Bruxelles, 02/10/2012 (Agence Europe) - L'heure est à l'urgence. La Commission entend bien défendre le mécanisme pour l'interconnexion de l'Europe (MIE), alors que les négociations sur le cadre financier pluriannuel (CFP) s'orientent vers des coupes budgétaires. Aussi, s'est-elle mobilisée pour soutenir l'instrument lors d'une conférence qu'elle a organisée sur le sujet, mardi 2 octobre à Bruxelles. Toutefois, les commissaires responsables sont bien conscients que le scepticisme demeure à l'égard de cette facilité, notamment à propos du transfert de 10 milliards du Fonds de cohésion vers des investissements dans le transport.
La Commission a présenté en 2011 ce mécanisme doté de 50 milliards d'euros pour investir dans les infrastructures transfrontalières dans le transport (31,7), l'énergie (9,1) et les télécommunications (9,2) afin de supprimer les chaînons manquants sur ces réseaux. Il s'agit « d'une solution au niveau européen pour des défis que les États membres ne peuvent relever tout seuls », résume le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, bien conscient que les États membres sont tentés de donner la priorité à des projets nationaux, et pas transnationaux. Pourtant, « l'Europe a besoin de se connecter pour faire concurrence, et pour croître » ; or, il déplore que les réseaux à travers l'Europe soient toujours « incomplets, inefficaces, ou simplement inexistants », en particulier où les besoins sont les plus flagrants, dans certains pays d'Europe centrale ou de l'Est. À ses yeux, le MIE est donc un pilier essentiel dans le budget de l'UE, et il exhorte les parties prenantes à faire pression sur leurs gouvernements pour défendre l'instrument car: « Il n'est pas possible d'avoir un accord sur le CFP s'il s'agit seulement d'une culture où chacun vient prendre une enveloppe et où l'on fait ce qu'on veut avec ! »
Quid de la cohésion ? Pourtant c'est bien ce qui alimente le scepticisme vis-à-vis du MIE car les 31,7 milliards prévus pour le transport sont en fait alimentés de 10 milliards issus du Fonds de cohésion, de quoi déplaire aux bénéficiaires de la politique de cohésion. Le commissaire européen à la Politique régionale, Johannes Hahn, déclare qu'il ne faut pas oublier les préoccupations des parties prenantes sur « la valeur ajoutée réelle, par rapport aux dotations nationales et la capacité des États membres à mettre des projets adéquats sur pied ». Par conséquent, il estime « qu'il faut trouver une solution satisfaisante pour tous, sans compromettre la valeur ajoutée européenne du MIE, rester ouvert à des propositions de compromis, et respecter les enveloppes nationales des États membres ».
Effet de levier. Son homologue responsable du transport, Siim Kallas, défend bien sûr la nécessité d'accroître les montants du MIE pour le transport car « d'ici 2020 nous aurons besoin de 500 milliards d'euros pour compléter le Réseau transeuropéen de transport. Mais il est évident que l'argent public ne sera pas suffisant ». Il est convaincu qu'il faudra se tourner vers les investisseurs privés: « C'est là où l'UE peut agir, avec le MIE, en aidant à générer de larges investissements dans l'infrastructure ». Il calcule que l'effet de levier des 31,7 milliards d'euros pourrait générer à terme 140 à 150 milliards d'investissements.
Déployer le très haut débit. Un apport supplémentaire de fonds est indispensable pour achever le marché unique numérique et offrir à tous les citoyens sans exception une connexion à la large bande, a déclaré pour sa part la commissaire chargée de l'Agenda numérique, Neelie Kroes. La commissaire insiste elle aussi sur l'effet de levier que chaque centime d'euro investi dans les infrastructures numériques déployées à l'échelle européenne générera. Les marchés publics électroniques permettraient, par exemple, d'économiser 100 milliards d'euros par an et l'informatique en nuage 250 milliards d'euros. « Chaque État membre recevra en retour plus d'investissement qu'il n'en aura consenti au départ. Le budget européen aura son argent de retour. Avec les intérêts ». Sans les fonds prévus par le MIE pour le numérique, « nous condamnons nos citoyens à des connexions lentes avec de fréquents « blackouts » (…) et nous forçons les autorités publiques à réaliser les objectifs du 21ème siècle en utilisant les systèmes du 21ème siècle », a déclaré la commissaire.
Achever le marché unique et garantir la solidarité. « Dans le secteur de l'énergie, nous ne pourrons pas poursuivre nos objectifs de politique énergétique sans une valeur ajoutée en termes de qualité et de capacité des infrastructures », a insisté pour sa part Günther Oettinger. « Sans réseaux électriques et gaziers adéquats, sans capacités de stockage, nous n'aurons pas de marché unique. En outre, si l'on veut garantir la solidarité entre États membres face à un hiver rude, nous avons besoin de réseaux d'acheminement. Enfin, si l'on veut développer les renouvelables à des coûts raisonnables, nous avons besoin d'un réseau intégré pour acheminer toutes ces énergies jusqu'au consommateur », a expliqué le commissaire à l'Énergie, soulignant en outre la « convergence évidente » entre les infrastructures de réseaux TIC et d'énergie, avec le développement des réseaux intelligents dans l'électricité. L'Europe a besoin de normes communes, de tracés transfrontaliers et d'une infrastructure paneuropéenne la reliant aux pays tiers voisins, ainsi que de processus d'autorisation accélérés, a ajouté M. Oettinger, plaidant aussi pour un cofinancement public adéquat des infrastructures ne pouvant être financées par le seul marché en raison d'une viabilité commerciale moindre, mais nécessaires pour rompre l'isolement des îlots énergétiques. « Il faut partir du principe qu'il s'agit d'une valeur ajoutée pour tous », a-t-il insisté, appelant les capitales à soutenir le MIE. « Les 50 milliards d'euros ne représentent qu'une proposition très modeste pour arriver par achever tous ces réseaux intégrés. Réduire le budget du MIE n'est dans l'intérêt de personne », a conclu le Premier ministre estonien, Andrus Ansip. (MD/IL/EH)