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Bulletin Quotidien Europe N° 10597
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La transformation de l'Union pour la Méditerranée représente un élément positif pour la relance des relations de l'UE avec les autres pays riverains

Après des années de bavardages… Après des années de bavardages et de pertes de temps et d'argent, l'Union pour la Méditerranée (UpM) semble enfin orientée dans un sens raisonnable. Je ne me réfère pas aux relations de l'UE avec les différents pays méditerranéens, relations qui ont toujours survécu parmi les péripéties bien connues, en traversant des moments parfois enthousiasmants et parfois dramatiques, et qui se poursuivent avec plus ou moins de résultats. Je me réfère cette fois de façon spécifique à cette UpM qui n'a jamais vraiment existé, parce que face à l'UE il y avait un ensemble d'États disparates, sans liens entre eux: Albanie et Monténégro avec les pays du Maghreb, Turquie (qui n'avait au départ aucune envie de faire partie du groupe) avec Monaco ou Mauritanie avec Slovénie. Les institutions n'étaient qu'une façade pour quelques personnalités ambitieuses, les sessions solennelles des cérémonies vides. Qu'est-ce qui change aujourd'hui ? L'arrivée à Barcelone, siège de l'UpM, d'un secrétaire général aux idées claires et avec des envies concrètes: M. Fathallah Sijilmassi, marocain, déjà ambassadeur à Bruxelles et qui connaît donc par expérience directe les problèmes des relations entre l'UE et la rive sud de la Méditerranée.

Un programme concret. Le secrétaire général a indiqué à notre collaborateur Fathi B'Chir ses intentions et son programme (voir notre bulletin 10595), d'où il résulte qu'il entend essentiellement: a) établir une distinction entre la Méditerranée occidentale et orientale, qui n'ont pas les mêmes problèmes ni les mêmes objectifs, « en focalisant l'activité sur le sous-régional » ; b) concentrer les efforts sur « les projets concrets et la recherche de leur financement ». Les pays participant aux projets retenus ne constitueront pas une liste figée, ils pourront varier selon les intérêts réels de chacun pour tel ou tel projet ; c) l'interlocuteur normal du secrétaire général sera la Commission européenne (qui copréside l'UpM du côté de l'UE) ; la BEI (Banque européenne d'investissement) a déjà une représentation stable auprès du secrétariat général à Barcelone, la BERD l'aura prochainement.

Si j'ai bien compris, l'époque des grands discours rhétoriques et des déclarations de principe sur l'histoire commune et le mélange des civilisations est terminée, et le terme Union (qui pour l'UE a quand même une certaine signification) subsiste pour l'apparence, alors que le contenu sera concret.

Les difficultés restent. Il est évident que l'UpM new-look ne modifiera pas les relations entre l'UE et les pays de la rive sud qui ont reconquis leur liberté grâce aux « printemps arabes », avec les répercussions connues sur les États voisins de la région. Ne soyons pas ingénus: les difficultés dans et entre ces pays subsistent. Elles résultent de plusieurs facteurs tels que: choix de plusieurs peuples en faveur des mouvements musulmans (parfois modérés, parfois fanatiques) ; danger de séparation interne en Libye ; problèmes très sérieux en Égypte ; volonté d'autonomie de l'Algérie pour les négociations avec l'UE dans le domaine énergétique. Sans oublier les difficultés croissantes concernant les relations entre les pays arabes et Israël (qui fait partie aussi de l'UpM, on le sait, ainsi que la Syrie d'ailleurs, qui s'est pour le moment auto-suspendue).

S'y ajoute la tendance des pays de l'UpM à constituer entre eux de petits sous-groupes visant des coopérations spécifiques, Il en existe plusieurs. Notre bulletin a rendu compte il y a quelques jours de la conférence ministérielle du « 5 + 5 » qui réunit cinq pays de l'UE - France, Italie, Espagne, Portugal et Malte - aux cinq membres de l'Union du Maghreb arabe: Algérie, Tunisie, Maroc, Libye et Mauritanie. Les participants ont exprimé l'intention de relancer et d'institutionnaliser leur groupe, en faisant valoir, entre autres, « l'échec de l'UpM marqué par sa quasi- suspension depuis fin 2008 » (voir notre bulletin n° 10558).

Le « 5+5 » n'est qu'un exemple des tentatives visant à concrétiser la coopération entre l'UE et certains pays méditerranéens. En ce moment, c'est l'Égypte qui suscite le plus de soucis, car c'est un grand pays ou en particulier le conflit entre la société civile et l'armée soulève des incertitudes et des dangers sur lesquels cette rubrique entend revenir pour évoquer des aspects qui sont généralement négligés.

Un exemple. Dans le contexte dont nous venons d'indiquer quelques éléments, la transformation de l'Union pour la Méditerranée représente un élément positif, susceptible de contribuer à la relance des relations entre l'UE et les autres pays riverains. Cette transformation ne peut pas constituer un remède magique aux insuffisances résultant de la rhétorique vide du passé. Mais elle attribue enfin des objectifs raisonnables à un organisme qui pourrait ainsi devenir utile et donner l'exemple. (FR)

 

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