*** BEN WELLINGS: English Nationalism and Euroscepticism. Losing the Peace. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « British Identities Since 1707 », n° 1. 2012, 285 p., 41,10 €. ISBN 978-3-0343-0204-3.
Dans l'un de ses récents Au-delà de l'information (bulletin n° 10548 du 8 février dernier), Ferdinando Riccardi citait le fédéraliste français Jean-Guy Giraud pour qui il ne faut pas confondre la position historique d'un pays avec celle de ses dirigeants occasionnels, « sauf peut-être dans le cas du Royaume-Uni »… Ce remarquable ouvrage d'un scientifique australien tend à confirmer que ce doute est de bon aloi, tant il confirme que le Royaume-Uni - et, en tout état de cause, sa composante anglaise - est définitivement un cas à part sur la scène européenne !
Après des études qui l'ont notamment mené dans les Universités du Sussex, de Nantes et d'Édimbourg, Ben Wellings anime aujourd'hui les études européennes à l'Université nationale australienne de Canberra. A travers ce parcours et la proximité naturelle avec le Royaume-Uni que lui confère son statut de citoyen d'un pays membre du Commonwealth, il disposait des armes idéales pour ausculter la société britannique sans être suspect de partialité. Son diagnostic global est édifiant ! En sept chapitres éclairants, il montre comment s'est développé un « nationalisme anglais (…) populiste, conservateur et opposé à l'intégration européenne ». Il commence par tordre le cou à l'idée qu'il n'y aurait pas de nationalisme anglais parce que personne ne se comporte, dans le monde politique anglais, à l'instar des nationalistes écossais qui réclament leur indépendance avec persévérance. Après tout, ce nationalisme anglais a longtemps pu vivre caché, tant il est vrai que Londres et les Anglais s'avéraient dominants dans le Royaume-Uni comme dans l'Empire. Mais voilà, trois éléments se sont conjugués pour le contraindre à se dévoiler, tous étant liés à l'Europe. Le premier, ce sont les demandes d'adhésion à la Communauté économique européenne dans les années 60 qui « ont occasionné une rupture profonde avec le Commonwealth », ravalant celui-ci à un statut de second ordre et privant les Anglais de leurs derniers atours impériaux. D'autre part, les débats autour des demandes d'adhésion relancèrent ceux liés à la souveraineté britannique et aux prérogatives de Westminster. Le paradoxe veut que ce soit afin de « sauver la souveraineté du Parlement » que des apprentis sorciers tels qu'Enoch Powell décidèrent, dès le milieu des années 70, d'avoir « recours à la souveraineté populaire », en clair au référendum, accréditant ainsi l'impression que l'avenir de la Grande-Bretagne était ni plus ni moins en jeu face à une menace nommée Europe et que, dès lors, « seul le Peuple » pouvait trancher. « Ce fut un fondement essentiel du nationalisme anglais contemporain car il a consacré le ton populiste des débats sur l'intégration européenne », observe l'auteur sans prendre le risque de se voir démenti de ce côté-ci de la Manche. Enfin, le troisième élément est l'arrivée au pouvoir de Maggy Thatcher et de ses idées ultralibérales qui entrèrent en collision, dans les années 80, avec la vision d'une « Europe sociale » dont le président Jacques Delors s'était fait le héraut et avec la marche apparemment inexorable vers une « union toujours plus étroite ». S'y ajoutent, sur un plan interne, les déclarations d'amour à l'Europe des nationalistes écossais et gallois, et vous obtenez une coupe pleine d'amertume qui incitera les nationalistes anglais à se dévoiler par le biais de leur aversion profonde envers l'Union européenne.
Ce sont autant d'éléments qui ont, au fil du temps, effectivement amené de plus en plus de responsables politiques et de citoyens anglais à considérer que, décidément, la Grande-Bretagne était « en Europe, mais pas de celle-ci », ce sentiment s'ancrant en outre dans une lecture de l'histoire fort différente de celle qui a cours sur le continent. Chez la plupart des continentaux, la Seconde Guerre mondiale a été enregistrée comme une dramatique catastrophe imputable aux pulsions nationalistes et par le sentiment qu'une « Europe unie avait en quelque sorte transcendé le conflit lui-même ». Rien de tel de l'autre côté de la Manche où « la période d'après-guerre a été vue comme une période de victoire et de déclin ». En clair, assène Ben Wellings en justifiant la réserve de Jean-Guy Giraud citée plus haut, pour beaucoup d'Anglais, « l'intégration européenne est devenue un symbole de déclin national et de souveraineté diminuée, et a produit un nationalisme alimenté par le ressentiment le moment venu ». Un tel diagnostic aurait-il pu être posé par un scientifique de l'un des pays partenaires du Royaume-Uni sans être décrié aussitôt en Angleterre ? Sans doute pas. A ce titre, Ben Wellings doit être mille fois remercié pour avoir scientifiquement appelé un chat un chat ! Et l'on ne saurait trop conseiller la lecture de son ouvrage à ceux qui auront, dans les prochains mois, à gérer les relations avec un partenaire qui se veut le… meilleur ennemi de l'Union. Et à en tirer les conséquences !
