Bruxelles, 04/02/2013 (Agence Europe) - Le ministre des Finances chypriote, Vassos Shiarly, a estimé, lundi 4 février, que les résultats de l'audit des banques mené par la société américaine Pimco différaient grandement des estimations du gouvernement.
Le retard de la publication de l'audit de Pimco, dont les résultats ne seront connus qu'une fois le mémorandum signé, incomberait au fait que Nicosie est en désaccord avec la méthodologie utilisée par la société américaine, a confié une source européenne.
Selon la presse chypriote, Pimco prévoirait, au cas où un scénario macroéconomique défavorable devait se réaliser ('adverse scenario'), que la recapitalisation du secteur bancaire chypriote nécessiterait
10,1 milliards d'euros contre 7 milliards pour un scénario de base ('baseline scenario'). M. Shiarly a précisé que Pimco aurait recommandé au gouvernement de prendre en compte le pire scénario, selon l'Associated Press. Soit emprunter davantage que nécessaire, aux yeux des autorités chypriotes.
Le porte-parole du gouvernement chypriote, Stefanos Stefanou, avait rappelé la position de Nicosie dans une lettre du président Christofias au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso (EUROPE n° 10765). Dans cette lettre, les autorités chypriotes préconisent une recapitalisation des banques chypriotes en s'appuyant sur le scénario macroéconomique de base afin que la viabilité de la dette ne soit pas trop affectée. Selon M. Stefanou, si le pire scénario se réalisait, le trou pourrait être couvert par le Mécanisme européen de Stabilité (MES), une fois le mécanisme unique de supervision bancaire sous l'égide de la BCE en place. Nicosie demande aussi que la recapitalisation directe des banques par le MES se fasse rétroactivement.
« Nos banques vont être recapitalisées à travers un prêt du gouvernement », a fait savoir M. Shiarly. Cela reviendra à les nationaliser dans un premier temps, puis à les revendre afin de réduire la charge de la dette. Et de réitérer que Nicosie demanderait par la suite à pouvoir bénéficier d'une recapitalisation directe rétroactive. Lors d'une interview au Wall Street Journal, plus tôt en janvier, le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, avait envisagé que Nicosie puisse bénéficier d'un tel procédé (EUROPE n° 10772).
Toujours dans le souci de rendre la dette viable, Chypre a demandé à Moscou d'étendre la maturité du prêt de 2,5 milliards accordé en 2011. Le ministre russe des Finances, Anton Siluanov, a déclaré que son pays était favorable à un assouplissement des termes de ce prêt, plutôt que de mettre à nouveau la main au portefeuille. « Une restructuration de la dette est possible et nous verrons pour ce qui concerne les taux », a-t-il déclaré, selon Reuters. Et de prévenir que les concessions russes « ne règleront pas le problème de Chypre ».
Conditionnalité allemande. Une fois les modalités de l'aide définies, celle-ci devra recevoir le consentement de certains parlements nationaux, notamment le Bundestag. Une gageure compte tenu des réticences allemandes. Dans une interview au Spiegel, le président du SPD Peer Steinbrück conditionne son soutien aux mesures suivantes: la consolidation du secteur bancaire, une lutte plus ferme contre le blanchiment d'argent et l'évasion fiscale, la participation de Chypre au processus de taxation harmonisée des transactions financières (TTF) incluant 11 États membres. (EL)