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Bulletin Quotidien Europe N° 10609
Sommaire Publication complète Par article 40 / 40
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 957

*** ERWAN LANNON (sous la dir. de): The European Neighbourhood Policy's Challenges / Les défis de la politique européenne de voisinage. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "College of Europe Studies / Cahiers du Collège d'Europe", n° 14. 2012, 491 p., 41,50 €. ISBN 978-90-5201-779-2.

À l'heure où certains, chez les Vingt-sept, jugent électoralement utile de faire l'apologie des frontières, prêter l'oreille à des scientifiques qui n'ont pas d'électeurs à séduire, seulement des situations à analyser sans parti pris et des lecteurs à éclairer de manière objective, peut s'apparenter à une bouffée d'oxygène. C'est le cas avec ceux réunis dans cet ouvrage après l'avoir été dans le cadre d'un séminaire de travail organisé par le Collège d'Europe de Natolin. Ces juristes, économistes, politologues, géographes, experts en géopolitique et géostratégie sont tous d'accord pour juger que l'un des plus grands défis qui sera à relever par l'Union européenne au cours des prochaines années sera de trouver la juste manière de dialogue et de collaborer avec les pays qui sont juste à l'extérieur de ses... frontières.

Initiée par Javier Solana, Chris Patten et Romano Prodi à partir de l'été 2002, la Politique européenne de voisinage se trouve tout naturellement au cœur de cet ouvrage en ce qu'elle doit désormais être considérée, ainsi que l'indique le Pr. Lannon dans son introduction, « comme une sorte de cadre général pour un nombre croissant d'initiatives sous régionales » telles que le Partenariat oriental et l'Union pour la Méditerranée. Cette politique constitue également l'une des premières tentatives de l'Union de développer une « approche géopolitique globale vis-à-vis de la majorité de ses voisins directs », ce qui lui vaut de susciter des questions cruciales: « quelles seront les frontières définitives de l'Union européenne ? » ; la Politique de voisinage vise-t-elle seulement à établir une « zone tampon » ou est-elle à considérer comme « une alternative (temporaire) à l'adhésion pour les voisins européens », voire même comme une « politique globale et évolutive » qui a été conçue pour atteindre les objectifs de stabilité, de sécurité et de prospérité que l'Union s'est assignés, ce notamment « par la création d'une Communauté économique du voisinage » ? Des réponses à ces questions - et à bien d'autres - s'égrènent dans les trois parties du livre. La première de celles-ci est consacrée aux « défis transversaux », à savoir notamment la complexité des différents instruments développés dans le cadre de cette politique, les conséquences du principe de différenciation qui est en son cœur et ce qui est en jeu pour le Marché intérieur avec le projet de Communauté économique plus vaste. La deuxième partie voit d'autres auteurs se focaliser sur les défis propres à la rive sud de la Méditerranée et au Proche-Orient, qu'il s'agisse, entre autres, d'une Union pour la Méditerranée mal née, de la dynamique supranationale à insuffler au Partenariat euro-méditerranéen ou du rôle à jouer dans ces régions par la Politique de sécurité et de défense commune. La troisième partie voit d'autres auteurs procéder à une analyse du même type pour ce qui est des défis spécifiques aux voisinages de l'Est et, plus largement, eurasiatique.

Il va de soi qu'un ouvrage de cette nature est trop riche pour être présenté fidèlement en quelques paragraphes. A elles seules, les conclusions générales que tirent Erwan Lannon, Sieglinde Gstöhl et Peter Van Elsuwege le sont aussi, sans même parler des riches annexes, bibliographie et index qui ponctuent l'ouvrage. Aussi l'auteur de ces lignes se bornera-t-il à relever de manière arbitraire quelques-uns des enseignements tirés en ce qui concerne, choix tout aussi arbitraire, la seule région méditerranéenne. Comme en réponse aux nouveaux chantres des frontières de et dans l'Union européenne, nos scientifiques rappellent, par exemple, qu'ils n'innovent en rien si ce n'est qu'ils le revendiquent désormais ouvertement, tant il est vrai que « la peur de l'islamisme et la pression migratoire combinés avec les intérêts spécifiques de certains États membres ou de puissances méditerranéennes extérieures » ont conduit, dans le chef de l'Union, « à la promotion d'intérêts stratégiques par rapport aux valeurs chéries ». Dans la même veine, ils accusent l'Union pour la Méditerranée, « initiative purement intergouvernementale » d'avoir carrément « contribué aux tensions dans les relations euro-méditerranéennes » et, partant, d'avoir « paralysé la dimension multilatérale méridionale » de la Politique européenne de voisinage. Enfin, ils observent que l'Union européenne aura sans doute beaucoup de mal à développer une Communauté économique du voisinage sur le modèle de l'Espace économique européen sans revenir un tant soit peu sur le concept du « tout sauf les institutions », c'est-à-dire sans trouver une manière d'associer à la prise de décision des pays n'ayant pas vocation à devenir un jour membre du club des Vingt-sept. C'est d'autant plus vrai que la Politique de voisinage est basée sur le postulat que « le modèle européen de démocratie, d'économie de marché et d'intégration régionale peut et doit être exporté à l'extérieur » de ses frontières. Sans doute, mais voilà, « en termes de légitimité, (…) une telle conditionnalité semble plus justifiable dans le processus d'adhésion que dans la politique de voisinage ». Des scientifiques qui, en somme, seront considérés par d'aucuns comme franchissant les frontières de la bienséance politique…

