Bruxelles, 14/02/2012 (Agence Europe)- « Je suis content que le parlement grec ait accepté l'offre, mais je ne suis pas content de l'offre et du programme proposé par l'UE, le Fonds monétaire européen et la Banque centrale européenne », a dit mardi 14 février Hannes Swoboda (S&D, autrichien), à propos des mesures draconiennes que la Grèce devra mettre en œuvre dans le cadre du 2ème plan de sauvetage de la Grèce (EUROPE n° 10552). Ce programme renforce l'austérité et risque de ralentir les progrès en vue de réduire le déficit du pays.
M. Swoboda s'est rendu en Grèce pour évaluer la situation économique et sociale « très fragile » dans le pays. « Je crains qu'avec le programme entériné, nous n'aggravions encore la fragilité du système économique et social en Grèce. Ce n'est pas un bon programme, et les mesures sont contradictoires par rapport à ce que nous attendons de la Grèce ». Il avait demandé que la troïka soit invitée à la commission économique du PE pour justifier les mesures. Les gens de la troïka arrivent comme des « criquets pèlerins », ils imposent un chantage (si vous n'acceptez pas les mesures, pas d'argent) et parlent au nom de l'UE sans avoir présenté leur programme au PE, a déploré M. Swoboda. Or, ce programme est mauvais, selon lui.
Programme alternatif
C'est pour cette raison que trois membres du groupe S&D (le Luxembourgeois Robert Goebbels, le Bulgare Ivailo Kalfin et la Portugaise Elisa Ferreira) ont informé les ministres européens de l'Économie qu'ils allaient se rendre en Grèce pour mettre au point un programme différent qui ne soit pas un programme d'austérité, mais un programme axé sur la croissance et l'emploi. « Cela ne veut pas dire que nous sommes contre une réduction du déficit public, bien entendu il faut le réduire, mais c'est grâce à la croissance et à l'emploi que l'on arrivera à réduire les déficits », a fait valoir M. Swoboda. « Le programme qui sera présenté par notre troïka sera un programme élaboré en partenariat avec le peuple grec et les experts en Grèce, avec des solutions différentes de celles de la troïka de l'UE et du FMI. Et nous aurons un débat public autour de nos propositions », a précisé encore M. Swoboda. Il espère que la troïka sociale-démocrate sera envoyée dans les quinze jours et que le projet de programme sera présenté d'ici un mois.
En répondant à des questions de la presse, M. Swoboda a rappelé qu'en Grèce, les salaires sont très bas, beaucoup de jeunes sont pris en otage par les employeurs. Le salaire minimum sera de 500 euros à l'avenir, mais si vous ne travaillez pas pour 300 ou 400 euros, on ne va pas vous recruter, voilà le chantage qui est fait. La baisse du salaire minimum fait baisser de facto les salaires réels qui sont payés et qui sont en deçà du salaire minimum, a souligné le président du groupe S&D. La troïka veut libéraliser le marché de l'emploi plutôt que de libéraliser le marché des employeurs, il y a des pratiques restrictives.
M. Swoboda, qui a rencontré lundi le président de la BCE Mario Draghi, est d'avis qu'il faut évaluer les effets macro-économiques des politiques menées. On travaille en termes de budgets, or les problèmes budgétaires se posent en Grèce mais pas tant en Espagne ou dans d'autres pays, a noté le président du groupe S&D. « C'est pourquoi je dis que la BCE doit élargir ses objectifs, elle ne doit pas seulement lutter contre l'inflation mais aussi contre les déséquilibres macro-économiques », a-t-il conclu.
Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE, français) a estimé que l'UE s'est engagée avec la Grèce sur une ligne qui en fin de compte « ne fonctionnera pas ». Le peuple grec a le sentiment qu'on lui impose quelque chose qui est infaisable, a estimé le leader des Verts. « C'est une réforme de l'État grec qui est nécessaire, et tout cela aucun pays ne peut le mener au rythme demandé par l'UE », a-t-il estimé. Il a critiqué l'approche technocratique de la Commission dont les calculs sont abstraits. Il a noté que les avoirs des armateurs n'ont toujours pas été gelés, ni ceux des Grecs dans les banques internationales (en Suisse, au Luxembourg, en Autriche). Daniel Cohn-Bendit a demandé des actions ambitieuses au sujet de l'évasion fiscale. Quel pays résisterait à une baisse de 30 à 40% des salaires, s'est-il exclamé. « On impose une décroissance en Grèce que personne ne peut vivre. L'erreur est du côté de l'UE, en imposant un rythme d'austérité insoutenable et l'erreur est du côté des Grecs de ne pas proposer une alternative », a-t-il conclu.
Rebecca Harms (Verts/ALE, français) a préconisé un 'plan Marshall' en faveur de la Grèce. Elle a précisé que depuis l'été dernier 60 000 PME grecques ont fait faillite. Elle a rappelé que les Allemands ont été pardonnés de leurs erreurs après les guerres mondiales, et recommandé que l'UE soit un peu moins sévère avec la Grèce car les règles rigides risquent d'aboutir à une « catastrophe ». Il faut un plan pour annuler la dette de la Grèce, mettre en place des réformes de l'État et un plan d'investissement, estiment les verts.
Joseph Daul (PPE, français) a salué le vote au parlement et estimé que « chacun doit se montrer responsable ». Selon lui la troïka tente de faire son travail de son mieux. Il a admis qu'on ne peut pas uniquement « couper les salaires ».
Pour Guy Verhofstadt (ADLE, belge) l'accord entre les autorités grecques et la troïka ne permettra pas de résoudre les problèmes car on demande plus d'efforts au secteur privé, plus d'impôts mais on ne s'attaque pas au système politique basé sur le clientélisme, sur les banques publiques, la corruption, les grandes entreprises publiques, un système fiscal complexe, des corporatismes. « Si on ne s'attaque pas à ces problèmes, il n'y aura pas de solution à la clé ». (LC)