Bruxelles, 14/03/2012 (Agence Europe) - Indépendance, durabilité et sécurité de l'approvisionnement énergétiques de l'UE ont fait l'objet d'un débat, mardi 13 mars, au Comité économique et social européen (CESE), en présence d'experts de la Commission européenne du secteur de l'énergie.
Si les différents interlocuteurs se sont accordés sur le fait que l'UE ne pourra jamais être pleinement indépendante en matière de sécurité d'approvisionnement pour satisfaire ses besoins énergétiques, le thème central de la conférence intitulée « la souveraineté énergétique de l'Europe est-elle en péril ? » a néanmoins exposé différents avis quant à la manière de limiter la dépendance énergétique aux pays tiers tout en répondant de façon effective aux objectifs de diminution des émissions de carbone.
Dans son intervention, Matthew Hulbert, chargé d'études sur la sécurité énergétique à l'Institut Clingendael, a noirci le tableau des objectifs de la Feuille de route pour l'énergie à l'horizon 2050, indiquant que « les émissions de CO2 ont continué d'augmenter entre 2009 et 2010 », et qu'avec des pays émergents producteurs de charbon comme l'Inde ou la Chine, « l'utilisation du charbon va augmenter de 25% ». Selon M. Hulbert, les plus optimistes pensent à tort qu'une transition vers les énergies renouvelables est possible. Or, avec « une sécurité de la demande énergétique au moins jusque 2030 », les fournisseurs d'énergies fossiles continueront à produire jusqu'à épuisement des ressources, estime cet expert.
Pour répondre aux objectifs de sécurité et de durabilité énergétiques, le CESE soutient la mise en place d'une Communauté européenne de l'énergie pour promouvoir l'efficacité énergétique et favoriser le développement des sources d'énergie durables, à faibles émissions de carbone, et apporte son soutien ferme à une politique extérieure forte de l'UE en matière énergétique, fondée sur la sécurité de l'approvisionnement. De son côté, la Commission a aussi entrepris des démarches dans cette direction, en mettant sur la table en septembre 2011 une proposition législative visant à renforcer la coopération entre les États membres de l'UE en matière d'accords bilatéraux avec des pays tiers fournisseurs d'énergie, ainsi qu'un mécanisme d'échange d'informations contrôlé par l'exécutif européen. Objectif: mettre fin à l'unilatéralisme énergétique qui sape les bases même du principe de solidarité entre États membres et qui défavorise les pays avec moins de poids dans les relations contractuelles. « Le partenariat entre les fournisseurs et les bénéficiaires doit aller dans les deux sens », a insisté Paula Abreu, de la DG Énergie de la Commission. « Nous devons conserver de bonnes relations avec nos voisins », notamment avec la Russie, qui fournit environ 30% des besoins énergétiques de l'UE, tous combustibles confondus, « mais aussi considérer de nouveaux fournisseurs autres que la Norvège et les pays du Golfe », a suggéré Mme Abreu. Responsable de la section « transports, énergie, infrastructures » du CESE, Stephane Buffetaut a souligné la nécessité de diversifier ses sources d'énergie afin de ne pas « dépendre d'un seul bloc politique et énergétique ». Examinée par le Conseil en février, la proposition de la Commission sur l'encadrement des accords intergouvernementaux sur l'énergie a toutefois été accueillie avec réticence par de nombreux États membres, en particulier pour son volet sur le partage d'informations. Parlement et Conseil négocient désormais un texte de compromis ; la présidence danoise espère un accord d'ici juin.
Si le renforcement des partenariats stratégiques avec des pays tiers fournisseurs pour sécuriser les approvisionnements a fait l'unanimité entre les experts, Malgorzata Mika-Bryska, chef de la section économique et commerciale à la représentation permanente de la Pologne auprès de l'UE, a privilégié l'exploitation des ressources énergétiques au niveau national. « Il s'agit surtout d'aider les États membres à développer le potentiel de leurs sources d'énergie domestiques. Nous devons consolider nos technologies domestiques de combustion énergétique », a déclaré Mme Mika-Bryska, faisant référence au cas de l'industrie minière en Pologne. Et d'ajouter que « tous les pays n'ont pas la possibilité de développer l'énergie solaire comme en Espagne ou en Grèce ». (SD/stagiaire)