Michel Theys
*** JORIS GIJSENBERGH, SASKIA HOLLANDER, TIM HOUWEN, WIM DE JONG (sous la dir. de): Creative Crises of Democracy. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Philosophy & Politics", n° 23. 2012, 444 p., 48,50 €. ISBN 978-90-5201-797-6.
Réunissant pas moins de vingt historiens, philosophes et politologues néerlandais, britanniques, autrichiens et suédois, ce livre est une invitation à cesser d'appréhender les crises que la démocratie rencontre épisodiquement depuis son invention dans la Grèce antique sous un jour négatif. Lors des crises démocratiques survenues au cours des XXème et XXIème siècles, quels moments et espaces de créativité sont-ils apparus pour, in fine, surmonter ces moments délicats ? Comment la démocratie s'adapte-t-elle en période de crise ? Comment la notion de crise démocratique affecte-t-elle la réalité politique, et vice et versa ? Telles sont les questions qui structurent l'ouvrage. Après avoir montré que la crise était une « caractéristique inhérente de la démocratie », les auteurs décryptent l'usage politique qui est fait par certains, notamment les populistes, des « discours de crise » réelle ou alléguée, avant d'étudier différents exemples de « créativité démocratique » puisés dans l'histoire récente de la Suède, des Pays-Bas et de la Belgique, ainsi qu'à travers le phénomène des marches politiques qu'on appellerait plutôt aujourd'hui citoyennes. La dernière partie est, elle, consacrée à la créativité qui s'exprime dans la crise actuelle. Peter Bal (Université Radboud de Nimègue) y étudie ainsi les conséquences de la mondialisation pour la sphère publique démocratique en termes de légitimité et d'efficacité, tandis que Stijn van Kessel (Université du Sussex) montre, exemples néerlandais et polonais à l'appui, que les formes et les perceptions du populisme varient largement selon que l'on soit dans un vieux ou un nouvel État membre de l'Union européenne. De leur côté, Saskia Hollander et Monique Leyenaar, toutes deux de l'Université Radboud de Nimègue, démontrent qu'il n'existe en aucun cas une tendance à l'échelle européenne de recourir à des formes de démocratie directe, ce même s'il est beaucoup question de référendum dans les débats politiques et sociétaux. Enfin, David Hugh-Jones (Université d'Essex) s'emploie à sonder les motivations des élus politiques lorsqu'ils institutionnalisent des formes de démocratie directe - comme, par exemple, l'Initiative citoyenne européenne - qui, en principe, pourraient ou devraient jouent en leur défaveur. (PBo)
*** TAUEL HARPER: Democracy in the Age of New Media. The Politics of the Spectacle. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2011, 179 p., 22,55 €. ISBN 978-1-4331-0910-2.
Prolongement d'une thèse de doctorat, ce livre se penche sur les dérives démocratiques dont Silvio Berlusconi a été l'incarnation symbolique la plus aboutie jusqu'à présent. Aujourd'hui maître de conférences en études de la communication à l'Université d'Australie occidentale, l'auteur commence par présenter les théories utilisées pour comprendre et dénoncer les dérives d'une démocratie contemporaine incapable de faire son devoir qui est de préserver la souveraineté des individus, passant de Hannah Arendt à Jurgen Habermas. Dans la deuxième partie, Tauel Harper montre comment les changements intervenus dans l'espace public et les formes de communications engendrées par l'avènement du digital ont forgé un nouveau type d'individu - « l'homo spectaculum »… - et, partant, à une nouvelle forme d'engagement public, nos contemporains étant devenus eux-mêmes des acteurs du spectacle. L'auteur s'emploie ainsi à montrer que « ce qui est supposé être public à l'âge du spectacle est en fait actuellement du privé exploité comme espace public ». Intitulée « ®évolution spectaculaire », la dernière partie du livre voit l'auteur décrire la façon dont homo spectaculum interagit avec la démocratie représentative et en présenter quelques conséquences possibles. Il souligne ainsi la parfaite incompatibilité entre la pouvoir expressif du citoyen contemporain et le système politique fondé sur ce type de démocratie, cette incompatibilité se lisant par exemple, selon lui, dans des « crises systémiques telles que le terrorisme et l'effondrement économique ». Il trace enfin des pistes afin que le pire soit évité. (MT)
*** ANA MAR FERNÁNDEZ PASARÍN, MICHEL MANGENOT (sous la dir. de): Présider l'Union européenne. Présidence(s) du Conseil et système de gouvernement. L'Harmattan (5-7 rue de l'École-Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467914 - fax: 43298620 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). Collection "Politique européenne", n ° 35. 2011, 216 p., 22 €. Abonnement: 36,50 € (France), 41,20 € (étranger). ISBN 978-2-296-56794-8.
