologne affiche une bonne santé. Après une décélération en 2013 (1,2% par rapport à 2% en 2012), la croissance du PIB polonais devrait atteindre 2,2% en 2014, un taux nettement au-dessus de la moyenne de l'UE. La dette polonaise se maintiendra quant à elle sous le seuil de 60% du PIB. Le tableau est un peu plus sombre pour le déficit public, qui stagnera autour de 3,4% jusqu'en 2014. (MB et EL)

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