*** WILLEM SCHINKEL: De nieuwe democratie. Naar andere vormen van politiek. De bezige bij (1 Van Miereveldstraat, Postbus 75184, NL-1070 AD Amsterdam. Tél.: (31-20) 3059810 - fax: 3059824 - Courriel: info@debezigebij.nl - Internet: http://www.debezigebij.nl ). 2012, 224 p., 19,50 €. ISBN 978-90-234-7182-0.
Ce livre est une invitation à inventer une nouvelle démocratie. C'est un plaidoyer pour une nouvelle forme de nationalisme critique qui intègrerait la dimension européenne et qui, aux Pays-Bas, renforcerait la démocratie nationale par l'installation d'un Conseil d'État s'inspirant de la Commission européenne puisqu'il disposerait d'un droit d'initiative et d'un pouvoir de mise à l'agenda. Ce sont aussi des pages gorgées de commentaires perspicaces sur le populisme, le processus néfaste de dépolitisation en Europe, le multiculturalisme, le sécularisme comme exorcisme, la liberté et les nouvelles technologies de contrôle par soi-même, la dérive d'un droit fondé sur le souci d'équité vers un droit faisant primer la sécurité… C'est un livre qui invite à tout le moins au débat ! Jeune professeur enseignant la sociologie théorique à l'Université Erasme de Rotterdam, Willem Schinkel s'y confirme être un penseur apportant des analyses et des idées nouvelles. Pour lui, ce qui est essentiel dans la démocratie, c'est la possibilité qu'elle offre au peuple de se réinventer, de faire peau neuve. Pour qu'elle soit saine, il faut donc qu'elle offre des perspectives donnant accès à des chemins alternatifs. Seulement voilà, c'est précisément ce qui manque aujourd'hui en raison d'une dépolitisation progressive.
Pour l'auteur, la dépolitisation est la réduction du politique à la gestion de problèmes, au traitement technique de sujets particuliers, la lutte des idéologies ou des questions de solidarité et de justice n'y trouvant plus la moindre place. De nos jours, nous consommons nos propres opinions grâce à la télévision et à internet, tout particulièrement au moment de la présentation de sondages qui voient le citoyen lambda apprendre… ce qu'il pense sur tel ou tel sujet. Tout comme les spéculateurs financiers influencent les fluctuations des marchés par leurs prises de position, des propos sur la société ont ainsi tendance à créer et façonner celle-ci. De la sorte, la complexité est remplacée par une simplicité où l'on reçoit sa propre opinion sur un présentoir en or et où l'on peut ignorer la réalité complexe d'intérêts conflictuels. Cette « facilité » pour le citoyen laisse le terrain libre aux manipulateurs et aux comptables, contribuant ainsi à alimenter la déception que suscite le politique, lequel ne pourra jamais résoudre tous ces problèmes. C'est aussi le terrain idéal pour un populisme à la Wilders, l'auteur observant à son propos une fascination pour le « Readymade » - attitude initiée par Marcel Duchamp qui consiste à simplement choisir un objet manufacturé et à le désigner comme œuvre d'art, donc à le rendre intouchable - qui le rapprocherait bizarrement du Pop'art. Pour Wilders et consorts, c'est une certaine idée nostalgique et purifiée d'une nation au passé glorieux qui serait l'intouchable. Leurs autres points communs seraient entre autres le goût immodéré pour la répétition, un fétichisme de représentation qui n'arrête pas de confirmer à longueur de jours le même refrain, le même dessin…
Les annotations de l'auteur, très influencé par Bourdieu notamment, révèlent une lecture extensive et diversifiée, bien que généralement de gauche. Il est dommage que l'on ne retrouve pas cette même diversité quand il traite des situations tirées du quotidien et de la presse. Là, le regard se focalise fort sur la seule situation des Pays-Bas et sur des références puisées dans les médias néerlandais, ce qui amenuise évidemment la possibilité que l'ouvrage atteigne le public plus international - et en tout cas européen ! - qu'il mériterait du fait des idées originales qu'il explore.
