Après les décisions du Parlement grec (voir les pages suivantes de ce bulletin) et en attendant la réunion de l'Eurogroupe de mercredi, voici quelques éléments de réflexion supplémentaires.
Dépenses militaires. En Grèce ces dépenses ont été réduites et vont encore baisser un peu cette année ; elles ne représentent plus, en pourcentage du budget, le double environ de celles des autres États membres, tout en restant quand même proportionnellement les plus élevées. Il ne semble pas que l'opinion publique locale en soit scandalisée, compte tenu de l'histoire du pays et des invasions subies. J'ai eu la possibilité de lire la traduction de quelques prises de position sur place: « Nous sommes l'une des frontières de l'Europe dans un monde de turbulences ; pendant la guerre en Libye, les bases en Grèce ont été bien utiles. La Grèce a un rôle géopolitique plus important que ce qu'elle pourrait se permettre ; l'Europe doit prendre sa part de responsabilité. Les Grecs sont fiers de leur armée. » Dans le cadre des négociations actuelles, la Troïka (UE, FMI et BCE) a demandé un effort supplémentaire de réduction des dépenses militaires: 400 millions d'euros en deux ans. Il ne semble pas que ce dossier représente l'un des obstacles principaux à un accord d'ensemble cette semaine.
La Commission européenne contre le mur. Athènes a demandé que la construction du mur (de fil de fer) pour entraver l'afflux de clandestins à la frontière gréco-turque soit cofinancée par l'UE, dans le cadre des aides européennes déjà prévues. La réponse de la Commission (voir notre bulletin n° 10548) a été sèchement négative: « Pas un centime du budget européen ne sera accordé pour ce projet (…) S'il est maintenu, il sera financé par la Grèce sur ses ressources, sans implication des finances de l'UE. » Le budget européen comporte 90 millions d'euros en 2012 pour aider la Grèce à faire face aux problèmes que soulève l'afflux de migrants clandestins. La construction de ce mur a de toute manière commencé (10,3 km dans la portion de frontière où le fleuve Evros entre en territoire turc) et s'achèvera en septembre. Les autorités l'ont qualifie de « message indiquant qu'on ne rentre pas en Grèce comme dans un moulin » en soulignant que le pays était devenu la principale voie d'entrée de clandestins dans l'UE. Sa construction avait d'ailleurs été demandée par plusieurs États membres pour freiner le flux de clandestins, en grande majorité afghans, pakistanais et d'Afrique du Nord (la Turquie n'étant que le pays de transit), qui visent à rejoindre ensuite d'autres pays de l'UE.
La Commission s'est dite disposée à aider la Grèce dans la réalisation de « réformes à moyen et long terme pour gérer ses frontières de manière moderne », phrase qui se réfère explicitement à un avenir éloigné. Son coût d'environ 5,5 millions d'euros est très limité face aux milliards dont on discute.
Guy Verhofstadt: un État à réformer. Après s'être rendu à Athènes et avoir observé et discuté de la situation sur place, le président du groupe libéral au Parlement européen a été très dur: « Le peuple grec est puni par l'incompétence et les intérêts électoraux à court terme de ses leaders politiques, qui ont tacitement soutenu, pendant des décennies, un système de patronage clientéliste et de favoritisme. Plutôt que des réductions de salaires ou de nouvelles taxes, mieux vaudrait: démanteler les monopoles d'État et la bureaucratie excessive ; privatiser les banques ; libéraliser les marchés dans les nombreux secteurs fortement réglementés ; refonder le système fiscal. L'Eurogroupe doit insister sur les réformes structurelles de l'État grec ; le secteur public hypertrophié empêche l'esprit d'entreprise et la croissance. (…) Bien que l'accord soit maintenant vital pour que la Grèce évite un défaut de paiement imminent, le FMI se borne à imposer l'austérité en ignorant que le problème principal de la Grèce est la taille excessive du secteur public. »
Au nom de son groupe parlementaire, M. Verhofstadt s'est adressé à la présidence de l'Eurogroupe pour énumérer les mesures qu'il préconise pour que la réforme structurelle de l'État se réalise. Il a dénoncé explicitement les coûts de la classe politique et du secteur public: gouvernement de 49 ministres ; dimension excessive du parc automobile du parlement grec et d'autres institutions ; financements exagérés aux partis politiques ; salaires trop élevés des diplomates, des juges et d'autres membres de la fonction publique.
On pourrait faire observer à M. Verhofstadt que les citoyens grecs qui manifestent dans les rues réclament souvent le maintien des avantages qui résultent pour eux des mœurs de la classe politique.
Trop tard ? Parmi les prises de position de personnalités grecques, je citerais la suivante: « La grande erreur a été de ne pas avoir voulu mettre en œuvre un default ordonné il y a deux ans. On a donné de l'argent à un État insolvable, en lui imposant une récession qui réduit ses revenus. C'est une insulte à la rationalité. » C'est pendant ces deux ans que la dette a explosé.
(FR)