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Bulletin Quotidien Europe N° 10609
INSTITUTIONNEL / (ae) france

L'élection de M. Hollande relance le débat sur la croissance

Bruxelles, 07/05/2012 (Agence Europe) - L'élection du socialiste François Hollande à la présidence de la République française marque une nouvelle donne sur l'échiquier politique au sein du Conseil européen, avec le retour aux affaires des sociaux-démocrates dans un grand État membre et la disparition d'un proche allié de la chancelière allemande Angela Merkel. Dans leurs réactions aux élections en France et en Grèce (voir autre nouvelle) rendues publiques dimanche 6 et lundi 7 mai, les leaders européens amorcent le débat à venir d'ici au sommet européen de fin juin sur les mesures susceptibles de stimuler la croissance et qui s'ajouteront à celles renforçant la discipline inscrites dans le Pacte budgétaire que l'Allemagne refuse de renégocier.

La sociale-démocrate danoise Helle Thorning-Schmidt, qui assure la présidence tournante du Conseil de l'UE, envisage une coopération « bénéfique et rapprochée » avec M. Hollande. Les deux sujets - création d'emploi et croissance - sont « au cœur » des priorités de la présidence danoise, a-t-elle assuré. Sobre, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a adressé, via Twitter, ses « vives félicitations » au socialiste français. M. Hollande sera accueilli « à bras ouvert » en Allemagne, a assuré la chancelière allemande Angela Merkel alors que son porte-parole avait plus tôt exclu toute renégociation du pacte budgétaire et toute initiative de croissance par les déficits, rapporte l'AFP. Le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a vu d'un bon œil que M. Hollande exprime « la nécessité de consolider les finances publiques, de réduire le déficit, de réduire la dette publique » et appelle à « l'Europe de la croissance », rapporte le site LeQuotidien.lu. Dans un communiqué, le Premier ministre italien Mario Monti a souhaité « collaborer étroitement » avec le nouveau président français « aux fins d'une union (européenne) toujours plus efficace et orientée vers la croissance ». Selon lui, « les résultats des élections en France et en Grèce imposent une réflexion sur la politique européenne »: la discipline budgétaire demeurera « un élément essentiel de l'UEM » mais elle est insuffisante pour atteindre l'objectif clé que représente « une croissance durable, créatrice d'emplois et orientée vers la justice sociale ». Pour cette raison, « il est fondamental que l'Europe adopte de façon urgente des politiques concrètes pour la croissance », a-t-il ajouté.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a « chaleureusement » félicité M. Hollande de « cette importante victoire », dans un communiqué. « Les défis à relever sont nombreux, pour la France comme pour l'Union européenne. Je suis convaincu qu'ensemble nous avons la capacité d'y faire face », a-t-il ajouté, satisfait qu'« une large majorité » de Français soutienne la construction européenne. Selon M. Barroso, la France et la Commission partagent « un objectif commun: relancer l'économie européenne pour générer une croissance durable, reposant sur des bases saines et source de nouveaux emplois ». Cela passe par des investissements dans les grands réseaux d'infrastructure, une mobilisation accrue de la Banque européenne d'investissement et des fonds disponibles dans le budget européen, « tout en maintenant le cap de la consolidation budgétaire et de réduction de la dette ». Le président de la Commission a noté d'« autres convergences », notamment dans le soutien du socialiste français à « une taxe sur les transactions financières » et à « des euro-obligations pour la croissance ». Sans oublier de rendre hommage au président sortant Nicolas Sarkozy avec qui « de grandes choses » ont été accomplies (gestion des tensions en Géorgie, sommets du G20, adoption du paquet climat/énergie, mise sur pied d'une nouvelle gouvernance économique européenne).

« Nous allons beaucoup parler de croissance, heureusement », s'est félicité Michel Barnier. Estimant impossible la relance par la dépense, le commissaire chargé du Marché intérieur a décliné les mesures qui pourraient intégrer « un agenda de la croissance »: - « l'assainissement des finances publiques » ; - la réglementation financière afin de remettre les marchés financiers au service de l'économie réelle ; - l'adoption de « mesures structurelles » (brevet européen, marché du capital risque) ; - actionner des leviers pour la relance tels que « la BEI » pour financer de grands projets d'infrastructure, notamment par le biais des « project bonds », ou « les fonds structurels » qui doivent être mieux utilisés. Lapidaire, la commissaire européenne chargée de la Justice Viviane Reding a salué via Twitter « une France de la justice, enfin ! ».

