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Bulletin Quotidien Europe N° 10583
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Europe à plusieurs vitesses, contrôle des dépenses, session parlementaire vide

Pologne ou France, qui a raison ? Les adversaires de l'Europe à deux vitesses existent encore. Face à ce qui apparaît comme une évolution inéluctable (en fait, elle est déjà en cours), la Pologne s'efforce de la combattre et de l'éviter. La semaine dernière, le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a participé à une conférence (organisée à Paris par l'European Council on Foreign Relations) où il a rejeté fermement cette hypothèse, en prenant position pour une UE compacte, tout en formulant un certain nombre de suggestions qui pourraient, à son avis, faciliter la sauvegarde du caractère unitaire de l'UE. Pour lui les États membres devraient réaliser tous ensemble les progrès essentiels de la construction européenne et sauvegarder certaines compétences nationales.

Cette double démarche implique que: 1) un pouvoir fédéral soit progressivement établi, avec un budget conforme aux ambitions (volet militaire compris) ; 2) les compétences représentatives de l'identité d'un pays (éducation, questions de société comme l'interdiction ou pas de l'avortement) resteraient nationales. Pour quelques aspects, l'autonomie que la Pologne réclame paraît dictée surtout par l'intérêt national ; par exemple, dans la politique énergétique, chaque pays choisirait son attitude à l'égard du charbon ou du gaz de schiste… Mais l'attitude de M. Sikorski est essentiellement politique: il rejette une Europe avec un centre et une périphérie ; la Pologne entend être dans le centre, que ce soit au sujet de la monnaie commune (à laquelle elle entend participer aussi tôt que possible) ou pour les autres progrès de l'intégration. Il est intéressant de comparer la position polonaise avec le discours de Nicolas Sarkozy à Strasbourg (voir notre bulletin n° 10581) où il a distingué en revanche trois niveaux d'intégration: a) l'Europe de l'euro, liée par les disciplines qu'on connaît ; b) l'Europe de Schengen, caractérisée par la convergence du droit des étrangers et des politiques migratoires, avec un gouvernement et une présidence stables ; c) l'Europe à 27, destinée à s'élargir. Le président français a réaffirmé sa vision de la politique commerciale (en faveur de la réciprocité rigoureuse entre l'UE et les pays tiers) et le principe d'une autonomie nationale dans la gestion de la zone Schengen.

M. Sarkozy a été peut-être trop tranchant. Mais l'Europe à deux vitesses (ou davantage) semble inéluctable, compte tenu de l'opposition britannique aux progrès de l'intégration et des éventuelles coopérations renforcées entre les pays qui n'entendent pas renoncer à certaines réalisations sur lesquelles l'unanimité apparaît impossible.

Surveiller l'utilisation des financements de l'UE. Un certain nombre de parlementaires européens a réclamé une surveillance plus sévère des Fonds européens versés aux États membres. Jan Mulder a parlé de l'indigence de la gestion actuelle et a demandé que le PE organise un débat annuel, en plénière, sur l'efficacité des projets financés par l'UE, afin que les citoyens soient dûment informés de l'efficacité des programmes, en rappelant que trois États membres (Suède, Royaume-Uni et Pays-Bas) s'étaient opposés, l'année dernière, à l'octroi de la décharge sur les dépenses de 2010.

Méditerranée: session inutile ? La 8ème session de l'Assemblée parlementaire de l'UpM (Union pour la Méditerranée) s'est conclue dimanche dernier à Rabat. Or, les résultats de cette session me paraissent confirmer mes remarques précédentes à l'égard de l'UpM, union théorique. Aucun des problèmes véritables n'a été discuté sérieusement, confirmant que la qualification d'Union ne correspond à rien. La session s'est ouverte par les frictions habituelles autour de la présence d'un représentant de la Knesset, suivies par plusieurs déclarations rhétoriques qui réclament la fin du conflit en Syrie (qui ne fait pas partie de l'UpM), appuient la mission de Kofi Annan ou appellent à une issue juste et définitive du conflit israélo-palestinien. Bien entendu, le texte invite à garantir, partout dans l'UpM, l'État de droit, l'indépendance de la justice, le pluralisme des médias, la lutte contre la corruption et le renforcement de la société civile. S'y ajoute l'appel à la création d'un programme Erasmus euro-méditerranéen et d'un programme Leonardo da Vinci pour la formation professionnelle. Sans oublier l'appui à une banque euro-méditerranéenne d'investissement.

Il reste l'espoir que le bavardage ait été accompagné par des entretiens entre quelques participants, leur permettant d'évoquer l'un ou l'autre des vrais problèmes: coopération énergétique, libre circulation des personnes et des marchandises dans la rive sud, risque d'éclatement de la Libye, volume impressionnant d'armes détenues par des milices qui ne dépendent pas du pouvoir civil, ou la simple ouverture des frontières entre ces pays. Ce jour-là, on pourra parler d'Union pour la Méditerranée.

(FR)

 

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