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Bulletin Quotidien Europe N° 10636
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) numÉrique

Agenda numérique, les États membres manquent d'ambition

Bruxelles, 18/06/2012 (Agence Europe) - Si des progrès ont été accomplis pour atteindre les objectifs de la stratégie numérique, force est de constater que les États membres se satisfont des résultats engrangés et ne poursuivent pas intensément les efforts pour arriver plus rapidement à la création d'un véritable marché unique numérique. C'est le constat formulé par la Commission européenne, qui a publié lundi 18 juin la dernière édition du tableau de bord de la stratégie numérique, dont la mission est d'instaurer un climat économique et un cadre réglementaire propices à la concurrence et aux investissements sur les marchés européens des technologies numériques. Une véritable réforme économique structurelle doit avoir lieu en Europe, davantage de personnes doivent être formées dans le secteur des nouvelles technologies de l'information et de la communication (TIC), les achats en ligne doivent devenir plus transfrontaliers et les services publics en ligne se généraliser, estime la Commission. « Conserver des mentalités et des modèles d'entreprise du 20ème siècle nuit à l'économie européenne, ce qui est extrêmement regrettable (…) En investissant si peu, nous nous tirons une balle dans le pied et l'Europe risque de se faire écraser par la concurrence mondiale si elle s'endort sur ses lauriers », a prévenu la commissaire responsable de la stratégie numérique, Neelie Kroes. Elle exhorte les pouvoirs publics et les entreprises à suivre la cadence, pour éviter aussi de frustrer les consommateurs friands de technologies numériques et désireux d'avoir un plus large choix.

Sur les 101 actions prévues dans la stratégie numérique (78 actions incombant à la Commission et les 23 autres relevant des États membres), 34 sont achevées, 52 sont en cours et 15 sont retardées ou risquent de l'être.

Les principales conclusions à tirer du tableau de bord sont les suivantes:

1) Haut débit: l'Internet à haut débit couvre pratiquement tout le territoire européen. À ce jour, 95% des Européens disposent d'une connexion à haut débit sur ligne fixe. Les pays qui ont réalisé le plus d'efforts en matière de haut débit ne sont pas toujours ceux qui ont un opérateur historique, constate le rapport. La Commission salue la Roumanie et la Lituanie en particulier, qui ont beaucoup investi pour atteindre les objectifs en matière de haut débit. D'autre part, la barre des 50% a été franchie pour la première fois en ce qui concerne les personnes socialement défavorisées qui utilisent Internet, ce qui est très positif et montre que les efforts des États membres pour réduire la fracture numérique ont porté leurs fruits. Quinze millions d'Européens se sont connectés pour la première fois à Internet en 2011 et 68% des Européens ont aujourd'hui une activité en ligne régulière. Toutefois, un Européen sur quatre n'a encore jamais utilisé Internet.

2) Internet mobile: l'Internet mobile a connu une croissance de 62% et on compte 217 millions d'abonnés au haut débit mobile, ce qui est un autre point positif relevé par le tableau de bord. La Commission soutient cette évolution, « car c'est là où il y a le plus de potentiel de développement », a déclaré Constantin Van Oranje, membre du cabinet de Neelie Kroes. La Commission souhaite davantage de volontarisme de la part des États membres, notamment en matière de spectre radioélectrique.

3) Administration en ligne: en ce qui concerne la fourniture et l'utilisation des services administratifs en ligne, les plus fortes progressions ont eu lieu (excepté la République tchèque) dans des États connaissant des difficultés financières, ce qui montre combien l'administration en ligne peut contribuer au succès des réformes structurelles, se félicite la Commission. Ainsi, la Grèce, le Portugal et l'Irlande sont les États membres qui ont le plus progressé. Ailleurs, c'est plutôt la stagnation qui domine.

4) Itinérance: grâce à l'intervention de la Commission, les prix d'itinérance ont baissé en 2011-2012. De nouvelles entreprises ont abandonné leurs pratiques tarifaires abusives en proposant des offres groupées ou des tarifs d'itinérance reflétant les tarifs nationaux. Toutefois, les consommateurs continuent, en moyenne, à payer leurs appels en itinérance trois fois et demi plus cher que leurs appels nationaux, ce qui est en contradiction avec les objectifs du marché unique numérique. Les prix sont encore trop élevés et l'évolution trop lente, et la Commission envisage une nouvelle initiative législative pour accélérer la baisse des tarifs, a souligné M. Van Oranje.

5) Compétences dans les TIC: la moitié de la population active européenne n'a pas les compétences requises en matière de TIC pour pouvoir changer d'emploi ou en trouver un. Si 43% de la population a des compétences moyennes ou supérieures en matière d'Internet, près de la moitié de la population active doute que ses compétences informatiques et en matière d'Internet soient suffisantes pour le marché du travail actuel et presqu'un quart n'a aucune compétence en matière de TIC. Alors que le taux de chômage en Europe, et en particulier chez les jeunes, demeure élevé, il reste difficile de pourvoir les postes dans le secteur des TIC dont le nombre s'élèvera à 700 000 d'ici à 2015. La situation évolue peu dans ce domaine ce qui constitue une réelle problématique regrette la Commission.

6) Commerce en ligne: si 58% des internautes européens ont recours au commerce en ligne, seulement un sur dix a fait la démarche d'acheter via un site situé dans un autre État membre. À cet égard, les barrières linguistiques et les formalités administratives (livraison impossible d'un État membre vers un autre ou complications en matière de copyright) constituent les problèmes majeurs. Il faut des garanties et l'accès à un droit de recours en ligne pour atténuer la méfiance des consommateurs qui reste très vive en matière de transactions en ligne.

7) Utilisation du commerce électronique par les PME: les petites et moyennes entreprises n'ont recours au commerce en ligne que de manière limitée. Elles n'ont pas pris l'habitude d'acheter ou de vendre en ligne, ce qui limite leur potentiel d'exportation et de recettes. « On n'a pas réalisé les progrès espérés, on stagne », regrette M. Van Oranje.

8) Dépenses publiques en matière de R&D dans les TIC: si la recherche publique a été épargnée par les mesures d'austérité, les dépenses sont loin d'atteindre les 6% de croissance annuelle nécessaires pour doubler les investissements publics d'ici à 2020. Par ailleurs, les investissements des entreprises privées sont en baisse. L'intensité en R&D du secteur européen des TIC est aujourd'hui inférieure de plus de moitié à celle du secteur des TIC américain, avertit la Commission. Cette dernière a décidé de doubler ses investissements dans les TIC, mais cela doit encore être débattu au Conseil et au Parlement a précisé M.Van Oranje.

Réactions de l'ETNO et l'ECTA

À l'occasion de la publication du Tableau de bord, les opérateurs historiques, réunis sous la houlette de l'association ETNO, et les nouveaux opérateurs, rassemblés au sein de l'ECTA, ont rappelé leur position (divergente) à propos de la tarification des réseaux en fibre optique. Les opérateurs télécoms doivent pouvoir relever les tarifs appliqués à leurs concurrents en échange de l'utilisation de leurs réseaux en cuivre afin de doper l'investissement dans la fibre optique, souligne l'ETNO. Autre son de cloche du côté de l'ECTA qui estime que les nouveaux opérateurs sont étranglés par les prix excessifs demandés par les opérateurs historiques pour l'utilisation de leurs réseaux en cuivre, ce qui les empêche d'investir dans les réseaux de nouvelle génération en fibres. Pour rappel, la Commission doit dévoiler dans les semaines à venir ses propositions pour une recommandation sur les prix de gros dans les réseaux fixes (de nouvelle génération). (IL)

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