Bruxelles, 14/02/2012 (Agence Europe) - La conférence des président du Parlement européen a décidé de repousser, pour la troisième fois, le vote en plénière du rapport d'Andrew Duff (ADLE, britannique) sur la réforme électorale du Parlement européen et la création de listes transnationales, initialement prévu cette semaine en plénière. Cette décision « envoie un signal que le Parlement risque de perdre sa voie », a souligné M. Duff, mardi 13 mars.
La décision de repousser le vote serait liée au fait que le Parti populaire européen (PPE), majoritaire dans l'hémicycle, n'aurait pas pu dégager une position unique en son sein. « Le PPE, en particulier, a cessé d'être la force fiable pour une intégration européenne plus profonde, telle qu'elle l'était autrefois », a précisé le rapporteur. Dans une lettre du 13 mars, M. Duff fait part au président du PPE, Joseph Daul, de sa « consternation » quant à la décision de son parti. « Je suis d'autant plus sidéré que la position officielle du PPE au sein de la commission affaires institutionnelles a toujours été une position de soutien franc et massif », a ajouté le rapporteur, rappelant que sans le « soutien inconditionnel » du PPE, son rapport n'aurait pas pu être adopté en commission. Il a souligné que le président du Parti populaire européen, Wilfried Martens, a « toujours soutenu » les listes transnationales. Soulignant que les autres groupes pro-européens « restent pour leur part largement en faveur de la réforme », M. Duff a précisé que « retarder ou obstruer la réforme à ce stade de maturation serait extrêmement dommageable ». Il demande aux députés du PPE de « revenir » à leur « approche précédente et plus constructive concernant la manière dont un PE plus fort pourrait mieux contribuer au gouvernement d'une Europe plus unie ».
M. Daul a expliqué qu'au sein de son groupe « nous n'avions pas de majorité pour accepter le rapport tel que sorti la commission affaires constitutionnelles » et veut plus de temps pour que le projet soit discuté. Le président du groupe S&D, Hannes Swoboda, a précisé que « le débat devrait continuer et c'est la raison pour laquelle nous voterons en faveur du rapport Duff ». « Il est absurde et ironique de constater que le Parlement ne semble pas être en mesure de faire usage de son pouvoir de réformer les élections européennes », a ajouté son collègue S&D Jo Leinen, président de Mouvement européen international, association fédéraliste, dont M. Duff est membre.
Dans son rapport qu'il considère comme « un compromis équilibré », Andrew Duff défend la modification du système électoral européen pour que les citoyens puissent voter en faveur d'une liste nationale et d'une liste transnationale, avec l'élection de 25 députés au sein d'une circonscription européenne unique, lors des élections européennes. Il souhaite aussi avancer les élections du mois de juin au mois de mai.
Certains députés craignent que cette liste transnationale crée deux catégories de députés, les élus des listes paneuropéennes ayant une plus grande légitimité. Les députés des « petits États membres » ont aussi peur de perdre de l'influence car les plus grands pays auront plus de chance de présenter des candidats plus connus et donc à même d'être élus. D'autres soulignent que les dépenses supplémentaires pour les 25 nouveaux députés seront mal perçues en temps de crise financière.
Mais M. Duff persévère. « J'étudie des façons de garder vivante la flamme de la réforme. Sans une réforme, la légitimité politique du PE continuera à faiblir au moment où un gouvernement fédéral devient une nécessité plutôt qu'un luxe. Je continue à croire fermement que seule l'introduction d'une circonscription paneuropéenne va galvaniser la croissance des partis politiques européens », a-t-il dit. (CG avec MD)