Strasbourg, 13/02/2012 (Agence Europe) - L'Union européenne soutient les décisions « courageuses » de la Ligue arabe sur la Syrie, y compris sa demande au Conseil de sécurité de former une force conjointe Nations unies-Ligue arabe, pour mettre fin aux violences, a annoncé lundi 13 février, le porte-parole de la Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères Catherine Ashton. « Nous soutenons fortement toute initiative visant à une fin immédiate de la répression sanglante, y compris une présence arabe plus forte sur le terrain en coopération avec l'ONU en vue de parvenir à un cessez-le-feu et à une fin de la violence », a déclaré Michael Mann, précisant que l'UE est en contact permanent avec la Ligue arabe et l'Onu pour discuter de la façon de le mettre en place « aussi vite que possible ». La chef de la diplomatie rencontrera cette semaine la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton.
L'UE veut jouer un « rôle très actif » au sein du groupe des « Amis de la Syrie » qui se réunira le 24 février à Tunis en présence de Mme Ashton, a ajouté M. Mann. Ce groupe a pour objectif « de construire un consensus international et faire des propositions urgentes pour mettre fin au massacre, réduire les souffrances de la population syrienne, chercher une solution pacifique à la crise et promouvoir une nouvelle ère de changement démocratique », a-t-il précisé.
Les États membres sur des longueurs d'onde différentes. Lundi, plusieurs capitales européennes ont salué l'initiative arabe. À la veille de la visite de son secrétaire général, Nabil Al Arabi, à Berlin, le ministère des Affaires étrangères allemand s'est « réjoui de l'implication de la Ligue arabe dont le rôle actif est très important pour régler la crise syrienne ». « La proposition d'une mission conjointe de la Ligue arabe et des Nations unies doit aussi rapidement que possible être soumise au Conseil de sécurité », a ajouté le ministère. Le chef de la diplomatie italien Giulio Terzi a aussi soutenu l'envoi d'une force de maintien de la paix conjointe « pour vérifier sur le terrain l'application d'un cessez-le-feu ». Il a précisé qu'il souhaite « le plus large consensus possible de la communauté internationale » et une « convergence sur ces indications à l'ONU ».
Mais la France et le Royaume Uni sont plus circonspects. Le ministre britannique William Hague a précisé que son pays va « discuter de manière urgente » avec ses partenaires de la formation de cette force conjointe, ajoutant que les Occidentaux ne devraient pas y participer. « Je ne crois pas qu'avoir des bottes occidentales sur le terrain, quelle qu'en soit la forme, y compris une force de maintien de la paix, soit une voie à suivre en Syrie », a-t-il déclaré, précisant que si « un tel concept pouvait être rendu viable, nous le soutiendrions de toutes les manières habituelles ». Le Français Alain Juppé a lui mis en garde contre « toute intervention, à caractère militaire, extérieure » qui ne ferait « qu'aggraver la situation, d'autant qu'il n'y aura pas de décision du Conseil de sécurité, qui est la seule instance à même d'autoriser une intervention militaire ». Paris et Londres ont aussi fait part de leur soutien à la création du groupe des « Amis de la Syrie » et précisé qu'ils joueront un rôle actif dans ce groupe.
De son coté, la Russie dit étudier la proposition. « Nous attendons que nos amis des pays arabes clarifient certains points », a précisé le ministre des Affaires étrangères, Serguei Lavrov. Pour déployer une force de maintien de la paix, « il faut quelque chose qui ressemble à un cessez-le-feu », a-t-il expliqué, soulignant que ce sera un objectif difficile à atteindre car « les groupes armés qui combattent le régime syrien n'obéissent à personne et ne sont contrôlés par personne ».
Le régime syrien a lui rappelé sa détermination à « assumer ses responsabilités dans la protection de ses citoyens » et à « rétablir la sécurité et la stabilité » dans le pays. « La Syrie refuse les décisions (de la Ligue arabe) qui constituent une ingérence flagrante dans les affaires intérieures du pays et une atteinte à la souveraineté nationale », a souligné un responsable syrien.
La Ligue arabe a annoncé dimanche 12 qu'elle allait fournir un soutien politique et matériel à l'opposition syrienne et demander au Conseil de sécurité d'adopter une résolution pour la formation d'une force de maintien de la paix arabo-onusienne pour superviser l'application du cessez-le-feu. (CG)