Michel Theys

*** JOSEF SCHRÖLF, BAHRAM M. RAJAEE, DIETER MUHR (sous la dir. de): Hybrid and Cyber War as Consequences of the Asymmetry. A Comprehensive Approach Answering Hybrid Actors and Activities in Cyberspace. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2011, 315 p., 44,70 €. ISBN 978-3-631-60285-0.

Dans ce livre, des militaires hauts gradés, des experts civils et des chercheurs universitaires unissent leurs savoirs pour cerner les multiples implications du changement de nature du concept de guerre qui s'opère sous nos yeux. L'émergence de nouveaux belligérants hybrides - tels Al Qaeda - et de la cyber-guerre reflètent ce changement de nature, eux qui s'affranchissent des frontières nationales aussi bien que des classes sociales et économiques ou des idéologies politiques. Dans ce contexte tout neuf, il n'y a plus d'ennemis clairement définis, pas plus qu'il n'y a d'alliés absolument fiables. Afin de trouver la parade à ces menaces asymétriques dont différentes réalités - et la complexité qui en découle - sont mises en lumière, les auteurs explorent les modalités et les potentialités d'une « approche globale » qui doit guider l'action des responsables militaires comme politiques. Ainsi que l'écrit le lieutenant général David Leakey dans son avant-propos, cet ouvrage ne s'adresse pas seulement aux militaires, devant être « compris par les civils aussi ». Toutefois, il s'adresse évidemment avant tout à des spécialistes des questions militaires et de sécurité.

(PBo)

*** LAETITIA SPETSCHINSKY: Russie-EU. La naissance d'un partenariat stratégique. Les transformations de la politique étrangère russe (1991-2000). Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Géopolitique et résolution des conflits », n° 12. 2011, 317 p., 40 €. ISBN 978-90-5201-788-4.

La recherche à la base de cet ouvrage comble le vide qui, jusqu'à présent, séparait les études sur la politique de l'Union soviétique de Gorbatchev à l'égard de l'Europe communautaire et celles qui abondent à partir de 2000 sur le partenariat stratégique noué entre l'Union européenne et la Russie. Docteur en sciences politiques enseignant à l'Université catholique de Louvain, Laetitia Spetschinsky met en lumière, dans une première partie, les contours théoriques et empiriques de la transition russe, ainsi que de l'influence de celle-ci sur la politique étrangère de Moscou. Dans la seconde partie, elle rend compte de l'évolution de cette dernière à l'égard de l'Union européenne en particulier, montrant notamment que le débat qui anime les élites et la société russes au cours de cette décennie se retrouve tout entier dans la diplomatie de Moscou à l'égard des Communautés et, ensuite, de l'Union. Elle y discerne trois temps: d'abord celui des changements endogènes qui permettent à l'Union soviétique et aux Communautés de surmonter leur ignorance mutuelle pour parvenir à un accord fondateur en décembre 1989, Moscou cherchant ensuite à s'adapter à l'acteur européen en mutation rapide. Ensuite, le temps de la négociation de l'Accord de partenariat et de coopération qui, lors de son entrée en vigueur, voit apparaître en Russie les signes d'une capacité politico-administrative effective sur le dossier communautaire. Enfin, le temps de la maturité naissante à partir de l'été 1998. Un livre éclairant.

(MT)

*** NICK WITNEY: How to stop the demilitarisation of Europe. European Council on Foreign Relations (35 Old Queen street, Londres SW1H 9JA, UK. Courriel: London@ecfr.eu - Internet: http://www.ecfr.eu ). Collection “Policy Brief”, n° 40. 2011, 11 p.. ISBN 978-1-906538-39-2.

