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Bulletin Quotidien Europe N° 10636
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) grÈce

Législatives, poussée de l'extrémisme dans une société en crise

Athènes, 18/06/2012 (Agence Europe) - article rédigé le 17/06/2012, avant les résultats des législatives - Située au pied de l'Acropole, l'école primaire n°70 d'Athènes est fréquentée par la petite bourgeoisie athénienne. À deux encablures, la rue Dionysiou Aeropagitou, l'une des plus chères de Grèce, où résidait l'ancien ministre socialiste de la Défense Akis Tsohatzopoulos, arrêté en avril dernier pour une affaire de pots de vin liés à des contrats d'armement. Les électeurs de ce quartier de la capitale grecque ne semblent pas naturellement portés vers les partis d'extrême gauche. Leurs voix ne devraient pas déterminer le sort des élections législatives du 17 juin, au contraire des zones les plus peuplées du district B en périphérie d'Athènes. La présence, dans ce centre de vote, de militants de la coalition de la gauche radicale Syriza et des communistes du KKE démontre à quel point chaque voix compte dans une élection indécise qui pourrait déterminer le sort de la Grèce au sein de la zone euro.

Avec la crise économique sévère qui frappe le pays depuis trois ans, aggravée par les coupes sévères opérées dans les dépenses publiques, les partis extrémistes ont le vent en poupe. Tenus par des clans familiaux, les partis traditionnels, les partis conservateur 'Nouvelle Démocratie' et socialiste Pasok, qui ont dominé sans partage la vie politique nationale depuis le retour de la démocratie il y a près de quarante ans, sont accusés d'avoir mené le pays à la ruine et d'obéir aux 'diktats' des créanciers internationaux. « Les grands partis sont à la solde des grands pays étrangers », affirme Xaris, 30 ans, sympathisant du KKE, travaillant dans l'import-export de vêtements italiens de marque. Selon lui, la loi électorale avantage les grands partis. Pour preuve, la nouvelle loi électorale, qui accorde un bonus de 50 sièges au parti vainqueur des élections législatives, favoriserait le statu quo à la tête de l'État. Quel crédit apporter à un gouvernement majoritaire tenu en réalité par un parti recueillant moins de 20% des voix ?, interroge Xaris. Avec 19% des voix recueillies lors des élections législatives du 6 mai, le leader de la 'Nouvelle démocratie' Antonis Samaras n'avait pas été en mesure de former un gouvernement de coalition jouissant d'une majorité stable.

Manque de cash. En raison d'un manque croissant de liquidités, l'économie grecque est paralysée. Nous payons comptant nos fournisseurs sur nos économies personnelles mais nos distributeurs, écoulant moins de marchandise, nous paient de moins en moins et de plus en plus tard, déplore Xaris. « Qu'importe si notre monnaie s'appelle l'euro ou la drachme s'il n'y a pas de travail », lance Elena, 55 ans, dont le magasin de services informatiques n'a que « deux à trois mois » de visibilité. L'économie grecque est en récession depuis 2009, soit une réduction cumulée du PIB national d'environ 20%. Au 1er trimestre 2012, la récession a atteint 6,5% du PIB. En progression constante, le chômage touche désormais 22,6% de la population active dont 52,7% des jeunes de moins de 24 ans.

Le service public est loin d'être épargné. « L'année dernière a été très très dure. La crise touche tout le monde, surtout la classe moyenne », assure Sofia, militante Syriza, dont le salaire de professeur de littérature classique au lycée a été diminué par deux d'un mois à l'autre. Sans emploi comme un jeune Grec sur deux, son fils de 26 ans cherche un emploi. « Il cherche partout, n'importe quoi, mais ne trouve rien », assure-t-elle. La difficulté actuelle, estime Xaris, c'est que les jeunes sont désormais surdiplômés pour les emplois peu qualifiés et peu rémunérés encore disponibles. Pour Dimosthémis, un autre militant de Syriza, il faut « arrêter immédiatement les coupes dans l'éducation, la santé ». Faute de moyens, les écoles en seraient réduites à photocopier les livres. Faire gagner la gauche radicale permettrait d'en finir avec l'austérité contre-productive qui détricote le filet social. Cette nouvelle donne enverrait aussi un message d'espoir aux autres peuples qui souffrent en Irlande, au Portugal, en Espagne, considère Sofia. Nous ne remettrions pas en cause le remboursement de la dette mais nous serions en position de force pour la renégocier, ajoute-t-elle.

Mais ce que les Grecs redoutent, c'est de perdre leur toit. La mendicité de la part de citoyens grecs a fait son apparition à Athènes. Nombreux sont les retraités sans ressource et mis à la rue qui passent leurs journées en terrasse de café et dorment dans des parcs, honteux de demander de l'aide à leur famille, déplore Xaris. Il a aussi comparé la taxe immobilière (3000 euros par an pour 150 m2), prélevée à partir des factures d'électricité et introduite par le gouvernement 'Papandréou', à un nouveau loyer à payer à l'État. Alors que, dans le même temps, les énormes 'mall' illégaux nés lors des Jeux olympiques d'Athènes ne semblent pas inquiétés par la lutte contre l'évasion fiscale.

L'irruption de l'extrême droite inquiète. Autre conséquence de la crise, la réapparition de divisions profondes au sein de la société grecque. Séduisant de nombreux jeunes désœuvrés et les anciens sur le thème de l'insécurité, le parti d'extrême droite 'Aube dorée' s'apprête à faire entrer ses premiers députés à la Vouli. De quoi rappeler les heures les plus sombres de l'histoire moderne de leur pays aux militants du KKE et de Syriza. « Ils organisent des pogroms d'immigrants, ils attaquent nos militants. Mais nous les Grecs, nous n'avons pas de problèmes avec les immigrants, nous l'avons nous-mêmes été », affirme Xaris. Et d'avertir: « Cette violence entre les Grecs, c'est ce qui a conduit à la guerre civile ».

Dans les années 1990-2000, les Grecs voulaient absolument se procurer, à crédit, les produits de marque importés de l'étranger. Résultat: « L'industrie grecque a fermé ses usines », déplore Elena. Selon Xaris, les agriculteurs grecs se sont reposés sur leurs lauriers en prenant l'argent de la politique agricole commune si bien qu'on trouve surtout « les citrons argentins » en lieu et place de la production nationale. La crise aiguë contribue à changer peu à peu la donne, obligeant les consommateurs grecs à modifier leur comportement en se tournant à nouveau vers la production locale. « Mon grand-père m'amenait au marché du quartier, ma mère au supermarché. J'emmène de nouveau ma fille au marché », sourit Xaris. (MB)

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