Bruxelles, 18/04/2012 (Agence Europe) - Les principaux groupes politiques du Parlement européen ont réclamé une stratégie européenne en faveur de la croissance axée sur l'investissement afin de contrebalancer les effets négatifs de la consolidation budgétaire, celle-ci n'étant pas remise en cause, mercredi 18 avril lors d'un énième débat en plénière sur la crise de la dette souveraine. Les libéraux appellent à une mutualisation partielle des dettes publiques des pays de l'Eurozone.
« Il faut créer les conditions d'une croissance durable », a martelé le président du groupe PPE, le Français Joseph Daul. Selon lui, il convient de « réaliser un audit qualitatif des dépenses publiques européennes ». Sur cette base, le prochain cadre financier pluriannuel doit devenir « un instrument clé de la relance », une « réserve » en faveur de l'investissement. M. Daul a estimé que les initiatives qui seront prises et financées au niveau européen devront faire la preuve des bénéfices qu'elles apportent en termes de croissance, un peu à la manière du test de subsidiarité prodigué pour déterminer l'échelon administratif optimal pour mener une action spécifique. « Nous voulons une véritable stratégie de croissance », a réclamé Hannes Swoboda (S&D, autrichien). C'est ce que François Hollande, le candidat socialiste à l'élection présidentielle française, et la directrice générale du FMI Christine Lagarde demandent aux Européens. Réagissant au paquet 'Emploi' dévoilé le jour même (voir autre nouvelle), il a dénoncé l'attitude de la Commission dans ce domaine, l'accusant de vouloir « toujours moins de sécurité et toujours plus de flexibilité ». Et de prévenir que l'Europe fera face à « un Titanic économique et social » si elle ne relève pas le défi du chômage chez les jeunes.
Au nom des libéraux, le Belge Guy Verhofstadt a estimé que la crise était loin d'être terminée, le regain de tension sur les marchés des dettes espagnole et italienne constituant une véritable piqûre de rappel. Il a prôné une double approche: - le lancement d'un « plan global » pour la croissance mobilisant la BEI, l'argent inutilisé du budget communautaire, les 'project bonds' dès que ceux-ci verront le jour ; - « la mutualisation partielle des dettes » des pays de la zone euro à travers un fonds de rédemption de « 2300 milliards d'euros ». Imaginée par des économistes allemands, la création d'un tel fonds permettrait de mutualiser sur 20 ou 25 ans la dette excessive (supérieure à 60 % du PIB) de tous les pays de l'Eurozone (EUROPE n°10528). Avec ce fonds, ce seraient les détenteurs de titres de dette souveraine et « pas les contribuables » qui mettraient la main à la poche alors que, pour le moment, ce sont bien les contribuables, a souligné M. Verhofstadt.
La présidente du groupe Verts/ALE, l'Allemande Rebecca Harms, a estimé que « la politique fanatique d'austérité » ne passe plus dans les États membres. Selon elle, la hausse à 700 milliards d'euros du pare-feu anticrise qu'a décidée l'Eurogroupe demeure insuffisante et, selon elle, le Mécanisme européen de stabilité, qui entrera en vigueur en juillet prochain, devrait obtenir « une licence bancaire » afin d'avoir accès aux liquidités de la BCE. La politique monétaire de cette dernière, qui a permis de préserver l'euro avec ses injections massives de liquidités, devrait d'ailleurs faire l'objet de discussions « entre quatre yeux », a-t-elle aussi considéré. Pour le groupe GUE/NGL, l'Allemande Gabriele Zimmer a critiqué ceux qui portent aux nues la stabilité de la monnaie unique sans se préoccuper de la vie des gens. Les politiques d'austérité imposées à la population ne servent à rien, elles augmentent même le poids de la dette, a-t-elle estimé. Et de lancer aux représentants de la Commission européenne: « Le modèle social européen n'est pas mort ? Allez voir dans les pays sous programme. (…) Où sont vos objectifs de réduction de pauvreté de 'EUROPE 2020' définis avant crise ? On n'en parle plus. (…) Présentez un programme concret ».
Les Eurosceptiques n'ont pas manqué de railler l'incapacité des Européens à sortir de la crise. Voici notre recette, a indiqué Martin Callanan (CRE, britannique): soit l'Allemagne et les pays du Nord acceptent d'effectuer d'énormes transferts financiers du Nord vers le Sud, soit la Grèce doit être autorisée à quitter la zone euro pour faire défaut et dévaluer sa monnaie. Taux d'intérêt sur la dette et chômage de masse en Espagne, incapacité du Premier ministre Mario Monti à résoudre les problèmes de l'Italie: « L'euro est voué à l'échec », reste à savoir quand, a ironisé son compatriote du groupe ELD Nigel Farage. Quant à Bruno Gollnish (NI, français), il a estimé que la crise était le résultat d'un libre-échange effréné responsable de la « désindustrialisation » de l'Europe et du « socialisme rampant » caractérisé par une « inflation des dépenses publiques » dont se sont même rendus coupables des « régimes prétendument libéraux ».
Le président de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso a réitéré la nécessité pour l'Europe de « combiner » consolidation budgétaire et réformes structurelles. Il a prôné une politique européenne d'« investissements » par le biais du futur cadre financier pluriannuel, tout en rejetant les stimuli budgétaires, porteurs, selon lui, de croissance fictive. Sur la mutualisation partielle des dettes dans l'Eurozone, le commissaire chargé de l'euro Olli Rehn a évoqué « une proposition » après l'analyse des réponses à la consultation de la Commission. Cette mutualisation des dettes ne sera acceptable aux yeux de certains pays que si elle s'accompagne de prudence et de durabilité budgétaires, a-t-il prévenu. (MB)