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Bulletin Quotidien Europe N° 10620
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SOCIAL / (ae) social

Exclusion des Roms, la situation est loin de s'améliorer

Bruxelles, 24/05/2012 (Agence Europe) - Les efforts des États membres pour aider les Roms à s'intégrer sont insuffisants, a constaté la Commission européenne, dans un rapport d'évaluation présenté mercredi 23 mai. Si tous les États ont mis au point des stratégies nationales pour améliorer l'intégration économique et sociale des Roms, les moyens financiers qui sont mis à disposition pour y parvenir sont loin d'être en adéquation avec l'urgence de la situation et le défi que cela représente. Un défi d'autant plus important que, selon le nouveau rapport publié mercredi 23 mai par l'Agence des droits fondamentaux de l'UE (FRA) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), les Roms continuent de faire l'objet de discriminations et d'exclusion sociale dans les pays de l'UE, où ils sont les plus nombreux.

Le rapport de la Commission. Depuis avril 2011, un cadre européen établit quatre piliers sur lesquels doivent se baser les actions nationales pour favoriser l'intégration des Roms. Aujourd'hui, la Commission publie plusieurs exemples de bonnes pratiques. Ainsi, la Slovénie et la Finlande sont considérées comme des modèles pour la promotion de l'intégration des Roms dans le domaine de l'éducation, alors que la Bulgarie et l'Espagne le sont dans le domaine de l'accès à l'emploi. Quant à l'accès aux soins de santé et au logement, ce sont l'Irlande et la France qui sont citées en exemples. Toutefois, l'évaluation entreprise par la Commission a montré que seuls douze États (Bulgarie, Grèce, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et Suède) ont établi des financements précis. Cela fait dire à Viviane Reding, la commissaire chargée de la justice, que les engagements actuels des gouvernements nationaux correspondent, dans leur ensemble, à des « stratégies sur papiers », avec finalement peu de « résultats tangibles ». Or, il est aujourd'hui nécessaire que « les États membres passent à présent à la vitesse supérieure et intensifient leurs efforts en prévoyant des mesures plus concrètes, des objectifs explicites, des financements précis ainsi qu'un suivi et une évaluation appropriés ». De son côté, le commissaire Laszlo Andor (Emploi et Affaires sociales) a souhaité rappeler « la nécessité que, comme le prévoit notre proposition d'octobre 2011, les États membres mettent en place, pour la période de financement 2014-2020, une stratégie d'intégration des Roms avant de recevoir les crédits du Fonds social européen destiné à la financer ».

Le rapport conjoint de la FRA et du PNUD. Les auteurs de ce rapport ont souhaité faire une comparaison, dans 11 États membres de l'UE (Bulgarie, République tchèque, France, Grèce, Hongrie, Italie, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovaquie et Espagne), entre la situation socio-économique des Roms et des non Roms vivant à proximité. La comparaison a été effectuée sur la base des mêmes quatre piliers qu'avait choisis la Commission dans sa propre évaluation. « Les résultats de ces enquêtes dressent un tableau sombre de la situation actuelle des Roms dans l'ensemble des 11 États membres de l'UE étudiés », a constaté dans un communiqué Morten Kjaerum, directeur de la FRA. Autant « les discriminations et l'antitsiganisme persistent », autant les Roms ne peuvent échapper « au cercle vicieux de la discrimination, de l'exclusion et de la pauvreté ». Les principaux constats par piliers de l'enquête révèlent ainsi que: 15% des jeunes Roms adultes ont un diplôme de l'enseignement supérieur, général ou professionnel, contre 70% de leurs semblables qui vivent dans un environnement proche ; moins de 30% des Roms ont le statut de salarié ; 45% d'entre eux vivent dans un logement qui ne dispose pas de toutes les commodités normales (cuisine, toilette, électricité) ; ils sont près de 40% à affirmer avoir constaté de la malnutrition parmi leurs proches.

Les réactions. Constatant « le manque d'implication de la société civile et des pouvoirs locaux, tout comme la réticence des États à la mise en place d'un mécanisme de suivi » de l'intégration des Roms, l'eurodéputée Hélène Flautre (Verts/ALE, française) en appelle à la Commission, afin que celle-ci exerce « sa plus haute vigilance ». Mme Flautre dénonce également le fait que seule une minorité d'États a élaboré une stratégie concrète pour l'accès au logement et à la santé, et que peu de gouvernements se sont « engagés sur des programmes chiffrés ». Livia Jaroka (PPE, hongroise) est plus nuancé. « La plupart des pays ont présenté un plan ambitieux et crédible pour l'inclusion des 12 millions de Roms européens », a-t-elle estimé dans un communiqué, mercredi 23 mai. Pour Mme Jaroka, qui est aussi le rapporteur de la stratégie de l'UE pour l'inclusion des Roms au Parlement européen, il est indispensable de s'assurer de la participation des communautés Roms dans les processus d'évaluation et de suivi des mesures proposées par les États. Ainsi, l'activité des ONG doit être particulièrement encouragée. Toutefois, pour le European Roma Policy Coalition (ERPC), l'évaluation de la Commission ne signifie rien d'autre qu'un constat d'échec. Les stratégies nationales se sont révélées si « profondément erronées, qu'elles ne peuvent même pas être considérées comme un premier pas en avant », a constaté Shannon Pfohman, président de l'ERPC, avant d'ajouter que ces stratégies « reflètent une absence totale de volonté politique ». (JK)

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