Bruxelles, 14/03/2012 (Agence Europe) - De retour d'une mission de deux jours et demi à Athènes, le chef de la 'troïka' alternative sociale-démocrate, Robert Goebbels (S&D, luxembourgeois), a dénoncé l'austérité contre-productive imposée à la Grèce par la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI), dans une interview accordée mercredi 14 mars à EUROPE. « Le sentiment général est que la 'troïka' officielle a imposé des recettes qui manifestement ne marchent pas », a-t-il constaté lors de ses rencontres avec les représentants d'employeurs, de syndicats, d'instituts de recherche et avec le futur homme fort du parti socialiste grec, l'actuel ministre des Finances Evángelos Venizélos. La 'troïka' sociale-démocrate du Parlement européen, composée aussi de la Portugaise Elisa Ferreira et du Bulgare Ivailo Kalfin, présentera la semaine prochaine un rapport sur sa mission. Elle a déjà obtenu la tenue, mardi 27 mars, d'une audition conjointe des chefs de la 'troïka' par les commissions des Affaires économiques et de l'Emploi. « Il faut que ces gens qui parlent au nom de l'Europe se justifient », a souligné M. Goebbels.
Selon l'eurodéputé, l'objectif des créanciers de la Grèce consiste à mener « une dévaluation interne par le biais de coupes sombres dans les revenus publics et privés, dans les pensions, en retirant du pouvoir d'achat ». L'eurodéputé dresse un sombre constat d'une telle politique: « La consommation a diminué », l'économie grecque s'est contractée de « 20% » en quatre ans, le chômage touche « 20% » de la population active et presque un jeune sur deux, « 500 000 Grecs sont sans revenus » car les indemnités de chômage s'arrêtent après un an. Et, par rapport à un PIB qui décroît, la dette grecque augmente mécaniquement sans que de nouveaux emprunts soient contractés. Quant à la hausse de la taxe sur la valeur ajoutée, elle a entraîné une chute des recettes fiscales. « Trop d'impôt tue l'impôt », a souligné M. Goebbels.
Relancer l'investissement. Que faire pour permettre à la Grèce de redresser la barre ? L'élu luxembourgeois reconnaît que la restructuration partielle de la dette - qui permettra une réduction supérieure à 100 milliards d'euros du stock de dette détenu par les créanciers privés - donnera quand même « un peu d'air » au gouvernement grec. Selon lui, la relance de l'investissement constitue « la première ligne d'attaque ». Surtout depuis que l'action de la BCE a permis aux marchés et aux banques de retrouver un peu de sérénité. Investir passe notamment par la mobilisation des fonds structurels européens non utilisés. La 'task force' spéciale de la Commission européenne fait d'ailleurs « un assez bon travail », a jugé M. Goebbels, à travers l'identification des projets aux effets démultiplicateurs, tels que la construction d'infrastructures de transport.
Tout le monde est d'accord pour dire que « les Grecs doivent simplifier leur système de taxation, améliorer le fonctionnement de l'administration et réduire la bureaucratie », a aussi estimé l'eurodéputé. Les armateurs grecs ne paient « pratiquement pas d'impôts » car leurs sociétés sont situées dans des îles exotiques. Même chose pour l'Église qui possède d'« énormes latifundia » en Grèce. Le socialiste luxembourgeois a déploré la lourdeur administrative grecque qui oblige la consultation de « onze ministères » pour lancer un projet hôtelier. Il ne s'est pas non plus opposé aux « privatisations qui font sens » telles que la vente de terrains militaires. Néanmoins, il a tenu à rappeler les progrès déjà réalisés par les autorités grecques: le nombre de municipalités a chuté, « plus de 100 000 » personnes disposant de contrats avec des autorités publiques ont été remerciées, un cadastre foncier est en cours d'établissement.
Quoi qu'il en soit, « la place de la Grèce reste dans la zone euro », a estimé M. Goebbels. Une faillite pure et simple du pays aurait créé « encore plus de problèmes ». Les fonctionnaires n'auraient plus été payés, pas même les universités ni les services de santé. Remplaçant l'euro, la drachme aurait été fortement dévaluée. L'Islande, dont la monnaie avait perdu jusqu'à 70% de sa valeur lors de la crise financière de 2008, n'a-t-elle pas été contrainte de rétablir le contrôle des capitaux ?, a rappelé M. Goebbels. En vertu des traités européens, la Grèce ne pourrait pas introduire ce type de contrôles si elle quittait la zone euro et devrait donc aussi sortir de l'Union européenne. (MB)