Lieven Taillie
*** JEAN-MICHEL DE WAELE, MATHIEU VIEIRA (sous la dir. de): Une droitisation de la classe ouvrière en Europe ? Economica (49 rue Héricart, F-75015 Paris. Tél.: (33-1) 45781292 - fax: 45750567 - Internet: http://www.economica.fr ). Collection "Politiques comparées". 2012, 221 p., 29 €. ISBN 978-2-7178-6139-6.
Prolongement d'un colloque organisé voici près de quatre ans par l'Institut d'études politiques de Lille et la Revue internationale de politique, cet ouvrage voit des politologues belges et français interroger, dans une perspective comparative, le glissement à droite, voire à l'extrême-droite, d'une partie de l'électorat ouvrier. Où en est aujourd'hui le vote de classe chez les populations ouvrières ? Comment s'effectuent, dans des contextes nationaux différents, les circulations des voix ouvrières vers les droites ? Comment entendre la notion même de droitisation ? Comment interpréter les cas où le vote ouvrier en faveur des formations de gauche semble offrir quelque résistance ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles des réponses sont apportées au fil des contributions. Celles-ci sont organisées en deux parties. La première est pleinement consacrée à des analyses comparatives qui, si elles s'accordent sur les grandes tendances du phénomène, tendent à expliquer celui-ci de manière différente. Ainsi, le Pr. Daniel-Louis Seiler le relativise en rappelant que de tout temps, une partie de la classe ouvrière a donné ses suffrages à des partis démocrates-chrétiens et à des partis de droite. Par contre, Nonna Mayer confirme la droitisation en précisant qu'elle n'implique pas une « extrême droitisation », la « tentation récurrente de l'abstention » devant aussi être prise en compte. Pour sa part, Pierre Bréchon ne discerne pas « une droitisation générale des valeurs de la classe ouvrière » et confirme que le vote de droite, et à fortiori d'extrême-droite, découle davantage du diplôme que des appartenances professionnelles. D'autres auteurs analysent encore les dimensions spatiales de la droitisation de la classe ouvrière sur le long terme, ainsi que le rapport entre la gauche et la classe ouvrière en Belgique et en France. La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée à des études de cas. Analysant la dissociation entre l'électorat populaire et l'électorat socialiste en France, les chercheurs Fabien Escalona et Mathieu Vieira observent ainsi un déplacement de la dynamique électorale socialiste vers les grandes villes et, partant, s'interrogent sur « l'émergence d'une social-démocratie des idéopôles ». Pour sa part, leur collègue Florent Gougou montre que, dans le même pays, « le déclin du vote de classe ouvrier a progressivement libéré un espace pour les partis de droite, espace dont le Front National a particulièrement profité ». Pour le cas italien, Paolo Belluci et Christophe Roux montrent notamment que Forza Italia et la Ligue du Nord sont régulièrement capables d'hériter de la partie d'électorat ouvrier jadis orientée vers la Démocratie Chrétienne, mais qu'il s'agit aussi, plus fondamentalement, d'un « glissement de fond ». Enfin, le Pr. Jean-Michel De Waele et Maïté Leroy se penchent sur le cas spécifique de la Pologne. Ayant rappelé que la classe ouvrière y a été « le moteur de la lutte contre le régime du socialisme réalisé », ils constatent que, « dans un contexte de privatisation et d'ultra libéralisme », c'est aujourd'hui l'ensemble de la société polonaise qui accorde majoritairement ses suffrages à la droite, les ouvriers ne faisant que suivre le mouvement.
(MT)
*** JEAN-CLAUDE PIRIS: The Future of Europe. Towards a Two-Speed EU? Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Shaftesbury Road, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-01223) 326050 - fax: 315052 - Internet: http://www.cambridge.org ). 2012, 166 p., 17,99 £ / 32,99 $ (couverture souple) ou 55 £ / 99 $ (couverture rigide). ISBN 978-1-107-66256-8 (couverture souple) ou 978-1-107-02137-2 (couverture rigide).