Le ton est plutôt optimiste du côté du Parlement européen. « Maintenant, il est temps de changer de direction en Europe », a déclaré son président Martin Schulz. « Au-delà de la consolidation budgétaire, qui est nécessaire, l'UE est désormais prête à mener une politique de croissance, ce que le PE appelle de ses vœux depuis longtemps », a ajouté le social-démocrate allemand. Le changement qui s'amorce permettra de « combattre le nationalisme et le populisme », a estimé le président du groupe S&D, l'Autrichien Hannes Swoboda (voir notre interview dans EUROPE n°10608). Au nom du Parti socialiste européen, le Bulgare Sergei Stanishev s'est réjoui de l'élection d'un socialiste à la présidence de la France qui marque « une opportunité pour les Européens ». « C'est aussi un rejet profond de la folie 'Merkozy' qui a asphyxié la croissance économique en Europe ces deux dernières années », a-t-il estimé. Selon lui, M. Hollande a « le leadership » pour mettre en œuvre un nouvel agenda axé sur la croissance et donner à l'Europe une nouvelle impulsion, davantage basée sur « la justice et la solidarité ». Les leaders sociaux-démocrates européens se réuniront en marge du Conseil européen de fin juin.

Prenant acte de l'élection de M. Hollande, le président du groupe PPE, le Français Joseph Daul, a souhaité que « la France continue de respecter ses engagements européens, notamment sur le Pacte de solidarité budgétaire ». M. Hollande n'a pas remis en cause le retour du déficit français (5,2% en 2011) sous la barre des 3% en 2013, mais il préconise l'équilibre budgétaire en 2017 et non pas 2016 comme M. Sarkozy. Selon M. Daul, « l'indispensable politique de croissance qui doit être menée, aux côtés de la politique de saine gestion des finances publiques, ne doit pas entraîner des dépenses additionnelles », car l'Europe n'en a « plus les moyens ». La seule politique « viable » de croissance doit reposer sur « l'achèvement du marché intérieur européen » afin de « renforcer la compétitivité de l'économie européenne dans la mondialisation ».

Au nom du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt s'attend à « un renforcement positif de la politique européenne » car « la France, pays fondateur, pèse en effet d'un poids particulier au sein de l'UE ». Avec M. Hollande, « plus question de remettre en cause l'Espace Schengen » et « de nouvelles perspectives (s'ouvrent) pour la gouvernance économique de l'Eurozone ». Selon l'ancien Premier ministre belge, le nouveau président français a « tort » de contester le Pacte budgétaire mais il a « raison » de vouloir compléter ce traité par un volet de croissance. Et de regretter que M. Hollande ne se soit pas encore clairement prononcé sur la question de la mutualisation partielle des dettes publiques avec « la création d'euro-obligations ».

Le groupe Verts/ALE est d'avis que l'Europe a besoin d'un changement de cap. « Les élections en France et en Grèce sont la preuve que les gens veulent un changement d'orientation de la politique européenne », a déclaré l'Allemand Daniel Cohn-Bendit, jugeant la tâche « considérable ». Selon lui, « une majorité de Français souhaitent une politique de relance économique, et non une politique qui se cantonne à des mesures d'austérité », tandis que, en Grèce, « les réponses apportées à la crise ne sont pas sans répercussions sur les résultats avec une montée des extrêmes, preuve que celles-ci doivent être réorientées de manière substantielle ». Rejetant les solutions du couple Merkel-Sarkozy qui ont accentué la crise et endommagé la cohésion au sein de l'UE, l'Allemande Rebecca Harms a promis que son groupe se battrait pour « un pacte de croissance qui placera le développement durable au centre des préoccupations et qui liera l'objectif de l'emploi à celui du combat contre les changements climatiques ».

« L'Europe nous regarde. (…) Je suis sûr que dans beaucoup de pays européens ça a été un soulagement, un espoir. Et qu'enfin l'austérité ne pouvait plus être une fatalité. C'est la mission qui est désormais la mienne: donner à la construction européenne une dimension de prospérité, de croissance, bref d'avenir », a déclaré M. Hollande après son élection. (MB)

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