Bruxelles, 13/02/2012 (Agence Europe) - Le vote positif du parlement grec sur les mesures draconiennes que la Grèce devra mettre en œuvre dans le cadre d'un 2ème sauvetage a suscité, lundi 13 février, une réaction positive des Européens. Les obstacles restent nombreux après un week-end de violences et de destructions dans tout le pays. Athènes doit encore remplir deux conditions avant que l'Eurogroupe soit en mesure, peut-être mercredi, de donner son aval politique à une aide financière d'au moins 130 milliards d'euros sur trois ans. L'opération financière devant mener à la restructuration partielle de la dette publique grecque, censée diminuer de 100 milliards d'euros d'ici 2020, doit démarrer impérativement vendredi si la Grèce veut éviter le défaut de paiement fin mars.
Le vote de dimanche constitue « l'expression de la détermination qui prévaut » en Grèce pour mettre fin « à la spirale des finances publiques insoutenables et à la perte de compétitivité », a déclaré le commissaire chargé de l'euro Olli Rehn. Rappelant que le 2ème programme sera soutenu par « une assistance financière sans équivalent » des Européens, il a demandé aux forces politiques grecques de s'approprier et de mettre en œuvre les mesures qu'il contient. « Il faudra du temps et des efforts de la part de la société grecque » pour que le 2ème programme produise des résultats tangibles, a-t-il admis. Le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel a salué le vote du parlement grec qui démontre « la bonne volonté de la Grèce à entreprendre des réformes difficiles », a-t-il déclaré, rapporte l'AFP.
Le parlement grec a voté en faveur du 2ème sauvetage à une majorité confortable malgré l'opposition d'un des trois partis de la coalition tripartite, le parti nationaliste LAOS (EUROPE n°10551). 199 députés ont voté pour, 74 ont voté contre, 27 se sont abstenus. Le parti socialiste PASOK et le parti conservateur 'Nouvelle Démocratie' ont expulsé au total 43 députés qui n'ont pas approuvé les mesures. La 2ème cure d'austérité en Grèce prévoit notamment: - une baisse de 22% du salaire minimum dans le secteur privé ; - 600 millions d'euros d'économies dans les retraites complémentaires ; - 15 000 suppressions d'emplois dans la fonction publique en 2012, 150 000 d'ici 2015 ; - la privatisation d'entreprises publiques telles la loterie OPAP, la compagnie pétrolière HELPE ainsi que des ports maritimes et des aéroports.
L'Eurogroupe a fixé trois conditions préalables à tout feu vert ouvrant la voie au déblocage d'une aide financière d'au moins 130 milliards d'euros et à une restructuration partielle de la dette publique grecque, censée être ramenée de 160% à 120% du PIB national soit une coupe de 100 milliards d'euros. Outre l'approbation du parlement grec, le gouvernement de Lucas Papademos doit approuver des coupes additionnelles de 325 millions d'euros dans les dépenses et s'engager par écrit à appliquer le 2ème programme quels que soient les résultats des élections législatives programmées en avril.
Dimanche, lors du vote parlementaire, le leader du parti conservateur 'Nouvelle Démocratie' Antonis Samaras a demandé à ses troupes de voter en faveur du nouvel accord. Il a aussi souhaité être en mesure de « négocier et de modifier la politique actuelle qui nous a été imposée », a-t-il ajouté, rapporte l'agence Dow Jones. M. Samaras est pressenti pour devenir le futur Premier ministre de la Grèce après les élections d'avril. Ces déclarations ne signifient pas nécessairement qu'un futur gouvernement 'Samaras' dénoncerait l'accord. En Irlande, autre État membre bénéficiant d'une aide financière en échange de la mise en œuvre d'une cure d'austérité, Enda Kenny avait réussi à modifier certains paramètres du programme irlandais sans renoncer aux principaux objectifs budgétaires et macro-économiques fixés.
Selon M. Rehn, le vote du parlement grec constitue « une étape cruciale » vers la finalisation définitive du 2ème programme grec. Il s'est dit « confiant » que les deux autres conditions seront « remplies » d'ici à la prochaine réunion, mercredi 15 février, de l'Eurogroupe. Le commissaire a estimé qu'une faillite de la Grèce aurait des conséquences « dévastatrices, particulièrement pour les catégories les plus faibles de la population » et provoquerait « une réaction en chaîne » à l'ensemble de l'économie européenne. « Il est évident que le modèle économique que la Grèce a appliqué jusqu'en 2009 ne pouvait continuer dans la mesure où il a conduit à l'apparition de déséquilibres », a-t-il considéré. Et de condamner les violences qui ont détruit de nombreux édifices, principalement dans la capitale grecque.
Mercredi, la Commission européenne présentera aux ministres des Finances ses idées sur la manière d'accroître la surveillance sur la mise en œuvre du 2ème programme en Grèce. Il ne s'agit pas d'imposer une mise sous tutelle d'Athènes mais de conditionner les versements au respect par Athènes de ses engagements. « Pas d'argent sans mise en œuvre » des mesures, avait souligné le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker en fin de semaine dernière. M. Rehn avait alors reconnu que la création d'un fonds spécifique garantissant le remboursement des prêts à la Grèce était à l'étude. Les ministres des Finances disposeront à cette occasion de la dernière analyse de la soutenabilité de la dette grecque que leur transmettra la 'troïka' (Commission, BCE, FMI). (MB)