Très longtemps directeur général du Service juridique du Secrétariat général du Conseil de l'Union, Jean-Claude Piris a participé, en tant que conseiller juridique, à toutes les Conférences intergouvernementales qui ont modifié le profil de l'Union européenne depuis celle qui avait accouché du Traité de Maastricht en 1992. C'est donc un orfèvre institutionnel qui cherche, dans cet opuscule au tempo enlevé, à discerner les voies de la rédemption pour une Union européenne décidément bien malade. Elle souffre, selon lui, de « trois défis énormes ». D'abord, il y a la crise de la zone euro « qui affecte déjà la stabilité » du club des Vingt-sept. Ensuite, il y a le fait que cette crise survient alors que la confiance de l'opinion publique en l'Union décline et qu'elle pourra difficilement être restaurée par un programme de sauvetage de la zone euro ne se traduisant que par « une diminution de la protection sociale, une augmentation des économies budgétaires et une discipline économique plus stricte » - ce qui est une manière de confirmer que non, décidément, on n'attrapera jamais des mouches avec du vinaigre. Enfin, il y a le constat que les institutions européennes ne travaillent pas bien. Jean-Claude Piris discerne ainsi tour à tour les lourdeurs du processus décisionnel au Conseil des ministres, « l'affaiblissement progressif de la Commission » et, surtout, « l'échec relatif du Parlement européen », ce qu'il impute entre autres aux « distorsions dans la représentation des citoyens » qui y prévalent (il juge anormal que des décisions puissent y être prises contre l'avis des députés élus dans les quatre plus grands États membres), au fait que les élus sont « plus responsables devant leur parti politique que devant leurs électeurs » et, partant, que le jeu politique européen reste confiné au plan strictement national. A partir de cette toile de fond fort sombre et sur la base de la conviction que l'intégration européenne reste le seul horizon envisageable pour les citoyens européens et leurs pays, Jean-Claude Piris examine quatre options possibles pour l'avenir. D'abord, celle d'une révision des Traités par les Vingt-sept qu'il écarte très vite, la jugeant « politiquement irréaliste ». Ensuite, celle de continuer sur la base des traités actuels, lesquels offrent déjà des possibilités de différenciation. L'auteur y croit-il vraiment ? C'est en tout cas à deux options d'Europe à deux vitesses - l'une souple, ne nécessitant pas un changement des Traités ni la constitution formelle d'un groupe à côté de l'Union, l'autre franchissant ces pas pour constituer un groupe dont les membres seraient juridiquement contraints de coopérer davantage dans un certain nombre de domaines - qu'il consacre l'essentiel de ses réflexions. A titre d'exemple, dans l'hypothèse où la dernière option serait retenue, il juge que la Commission et le Parlement européen pourraient difficilement être actifs au service du noyau dur institutionnalisé, tandis qu'il serait essentiel que la Cour de justice conserve pleinement son autorité sur lui. En tout état de cause, l'ancien jurisconsulte montre bien, dans ces pages, que les difficultés juridiques liées à une telle entreprise de révision du projet européen pourraient toutes être surmontées.
(MT)
*** The Federalist Debate. Papers on Federalism in Europe and the World. Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax: (+39-011) 4732843 - Courriel: federalist.debate@libero.it - Internet: http://www.federalist.debate.org ). 2012, n° 1, 64 p.. Abonnement annuel: 15 €.