Ce numéro d'une revue élaborée dans le contexte du Centre d'études européenne de Sciences Po et pilotée par un comité de lecture scientifique est tout entier consacré aux présidences du Conseil, que celui-ci soit « de ministres », son appellation dans le cadre de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (les rédacteurs du Traité de Paris ayant ainsi voulu, explique Michel Mangenot, éviter une appellation « trop nationale, trop étatique »), « des ministres » depuis les Traités de Rome, ou encore « européen », lorsqu'il est question du cénacle des chefs d'État et de gouvernement. Dans la contribution qui ouvre la publication et qu'il a titrée « sociologie d'une institution de l'Union européenne », Michel Mangenot, maître de conférences de science politique à l'Université de Strasbourg et membre du Groupe de sociologie politique européenne, appréhende la présidence « comme une institution en tant que telle » et invite à l'envisager « comme système politique ou mode de gouvernement ». Il l'analyse notamment à la lumière du système de rotation (ce qui lui permet de montrer que le succès d'une présidence n'est pas corrélé au poids politique de l'État qui l'exerce, les exemples belge et luxembourgeois étant là pour le démontrer), du temps du pouvoir (l'enjeu est désormais, pour une présidence, d'avoir placé ses pions afin qu'une décision tombe durant son semestre), de l'incarnation du pouvoir, de la délégation de celui-ci et, surtout, de la délégation de la fonction présidentielle, ce « processus de scissiparité » n'ayant cessé de s'accélérer ces dernières années avec les présidences du Conseil européen, du Conseil des Affaires étrangères, des Sommets de la zone euro et de l'Eurogroupe. Sur cette base, il avance et développe sa deuxième idée-force, à savoir que « l'actuel phénomène de démultiplication de la présidence tend à corroborer l'hypothèse de la dénationalisation de la présidence et, par voie de conséquence, de sa communautarisation ». Il montre qu'il revient, dans cette optique, au Secrétariat général du Conseil, « devenu formellement le principal service du président Herman Van Rompuy », d'assurer la cohérence d'ensemble, ce qui lui vaut de se retrouver au nouveau centre de gravité du pouvoir européen. « Reprenant la métaphore chrétienne de la Trinité, si le Conseil européen est le Père, le Conseil de l'Union le Fils, alors le secrétariat général du Conseil est le Saint-Esprit: différent du Père et du Fils et à la fois Amour du Père et du Fils… », conclut joliment Mangenot. Les autres contributions tendent à préciser les contours du mode de gouvernement de l'Union qu'incarnerait la présidence. Par exemple, Ana Mar Fernández Pasarín (Université autonome de Barcelone) explique que la communautarisation progressive de la présidence s'inscrit dans une logique de coopération institutionnelle avec la Commission européenne, tandis que Véronique Charléty (École nationale d'administration) ouvre la boîte aux outils qui permettent de préparer une « bonne » présidence. (MT)
*** LOUIS LE HARDY DE BEAULIEU: L'Union européenne. Introduction à l'étude de l'ordre juridique et des institutions de l'Union. Presses universitaires de Namur (13 Rempart de la Vierge, B-5000 Namur. Tél.: (32-81) 724884 - fax: 724912 - Courriel: pun@fundp.ac.be - Internet: http://www.pun.be ). Collection « Travaux de la Faculté de droit de Namur », n° 22. 2011, 302 p., 25 €. ISBN 978-2-87037-722-2.
Revue et augmentée, la troisième édition de ce livre offre une approche structurée et pédagogique de l'ordre juridique et des institutions de l'Europe communautaire, depuis les origines jusqu'aux points saillants de l'univers institutionnel peaufiné par le Traité de Lisbonne. Le fil rouge de ce travail qui s'avèrera éclairant pour les étudiants est la question de savoir « comment maintenir ce que la construction européenne a donné de meilleur, en tentant de pallier ses faiblesses ». Un thème de très grande actualité !
(PBo)
*** MARIANNE DONY: Droit de l'Union européenne. Éditions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503799 - fax: 6503794 - Courriel: editions@ulb.ac.be - Internet: http://www.editions-universite-bruxelles.be/ ). Collection "UBlire", n° 2. 2012, 792 p., 13,50 €. ISBN 978-2-8004-1517-8.
Cet ouvrage très pédagogique, à la fois clair et synthétique, en est à sa quatrième édition, évidemment revue et augmentée pour tenir compte des dernières évolutions intervenues. Il permet d'appréhender l'essentiel du droit européen, du système institutionnel de l'Union et du système juridictionnel. Professeur à l'Université libre de Bruxelles et présidente de son Institut d'études européennes, Marianne Dony y présente également, de manière scientifiquement très fiable, cela va de soi, les principales politiques de l'Union. (MT)