Bruxelles, 22/02/2012 (Agence Europe) - Le 2ème sauvetage de la Grèce est indispensable mais il ne règlera pas les problèmes de fonds de la Grèce si la croissance économique n'est pas au rendez-vous en raison d'une politique d'austérité excessive, estiment plusieurs groupes politiques du Parlement européen en réagissant à l'accord marqué, mardi matin, par les ministres des Finances de la zone euro (EUROPE n°10558). Les Grecs devront appliquer de strictes mesures budgétaires et réformeront leur économie en profondeur en échange d'une aide financière publique de 130 milliards d'euros et d'une participation volontaire du secteur privé à une restructuration partielle de la dette grecque supérieure à 100 milliards d'euros.
Au nom du groupe PPE, le Français Joseph Daul est d'avis que cet accord aidera la Grèce dans ses efforts visant à retrouver le « chemin de la stabilité » et à restaurer « la confiance » des investisseurs, tout en reconnaissant « les immenses défis » auxquels le pays est confronté. Selon lui, « le programme contient des éléments essentiels qui aideront l'économie du pays à repartir et à créer de meilleures conditions pour la compétitivité et la croissance soutenue ». Le président du Parti populaire européen Wilfried Martens salue « les efforts énormes accomplis » par toutes les parties, à savoir le gouvernement grec, les États membres, les institutions européennes notamment la BCE, le FMI ainsi que les investisseurs privés. « Ces mesures ambitieuses mettent fin à l'incertitude concernant le financement de la Grèce », estime l'ancien Premier ministre belge, convaincu que l'Europe, avec le 2ème sauvetage grec combiné à l'action de la BCE, est désormais en passe de surmonter la crise de la dette. Et d'appeler le Conseil européen de printemps à compléter les mesures de consolidation budgétaire avec une action soutenue en faveur de la croissance.
Pour les sociaux-démocrates, l'accord de l'Eurogroupe constitue « un premier pas » mais reste insuffisant pour apporter des solutions de long terme à la crise grecque. « Nous approuvons l'accord qui permet de continuer à soutenir la Grèce et éviter l'effondrement de l'État. Mais le point le plus important n'a pas été soulevé, à savoir le besoin de développer une stratégie à long terme entre la Grèce et l'UE », déclare l'Autrichien Hannes Swoboda. Pour le président du groupe S&D, l'UE doit « s'écarter de cette politique à sens unique qui consiste à réduire toujours plus les budgets et les salaires ». Outre la libéralisation des marchés fermés, il préconise « une stratégie à long terme qui stimule la croissance et l'emploi grâce à des mesures concrètes comme une taxe sur les transactions financières, des crédits mieux garantis par la BEI et l'introduction d'eurobonds ». Alternative à celle réunissant la Commission européenne, la BCE et le FMI, une 'troïka' composée notamment de trois eurodéputés (la Portugaise Elisa Ferreira, le Luxembourgeois Robert Goebbels et le Bulgare Ivailo Kalfin) sera à Athènes du 4 au 6 mars à la recherche de solutions de long terme.
Pour les libéraux, les Européens doivent s'attaquer « aux causes et non pas simplement aux symptômes de la crise ». Le 2ème sauvetage grec évite certes « la faillite immédiate » d'Athènes et accorde « un petit peu plus de temps à l'Eurozone pour mettre au point un plan global » de sortie de crise, estime le président du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt, dans un communiqué publié avant la fin de l'Eurogroupe. Mais l'approche de la 'troïka' privilégiant l'austérité ignore le problème « principal », à savoir la taille démesurée du secteur public grec. « Supprimer 300 millions d'euros supplémentaires des régimes de retraites ne rétablira pas les finances publiques de la Grèce » et l'accent mis sur les coupes salariales et les nouvelles taxes ne fera qu'« aliéner les citoyens grecs ordinaires vis-à-vis de l'UE », souligne l'ancien Premier ministre belge. Qui suggère une libéralisation massive de l'économie grecque (suppression des organismes étatiques non productifs, privatisation du secteur bancaire) ainsi qu'une refonte du système de taxation.
La co-présidente des Verts/ALE, l'Allemande Rebecca Harms, reconnaît que l'accord marqué par l'Eurogroupe « achète du temps mais une solution n'est pas en vue ». Selon elle, « les mesures décidées ne résoudront pas la crise de la dette en Grèce, comme l'a souligné un document interne de l'UE/BCE/FMI et, combinées aux tensions ayant accompagné le processus d'adoption du programme grec, elles échoueront à dissiper les doutes sur l'engagement des leaders européens à préserver l'intégrité de l'Eurozone ». Mme Harms souligne l'importance de lancer « un programme clair d'investissement » en Grèce, car « les coupes irresponsables » dans le budget du pays, notamment dans le domaine social, s'avèrent « contreproductives ».
« Nous sommes tous des Grecs ! », affirme le groupe GUE/NGL. Il fustige la politique d'austérité menée en Grèce qui ne fera que plonger le pays davantage dans la crise. Et d'ajouter: « Après la décision de mardi à Bruxelles, la Grèce est désormais sous le contrôle total du Fonds monétaire international, de la BCE et de la Commission européenne, en contradiction totale avec les règles démocratiques ». Neuf eurodéputés du groupe politique seront à Athènes, ce jeudi, à la rencontre des mouvements sociaux, des syndicats, de la société civile et des partis politiques qui résistent à la cure d'austérité imposée à la population grecque. (MB)