Bruxelles, 05/03/2012 (Agence Europe) - Réagissant aux travaux du Conseil européen de printemps, plusieurs groupes politiques du Parlement européen saluent l'octroi à la Serbie du statut de pays candidat à l'adhésion à l'UE, mais estiment bien maigres les avancées dans le domaine de la croissance et de l'emploi.
Selon le président du groupe PPE, le Français Joseph Daul, le Conseil européen de printemps a apporté son lot de « bonnes mais aussi de mauvaises nouvelles ». Parmi les bonnes nouvelles, il évoque la signature à vingt-cinq pays du pacte budgétaire qui renforcera la discipline budgétaire. « Seuls deux États membres refusent d'apprendre les leçons de la crise de la dette et s'isolent eux-mêmes du processus de construction politique de l'Europe qui s'avère plus indispensable chaque jour », estime-t-il. L'eurodéputé voit dans la reconduction d'Herman Van Rompuy à la présidence du Conseil européen « un choix de la stabilité ». Et de saluer l'octroi à la Serbie du statut de pays candidat. Cette décision procure des « perspectives positives pour le pays et les Balkans », estime-t-il, en espérant que les conditions seront bientôt réunies pour la fixation du lancement des négociations avec l'ancienne République yougoslave de Macédoine.
Le président du groupe PPE regrette néanmoins « fermement » que les leaders européens n'aient pas fait de la croissance et de l'emploi les nouvelles priorités de l'Europe. « Le chômage atteint 10,7% (de la population active) et la récession prévue en 2012 interdit tout retard dans l'élaboration et la mise en œuvre de politiques de mesures pour affronter cette situation », souligne-t-il. Il critique aussi le veto maintenu par les Pays-Bas concernant l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans 'l'Espace Schengen': « Soit ces deux pays respectent les critères et doivent être acceptés sans délai, soit ils ne les respectent pas, auquel cas il revient à la Commission de dire non, et pas à un État membre isolé ». Et de pointer du doigt le refus du Premier ministre néerlandais Mark Rutte de condamner le site Internet « scandaleux » du parti PPV, membre de la coalition gouvernementale, qui vise à dénoncer les agissements des ressortissants des nouveaux États membres.
Le groupe social-démocrate fustige l'incapacité des dirigeants européens à prendre des mesures concrètes afin de trouver une solution de long terme à la crise économique et financière. « Depuis le début, nous disons clairement que le 'pacte budgétaire' ne peut pas être la réponse à la crise. Ce traité appelle plus d'austérité au lieu de présenter des mesures substantielles pour la croissance et l'emploi », critique le l'Autrichien Hannes Swoboda. D'après le président du groupe S&D, les derniers chiffres « alarmants sur le chômage des jeunes » imposent à l'Europe de se réveiller et d'agir concrètement pour y faire face. Et de juger « inacceptable » que le traité budgétaire impose des règles contraignantes contre les déficits budgétaires alors que l'emploi des jeunes ne fait l'objet que de recommandations. L'eurodéputé est quand même satisfait de la volonté du Conseil européen de renforcer « la lutte contre l'évasion fiscale » qui permettrait de collecter jusqu'à 1000 milliards d'euros, un rapport étant attendu d'ici juin prochain (EUROPE n° 10564). Quant à M. Van Rompuy, M. Swoboda attend plus du président du Conseil européen qui ne devrait pas seulement être « le secrétaire général de l'équipe 'Merkozy' ».
En campagne présidentielle en France, les socialistes français considèrent comme « nécessaire » une renégociation du traité budgétaire, et même « légitimée par la récession dans laquelle s'enfonce l'Europe et l'explosion du chômage ». « La promesse de contrebalancer l'austérité par une politique de relance de l'activité et de lutte contre le chômage n'est pas tenue », déplorent-ils. Et d'ajouter: « D'ailleurs, force est de constater que le traité a déjà du plomb dans l'aile: Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol, a annoncé, juste après l'avoir signé, qu'il ne le respecterait pas ». Selon l'hebdomadaire Der Spiegel, les chefs de gouvernement de l'Allemagne, de l'Espagne, de l'Italie et du Royaume-Uni auraient convenu de ne pas recevoir le candidat socialiste français François Hollande, en tête dans les sondages.
Chez les Verts, la stratégie pour la croissance du Conseil européen est un leurre. « Malgré des preuves évidentes que l'Espagne et l'Italie suivent la Grèce sur le chemin de la récession, les leaders européens prennent le café et continuent à retarder toute solution exhaustive à la crise de la dette », condamne la co-présidente du groupe Verts/ALE l'Allemande Rebecca Harms. « Il est grand temps de mettre fin au focus aveugle mis sur les coupes dans les dépenses publiques et d'appréhender comment renforcer les sources de revenus publics », ajoute-t-elle, en prônant la lutte contre l'évasion fiscale, la taxation des transactions financières et l'harmonisation fiscale de l'impôt sur les sociétés. Plaidant pour la promotion des investissements publics durables, Mme Harms critique l'attitude de certains pays qui bloquent l'adoption au Conseil de la proposition « ambitieuse » de directive sur l'efficacité énergétique (EUROPE n°10563). (MB)