Après les discours de Robert Gates et de Léon Panetta en 2010 appelant les Européens à investir davantage dans leur défense, la révision de la stratégie de défense des États-Unis vient une nouvelle fois de confirmer le processus de désengagement progressif des États-Unis et l'importance croissante de l'Asie et du Pacifique pour un pays qui a perdu de sa superbe même s'il demeure la première puissance militaire de la planète. Ce nouveau contexte mondial devrait amener les Européens à s'interroger sur leur place dans le monde, leurs intérêts et leur rôle. Mais l'Europe telle que nous la connaissons reste inachevée, incertaine, sans volonté de puissance, sans esprit de défense. Dans ce 21ème siècle naissant, elle apparaît inhibée par une crise économique et budgétaire qui l'affaiblit, un manque de solidarité interne qui la mine en affaiblissant son modèle social et la fragilise aux yeux du monde et une démilitarisation rampante qui reflète une impression de sécurité acquise et un inquiétant repli sur soi. « Les Américains, même les plus aimables et ouverts comme Gates, voient l'Europe essentiellement comme une société décadente, corrompue par les systèmes nationaux d'aides sociales et toujours prête à profiter de la puissance militaire des États-Unis », constate Nick Witney dans ce Policy Brief dont l'objectif est de proposer des pistes pour stopper la démilitarisation de l'Europe. L'affaiblissement de la défense en Europe s'est accéléré en deux temps, avec la fin de la guerre froide dans les années 90 et, plus récemment, avec la crise économique et financière. Et la tentative de donner à l'Union une politique étrangère et une politique de sécurité commune, malgré des débuts prometteurs et plus de vingt opérations lancées en dix ans, a fait long feu. Pourtant, comme l'écrit l'ancien directeur exécutif de l'agence européenne de défense, que les Européens le veuillent ou non, ils se trouvent « sur le même bateau géostratégique » et n'ont d'autre solution que de procéder à une révision de leur stratégie de défense avant qu'il ne soit trop tard. L'intérêt de ce papier réside d'abord dans l'analyse qu'il propose du pacifisme européen et des incitants à la démilitarisation qui sont inscrits tant dans le concept stratégique de l'Otan que dans la stratégie de sécurité de l'Union. Ces deux documents, nous rappelle Nick Witney, font la part belle à la sécurité énergétique, à la cybersécurité, au changement climatique et aux pandémies, nous laissant accroire que les moyens militaires sont devenus obsolètes face aux menaces du 21ème siècle. Comment dès lors ne pas se résoudre à réduire les capacités militaires ? D'autant que les interventions massives et longues (en Irak ou en Afghanistan) ont montré leurs limites et que la Côte d'Ivoire et la Libye semblent indiquer que des actions chirurgicales et ponctuelles laissant aux belligérants locaux le rôle majeur peuvent réussir. Mais à l'instar de la stratégie de sécurité de 2003, qui n'est qu'un catalogue de menaces, ce discours qui milite pour la poursuite de la démilitarisation repose sur une omission majeure: la notion de puissance. Et Nick Witney de nous rappeler l'importance de l'outil militaire, non seulement pour faire face à une surprise stratégique mais encore en tant que moyen d'influence au service du « soft power » si souvent vanté à Bruxelles et dans certaines capitales nationales. Les Européens, qui sont dans le même bateau d'un point de vue tant budgétaire que géostratégique, n'ont pas d'autre choix que d'avancer vers une défense plus intégrée, conclut l'auteur qui appelle à une révision de la stratégie de sécurité de 2003, mais en vue de se doter cette fois-ci d'une stratégie se concentrant sur la défense et les forces armées. Pour mettre de l'ordre dans la maison Europe, il préconise enfin d'appliquer à la défense la méthode du « semestre européen » mis en place pour introduire de la cohérence entre les procédures budgétaires des pays de la zone euro.

*** BERTRAND DE MONTLUC: A New International Strategic Context for Space Policies. Nova Science Publishers (400 Oser Ave Suite 1600, Hauppauge NY 11788-3619, USA. Tél.: (1-631) b2317269 - fax: 2318175 - Courriel: nova.main@novapublishers.com - Internet: http://www.novapublishers.com ). 2011, 96 p., 49 $. ISBN 978-1-61761-607-5.

Bertrand de Montluc analyse l'évolution de la géopolitique de l'espace en soulignant l'apparition de nouveaux acteurs de plus en plus nombreux (Chine, Inde, les deux Corées, la Malaisie et jusqu'à 27 pays disposant déjà de capacités d'observation satellitaire), là où il y a peu, les États-Unis, la Russie et les pays européens regroupés au sein de l'ESA bénéficiaient d'un quasi-monopole technologique. Alors que certains grands acteurs comme les États-Unis, la Russie, la Chine et l'Inde perçoivent l'espace comme un enjeu stratégique à part entière, y compris dans le domaine de la sécurité et de la défense, l'Europe souffre de son incapacité chronique à identifier ses intérêts et à dépasser les jalousies mesquines qui agitent ses États membres. En 2011, la Commission européenne a finalement accouché aux forceps d'une « stratégie spatiale européenne » en demi-teinte. Si celle-ci mentionne bien les enjeux de sécurité et souligne les efforts qui devraient être réalisés pour combler les lacunes capacitaires, elle hésite toujours à régler le problème de gouvernance que connaît l'Union. Pour en prendre la mesure, il suffit d'observer les retards dont souffre le programme européen de radionavigation par satellite Galileo, les incertitudes qui pèsent sur le financement des prochaines étapes du programme d'observation GMES et l'agonie du projet MUSIS d'observation spatiale militaire. Alors que la concurrence internationale s'intensifie, l'Europe rechigne à investir dans l'espace, au risque de perdre ses compétences technologiques.

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