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Bulletin Quotidien Europe N° 10609
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Orientations du nouveau président français sur les questions européennes

Les anticipations de François Hollande. Maintenant que le peuple français a choisi, les questions européennes retrouvent leur place. Dans la toute dernière phase de la campagne électorale, aussi bien M. Hollande que M. Sarkozy avaient négligé l'Europe, en lui réservant tout au plus des remarques critiques. L'accent avait été mis sur les questions internes et c'est compréhensible. Mais en fait, François Hollande avait étudié attentivement les dossiers européens et largement défini ses positions ; pour certains aspects, il les avait exprimées à l'avance, afin que les milieux concernés ou intéressés soient en mesure de les connaître ; certaines orientations avaient même été reprises par la presse étrangère. J'avais réuni cette documentation dans le but de soumettre à nos lecteurs une vue d'ensemble au moment où le nouveau président de la République aurait été désigné (j'aurais fait de même si les Français avaient choisi M. Sarkozy).

Je rappelle que M. Hollande avait annoncé dès le 26 avril que, s'il était élu, il aurait transmis à ses partenaires européens un mémorandum indiquant les initiatives à son avis nécessaires pour relancer l'activité économique, en citant notamment: les euro-obligations (eurobonds) ; la mobilisation de la BEI pour le financement des infrastructures ; la réaffectation des fonds structurels non utilisés du budget communautaire ; l'introduction de la taxe sur les transactions financières (voir notre bulletin n° 10604). Ce sont tous des objectifs déjà en discussion à Bruxelles. M. Hollande avait ajouté son intention de fixer à 2017 (au lieu de 2016) l'échéance du retour à l'équilibre budgétaire en France.

Voici une vue d'ensemble sur ce que M. Hollande a ensuite précisé.

a) supplément au Traité européen sur la discipline budgétaire. Selon le Süddeutsche Zeitung, après une série de contacts entre les collaborateurs de M. Hollande et des diplomates allemands, un compromis aurait été envisagé: la France ne demanderait pas une révision du traité en question, mais le Conseil européen serait saisi d'une déclaration, ou d'un texte analogue, sur la croissance économique. Le principe du parallélisme entre la réduction des dettes publiques et la relance économique étant accepté par tous, il resterait à définir le texte à soumettre aux chefs d'État ou de gouvernement fin mai ou début juin. Entretemps, la ratification du Traité « discipline » se poursuit dans les États membres, jusqu'à son entrée en vigueur.

b) système monétaire européen. M. Hollande a déclaré à l'hebdomadaire Nouvel Observateur: « J'estime nécessaire que le Mécanisme européen de stabilité (MES) puisse bénéficier de la garantie de la Banque centrale européenne (BCE). Ses moyens seraient ainsi quasi illimités et il pourrait octroyer des prêts à taux bas sans que soit remis en question le tabou interdisant à la BCE de prêter directement aux États. On le voit, des solutions existent. Elles sont de bon sens. »

c) banques: financement de l'économie et activité spéculative. Interrogé sur la séparation pour les banques entre les activités spéculatives et les activités qui financent l'économie, M. Hollande a répondu: « La réforme que je propose ne vise pas à affaiblir le système bancaire, mais à le renforcer. J'entends remettre la finance au service de l'économie réelle et de l'innovation. Ce sera le sens de la réforme bancaire. Les entreprises peuvent trouver un intérêt à une meilleure affectation de l'épargne des Français vers l'investissement. » (Il est connu que cette séparation est rejetée par le Royaume-Uni et par les banques concernées).

d) rémunérations. M. Hollande a déclaré: « J'ai été scandalisé d'apprendre que des dirigeants s'étaient octroyé en 2010 des rémunérations allant jusqu'à 5 millions d'euros par an. En pleine crise, cela n'est pas acceptable, d'autant plus que ce sont souvent les mêmes qui exigent de leurs employés une modération salariale ». M. Hollande avait rappelé qu'il aurait par ailleurs réduit de 30% le traitement du chef de l'État et introduit une limite (de 1 à 20) des écarts de rémunération dans le secteur public.

Révision radicale des relations avec les pays méditerranéens. À ma connaissance, M. Hollande ne s'est pas exprimé personnellement à cet égard. Toutefois, Elisabeth Guigou, qui serait chargée des relations avec les pays méditerranéens, a anticipé la semaine dernière sa vision du renouvellement des relations euro-méditerranéennes (voir notre bulletin n° 10607). La révision serait radicale. L'Union pour la Méditerranée (UpM) a été définie par Mme Guigou comme étant une erreur dès le départ. L'impasse est totale, a-t-elle ajouté. Elle a indiqué des orientations radicalement différentes, élargissant le dialogue euro-méditerranéen à l'ensemble africain, dans le respect des droits et de la souveraineté de chaque peuple. Ce sont des orientations assez vagues, qui doivent être précisées et clarifiées.

(FR)

 

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