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Bulletin Quotidien Europe N° 10658
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ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) bce

L'UEM doit être capable de limiter l'émission de dette des États

Bruxelles, le 18/07/2012 (Agence Europe) - L'Union économique et monétaire a besoin d'une autorité capable de limiter la capacité des États à émettre de la dette, a déclaré mardi 17 juillet Jörg Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), lors d'une conférence à l'European Policy Centre. Il a également jugé que l'Espagne n'avait pas besoin d'un programme d'assistance complet, de tels programmes étant pour les « pays qui ont perdu l'accès aux marchés », ce qui n'est pas le cas de Madrid. Et de saluer le paquet mis sur la table la semaine dernière par le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, qui prévoit 65 milliards de coupes budgétaires. Une preuve de la volonté « de se tenir à l'objectif budgétaire convenu ».

Quant à la décision des ministres des Finances de la zone euro d'accorder une année supplémentaire à l'Espagne pour ramener son déficit sous la barre des 3%, il a jugé le nouvel objectif « réaliste » et estimé qu'il « doit être atteint ». Un peu plus tôt, il avait pourtant vu d'un mauvais œil le manque de « pression parmi les décideurs » qui ont « des coûts réels » en ce qui concerne notamment les recommandations de la Commission européenne. Il avait ajouté qu'il semblait que l'UE n'avait pas retenu la leçon puisque « les délais pour la correction de (certains) déficits excessifs ont été assouplis ». La mise en œuvre par les pays des recommandations de la Commission européenne ne doit en outre pas être vue comme une manière de « se conformer à Bruxelles, mais pour leur propre bien ».

Il a par ailleurs jugé prématuré de se prononcer sur une éventuelle fermeture des banques espagnoles. Les stress tests réalisés individuellement sur les banques étant le stade préliminaire « pour avoir une analyse approfondie de la qualité des actifs de sorte que nous sachions vraiment où nous en sommes, quels sont les besoins en recapitalisation », a-t-il indiqué.

M. Asmussen a également évoqué le programme irlandais, dont le septième examen de la 'troïka' s'est révélé positif (EUROPE n°10655). Il a exclu que la rencontre entre le ministre des Finances irlandais Michael Noonan et le président de la BCE Mario Draghi, qui avait lieu au même moment à Francfort, aboutisse à une décision (voir autre nouvelle). Il a par ailleurs estimé que l'Irlande devrait s'en sortir avec le programme existant. M. Noonan avait en effet fait part de sa ferme intention de négocier avec ses créanciers un assouplissement des termes du programme.

L'avenir de l'union économique et monétaire repose selon lui sur quatre piliers: un marché financier intégré, une union économique et budgétaire ainsi que le renforcement de la légitimité démocratique. À ses yeux, l'important est de savoir où « nous voulons être dans dix ans », arguant que si les membres de la zone euro ne peuvent répondre à cette question, « personne ne nous achètera des titres de dette à dix ans ». Une métaphore pour envoyer un signal clair aux marchés: l'euro est là pour rester. Cependant, les expériences passées ont mis en lumière le fait que l'union monétaire est « incomplète ».

Afin de la parachever, les États vont devoir accepter un futur partage de leur souveraineté. Le premier pas est évidemment la supervision unique des banques. « La Commission proposera des propositions juste après l'été ; de son côté, le conseil des gouverneurs de la BCE a aussi commencé à mener une réflexion. (…) L'important est que ce cadre permette à la BCE d'agir avec efficacité, indépendance et sans risque pour sa réputation ». Ce rôle de supervision devra en outre être totalement « séparé » des décisions concernant la politique monétaire. Concernant le type de banques à superviser, M. Asmussen a affirmé que la BCE n'avait pas encore pris de décision, tout en indiquant que le mieux était de « se concentrer sur la zone euro ». Il a toutefois rappelé que la zone euro n'était pas « fermée » mais bien « ouverte aux nouveaux membres ». Et d'ajouter: « Nous ne devons pas craindre une Europe à deux vitesses, c'est déjà une réalité ».

M. Asmussen a également plaidé pour que la zone euro soit dotée de la capacité de prévenir et corriger les politiques économiques non viables au sein des États membres de la zone euro. Cela impliquerait la mise en place d'une « autorité qui aurait la compétence de limiter la capacité des États à émettre de la dette » et qui aurait le droit d'intervenir dans les budgets nationaux, notamment pour corriger les politiques budgétaire, structurelles et financières.

Cependant, tout pas que franchira la zone euro en vue d'une intégration plus poussée devra s'accompagner du renforcement de la légitimité démocratique.

M. Asmussen a reconnu qu'il présentait une vision à long terme. « Nous ne devons pas attendre, certaines choses peuvent être accomplies sans changer les traités », même si l'Union des marchés financiers suppose, elle, « une base juridique saine ».

Et de conclure: « Les pas que nous sommes sur le point de franchir sont significatifs, mais il faut que nous les franchissions ». (EL-stag)

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