Pendant que les conditions de la permanence grecque dans la zone euro se décident (voir pages suivantes), j'ajoute quelques remarques à celles des jours précédents.
Improvisations et erreurs. Le caractère par moment violent des désordres d'Athènes a attiré un nombre inhabituel de journalistes, photographes, cinéastes et observateurs et c'est logique car il est indispensable que tous les Européens soient au courant de ce qui arrive dans un pays de l'UE. Mais quelques reportages improvisés ont diffusé des imprécisions et des erreurs qui faussent parfois la réalité.
Comme cette rubrique l'avait prévu, l'Europe a été accusée d'exclure l'un de ses membres, alors qu'il n'est pas question que la Grèce quitte l'UE, laquelle au contraire prolonge et renforce ses soutiens au peuple grec et à la relance économique du pays. Confondre l'UE avec la zone euro est une imprécision qui fausse radicalement la vérité. Quant à l'Eurogroupe, il est faux qu'il réclame le remboursement des milliards d'euros qu'il a octroyés à la Grèce ; au contraire, il est prêt à lui verser des montants encore plus importants, afin qu'elle puisse éviter la faillite le mois prochain ; et le respect de certaines disciplines, réclamé comme contrepartie, représente la condition indispensable pour que l'euro demeure une monnaie respectée dans le monde et utile pour l'Europe. Quant aux violences à Athènes, ses responsables sont une minorité composée en bonne partie de bénéficiaires des abus et des déviations de la classe politique locale.
C'est une situation déjà dénoncée notamment par Guy Verhofstadt. Le prix Nobel 2010, Christopher Pissarides (né à Chypre de parents grecs), a indiqué que le secteur public grec « est une armée composée de 965 000 fonctionnaires et employés », dont 15 000 perdront leur emploi d'ici la fin de l'année et 150 000 ne seront plus en fonction d'ici la fin 2015 (pour cinq départs un seul recrutement est prévu) et les salaires seront réduits de 20%. L'âge de la pension était fixé à 55 ans, il sera modifié, mais avec une progressivité très lente, a observé M. Pissarides. Il est indispensable de se préoccuper de ceux qui perdent le travail, mais davantage en luttant contre l'évasion fiscale qu'au détriment de la solidité de l'euro.
Qui parmi les Grecs réclame l'abandon de l'euro ? Une partie des manifestants d'Athènes réclame la sortie du pays de l'euro, c'était écrit en toutes lettres sur leurs calicots. C'est une mesure licite, mais ceux qui la réclament négligent un détail: en l'absence d'un financement immédiat (et très volumineux) de l'Eurogroupe, leur pays ne serait pas en mesure de faire face à ses dépenses courantes, y compris les salaires des fonctionnaires pléthoriques. La participation à l'euro sans en respecter les disciplines a amené la Grèce à prolonger les anomalies qui ont provoqué les difficultés actuelles, à l'avantage notamment de plusieurs banques de toute l'Europe et au-delà. Il faut éviter que les efforts en cours bénéficient en définitive surtout au monde de la finance.
Une initiative qui mérite davantage d'attention. La Banque centrale européenne est disposée à renoncer aux intérêts liés aux bons du Trésor grec qu'elle détient. C'est Mario Draghi qui l'a annoncé jeudi dernier. Notre bulletin 10549 en a rendu compte, je n'annonce donc rien de nouveau, mais j'ajoute quelques considérations. La BCE n'a pas la faculté de renoncer à la valeur nominale des bons grecs, car elle ne peut pas octroyer des financements monétaires à un État membre. Mais elle peut renoncer aux profits, les intérêts devenant alors la propriété des États membres qui peuvent décider de les laisser à la Grèce dans le cadre du plan d'aide à ce pays.
Ce qui est à mon avis intéressant n'est pas le mécanisme de l'opération (il faut faire confiance à la BCE), mais le fait de ne pas percevoir les taux d'intérêt considérés en pratique comme trop élevés. Les taux réclamés par les marchés financiers pour l'achat de bons du Trésor grec (et d'autres pays de la zone euro actuellement en difficulté) sont tellement élevés qu'ils répondent à toutes les caractéristiques de l'usure, comportement que seule l'acceptation du risque implicite peut justifier. Risque qui implique l'éventualité que le débiteur ne soit pas en mesure de respecter ses engagements. En clair: une telle éventualité représente la contrepartie normale des exigences usurières, lesquelles seraient autrement inadmissibles. Le comportement de la BCE devrait donc représenter, dans un certains sens, le modèle normal: le créancier doit admettre le défaut de remboursement ou renoncer aux intérêts excessifs.
(FR)