Tout naturellement, ce numéro d'une publication fédéraliste reconnue fait la part belle à la crise que traverse la zone euro - et, plus largement, l'Union européenne elle-même, Barbara Spinelli allant jusqu'à poser la question de savoir « que faire si l'Europe doit faire face à sa propre mortalité ? ». Dans son éditorial, Lucio Levi commence par rappeler que la crise des dettes souveraines n'est pas l'apanage des seuls États européens, les États-Unis et le Japon étant en bien plus mauvaise posture qu'eux sur ce plan. C'est donc « un conflit mondial de la dette qui est en cours », les puissances émergentes ne pouvant accepter que l'Occident cherche à perpétuer sa domination par une dette sans cesse croissante. Pour l'éditorialiste, un nouveau modèle de croissance doit donc être trouvé, mais la priorité des priorités est, en Europe, d'amener les citoyens à ne plus voir « l'Union européenne comme un corps qui impose des sacrifices, promeut l'austérité, coupe dans les dépenses sociales et génère du chômage ». Dans cette optique, le « schisme » intervenu entre le Royaume-Uni et ses partenaires lors du Conseil européen de décembre est prometteur en ce que la volonté de Londres de ne voir dans l'Union qu'un simple marché a été désavouée et que trois pas ont été accomplis dans la bonne direction: d'abord, il a été implicitement reconnu que de nouveaux pas vers plus d'intégration ne pouvaient être posés que dans le cadre de la zone euro ; ensuite, il y a le principe selon lequel « le Traité entrera en force aussitôt qu'une majorité de douze États membres de la zone euro l'aura ratifié » ; enfin, il y a l'engagement des États membres d'incorporer l'accord intergouvernemental dans le Traité de Lisbonne endéans cinq ans. Ce sont autant d'éléments qui font penser à Lucio Levi que des progrès vers une Europe fédérale - donc vers une Europe à deux vitesses - sont à portée de main, la priorité étant désormais, selon lui, d'instituer « un gouvernement de la zone euro responsable devant le Parlement européen », celui-ci ayant désormais, en vertu du Traité de Lisbonne, « la responsabilité de concevoir une nouvelle architecture institutionnelle pour la zone euro et de réglementer la coexistence de la zone euro au sein de l'Union plus large ».
(MT)
*** Il Federalista. Rivista di politica. Edif (8 Villa Glori, I-27100 Pavia. Internet: http://www.ilfederalista.eu ). 2011, n° 3, 258 p.. Abonnement annuel: 25 € (Europe), 30 € (étranger).
L'essentiel de ce numéro d'une publication proche du Movimento Federalista Europeo est consacré à la crise que traverse la zone euro et aux moyens - fédéralistes ! - qui s'offrent pour en sortir par le haut. L'éditorial est ainsi consacré aux « défis de 2012 » et invite à réfléchir à quatre aspects du problème. Il s'agit d'abord de « la relation qui existe entre la nécessité de sauver l'euro et celle de faire l'union politique », la revue pointant du doigt « l'évidente carence de légitimité démocratique du mécanisme actuel de gouvernance européenne de la crise ». Il faut ensuite réfléchir aux « limites de la méthode communautaire pour accomplir l'union politique de l'Europe », des extraits d'un « Au-delà de l'information » où Ferdinando Riccardi discerne l'émergence d'une Europe à deux vitesses étant repris pour le confirmer. Troisièmement, l'éditorialiste juge « impensable » que les institutions fédérales qu'il appelle de ses vœux puissent être créées « dans un cadre plus vaste que celui de l'Union monétaire », ce qui l'amène aussi à stigmatiser l'idée française de doter la zone euro d'un Parlement qui serait alimenté par les parlements nationaux. Enfin, pour ce qui est de l'objectif à atteindre désormais - réaliser « la fédération dans la confédération » - et de la marche à suivre à cette fin, à savoir « l'institutionnalisation de l'Europe à deux vitesses avec la participation des citoyens dans une nouvelle phase constituante », la revue juge que les dirigeants politiques ne peuvent plus, depuis le Conseil européen de décembre dernier, se retrancher derrière « l'alibi des vetos de la Grande-Bretagne » pour justifier le ratage du rendez-vous avec la Fédération européenne.
(MT)